Chère lectrice, cher lecteur,
Il y a dix mois, je quittais le service Actu, jadis « la rédaction web », où j’avais fait mes premiers pas en tant que journaliste dix ans plus tôt, pour devenir éditeur, reporter et photographe au sein de L’Orient-Le Jour.
La guerre entre Israël et le Hezbollah, de « basse intensité », si l’on peut dire, avait commencé trois mois plus tôt.
« Pourquoi tu ne rentres pas en France, tu as quand même la nationalité ! », me lançaient mes proches. Mais comme beaucoup de mes collègues, et pour ne pas finir comme ces Libanais à l’étranger « avec le cœur brisé depuis cinquante ans », j’ai décidé de rester.
Et puis, comment être reporter et photographe sans être sur place ? Sauf qu’après un bête accident en marchant dans la rue, je me retrouve avec une fracture au pied et un gros plâtre, un 15 août.
Pas de terrain pour les deux mois suivants et l’angoisse de se retrouver cloîtré entre la maison et le bureau, alors que la tension monte sur le terrain. Des tensions qui nous ont contraints à mettre en place une lourde logistique pour assurer la sécurité du personnel : gilets pare-balles, casques balistiques, trousses de secours, bureaux de repli… Je suis devenu pour certains collègues « M. Sécurité ».
27 septembre, vers 18h : c’est en éditant un article sur la situation des hôpitaux au Liban-Sud, que mon bureau s’est mis à trembler en raison de bombardements israéliens massifs sur la banlieue sud de Beyrouth, dont on apprendra plus tard qu’ils avaient tué le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Courir, s’abriter dans la cage d’escalier en oubliant ses béquilles, savoir que je ne pourrai pas aller sur le terrain pour couvrir la guerre qui s’intensifiait… Il fallait l’accepter. Alors, j’ai commencé à voir et comprendre ce conflit à travers les yeux de mes collègues reporters, en attendant de pouvoir les rejoindre sur le terrain à partir d’octobre.
Durant cette absence, la guerre, qui ne cessait de s’intensifier, avait fini par toucher les quatre coins du pays, jusqu’à certains quartiers épargnés dans la capitale.
27 novembre, 7h du matin : depuis trois heures, le cessez-le-feu est entré en vigueur. Nous sommes six reporters à nous lancer sur les routes pour couvrir la situation au Liban-Sud, dans la banlieue sud de Beyrouth et dans la Békaa.
Si cette trêve tient, il faudra raconter l’après-guerre, pendant de longues semaines, voire des mois. En espérant un retour à l’(a)normale et aller à nouveau sur les terrains sans « zones de guerre ».
Matthieu Karam
Editeur, reporter et photographe
OLJ /
le 03 décembre 2024 à 13h43