La Chorale de Paris Hugues Reiner. Photo fournie par le musicien
Chef d’orchestre français de renom, Hugues Reiner a dirigé plus de 1 500 concerts symphoniques dans une quarantaine de pays. Parmi eux, un concert filmé au sommet du Mont-Blanc en 1993 pour venir en aide aux enfants réfugiés de l’ex-Yougoslavie. La même année, il rassemble un orchestre symphonique de musiciens croates, serbes et bosniaques. « En pleine guerre, nous avons joué la troisième symphonie de Beethoven, qui montrait que la paix était possible », se souvient le chef d’orchestre compositeur. À son actif, la composition d’un requiem dont le retentissement artistique a été important, et plus d’une trentaine d’œuvres opéras, concertos, sonates, symphonies… En mai 2023, il a créé sa messe Sainte-Thérèse de Lisieux à Saint-Sulpice. « Devenir composteur m’a permis de dialoguer avec l’invisible, et en amont de la direction de l’orchestre, il y a la foi, et l’amour des autres », ajoute l’auteur du recueil de poèmes L’Heure où les rêves s’embrasent (2022).

Le concert du 11 décembre en l’église Saint-Sulpice est organisé par l’APCO (Agir pour la paix avec les chrétiens d’Orient). « Cela fait deux ans que je suis membre de cette association extraordinaire, présidée par François Fillon, et j’en suis très heureux. On fait régulièrement des concerts de sensibilisation, et cette fois M. Fillon a décidé de soutenir l’association du Père Hani, la Cuisine de Mariam, qui propose quelque 5 000 repas par jour aux plus démunis. Plus de 200 000 repas ont été confectionnés depuis le mois de septembre. Les demandes auprès de l’association, née après les explosions au port de Beyrouth, ne cessent d’augmenter ; elle offre également une aide médicale et psychologique », explique-t-il avec ferveur. « Pour notre concert du 11 décembre, on a sollicité des choristes de toute l’Île-de-France qui connaissent bien le Requiem de Mozart, et ils sont près de 400 à s’être engagés », enchaîne le musicien.
Ce qui fonde sa sensibilité à la souffrance de l’autre, c’est une historie familiale marquée par la déportation. « Mes grands-parents et ma tante ont été déportés à Auschwitz parce qu’ils étaient juifs. Cette dernière avait 15 ans, elle s’était convertie au christianisme dans une démarche sincère, mais cela n’avait rien changé. J’ai été marqué par l’histoire au cœur, et j’ai connu la colère et l’esprit de vengeance quand j’avais dix ans, lorsque j’ai appris ce qu’ils avaient vécu. Aujourd’hui, je suis catholique et tends à vivre dans l’amour de l’autre, quel qu’il soit. En ce sens, je suis aussi musulman, protestant, bouddhiste, juif… On ne peut pas être croyant si on ne considère pas l’autre, dans sa souffrance, comme un frère », confie le chef d’orchestre avec émotion. « Ce qui se passe actuellement au Moyen-Orient est dramatique, la responsabilité pourrait être celle de l’ONU. Si cette institution en avait les moyens, il n’y aurait pas toutes ces tragédies. Il y aurait une vraie justice avec des moyens, qui ne laisserait pas des États organiser des propagandes nationales en utilisant la souffrance des peuples. La plus grande tragédie actuelle est de faire passer des meurtres pour du patriotisme », déplore le musicien, qui a mené une réflexion de 30 ans pour proposer une nouvelle harmonie géopolitique… mondiale.

« Quand on s’occupe du Liban, on s’occupe de la planète »
Outre son engagement au sein de l’APCO, Hugues Reiner garde son indépendance. Il est l’auteur d’un manifeste qui propose la création d’une institution internationale nouvelle. « Je l’ai rédigé avec Maurice Bertrand, ancien membre du corps commun d’inspection de l’ONU, avec différents secrétaires généraux de l’ONU anonymes, des fonctionnaires internationaux, des journalistes experts, qui ont analysé l’impuissance de l’organisation internationale dans son maintien de la paix », explique Hugues Reiner, qui déplore le peu d’intérêt que suscite la construction de la paix. « Tout le monde déteste la tuerie, mais très peu sont capables de changer leur façon de penser orientée par la vengeance, la frustration et les revendications diverses. On parle de cessez-le-feu mais pas d’organisation de la paix. Le Liban est malheureusement un lieu dramatique pour comprendre les événements. Quand on s’occupe du Liban, on s’occupe de la planète », ajoute-t-il. « Chaque guerre est une opportunité fabuleuse pour ceux qui ont intérêt à vendre des armes, à lancer des chantiers de reconstruction… Les citoyens sont les actionnaires des usines d’armement sans le savoir, et on ne va pas offrir aux usines d’armement notre colère ! » lance-t-il avec conviction.
Selon Hugues Reiner, cette nouvelle institution internationale devrait installer son siège au Liban. « L’OPUS (Organisation des peuples unis et solidaires) serait basée à Beyrouth, un lieu “passionnant” de souffrance qui peut se transformer en victoire pour tous. Il y aurait une véritable armée de Casques bleus qui désarmerait les différents pays, et le financement ne serait pas public, la fiscalité serait mondiale. Cette grande symphonie internationale ne se ferait pas à l’ombre de l’impuissance coupable de l’ONU », dénonce Hugues Reiner.
Le concert du 11 décembre, prévu à 20h30, est le premier acte d’une série musicale solidaire pour le Liban, à Marseille puis à Rennes. « Pour l’instant, les champions du vivre-ensemble qui font triompher la beauté et l’harmonie de la musique classique, ce sont les 500 choristes qui chanteront mercredi prochain ! Nous avons déjà plus de 1 200 réservations. Prochainement, nous donnerons un concert à Beyrouth, et nous faisons appel à toutes les bonnes volontés pour le mener à bien ! » annonce vivement le compositeur.
Réservations : apco.paris7@gmail.com ou le 11 décembre à l’église Saint-Sulpice, à partir de 14h.

