Le Liban semble désormais placé sous une tutelle américaine qui ne dit pas son nom. C’est ce qui ressort, selon un ancien responsable de premier rang, du document annexe conclu entre les Américains et les Israéliens en plus de l’accord des 13 points portant sur une trêve de 60 jours entre le Liban et Israël.
Ce document qui n’a pas été très médiatisé ne concerne pas directement le Liban, qui ne l’a pas signé et qui fait semblant de ne pas être informé de ses détails. Il est censé donner aux Israéliens les garanties nécessaires sur l’application des dispositions de l’accord officiel. Il s’agit en particulier d’empêcher une réédition de l’expérience de « l’après-guerre de 2006 », lorsque le Hezbollah a profité de certaines dispositions floues dans le texte de la résolution 1701 pour construire une véritable infrastructure militaire au sud du Litani et même au-delà, sous couvert d’habitants des localités du Sud qui rentrent chez eux. Cet accord annexe est donc strict sur les droits accordés aux Israéliens pour empêcher toute reconstruction des forces du Hezbollah au Sud et ailleurs et il engage les Américains à coopérer avec les Israéliens pour mettre un terme aux activités iraniennes destinées à semer le trouble au Liban, « dont notamment la nécessité d’empêcher l’arrivée d’armes ou de fonds iraniens au Liban ».
Autrement dit, cet accord dépasse les dispositions de la résolution 1701 et il accorde aux Israéliens le droit d’agir en dehors de la région au sud du Litani, s’ils se sentent menacés par des activités suspectes et si le Liban ne parvient pas, « ou ne souhaite pas », mettre lui-même un terme à ces menaces. Parmi celles-ci, il y a ainsi l’arrivée d’armes illégales à travers les frontières et les voies de passage. Si les Israéliens décident de réagir, « ils en informent les Américains quand c’est possible ». Ce qui leur laisse une grande marge de manœuvre... De plus, les Israéliens conservent le droit de survoler l’espace aérien libanais dans un objectif de surveillance et d’information, autant que possible de façon invisible à l’œil nu... Ce sont là quelques points parmi ceux qui figurent dans l’accord annexe signé entre les Américains et les Israéliens. Cet accord semble ainsi conçu en pratique comme un complément discret au contenu de l’accord officiel.
Dans ces conditions, on voit mal comment le Hezbollah pourrait reconstituer ses capacités militaires... au niveau où elles étaient avant le 8 octobre 2023. Les Israéliens ont d’ailleurs voulu rapidement donner le ton en violant les dispositions de l’accord officiel au Sud à plusieurs reprises, depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu à l’aube de mercredi. Selon l’ancien responsable déjà cité, les Israéliens cherchent à imposer depuis le début leurs nouvelles règles, en se basant sur l’accord annexe et en rejetant le retour massif des déplacés du sud du Litani, alors que les colons israéliens ne sont pas rentrés dans les localités du nord de la Galilée. Ils veulent aussi empêcher toute velléité de retour au Sud des éléments du Hezbollah qui pourraient tenter de se mêler à ces déplacés...
Le Hezbollah peut donc aujourd’hui se présenter devant son environnement populaire comme n’ayant pas perdu cette guerre, mais si les points des deux accords sont appliqués sérieusement, le Liban pourrait être à la veille d’un grand changement. Certains disent déjà que les Libanais doivent s’habituer à un Liban sans la résistance et les chiites à un Hezbollah différent, en tout cas sans ce qu’on appelait « ce surplus de force » qu’il avait acquis au cours des dernières années.
Pour de nombreux analystes, il apparaît ainsi de plus en plus clairement que tout ce qui s’est passé depuis octobre 2023 s’inscrit dans un plan américano-israélien de démanteler ce qu’on appelle « l’axe de la résistance » dans toutes ses composantes. Que le Hamas ait eu vent de ce plan et qu’il ait réalisé l’opération du 7 octobre pour le mettre en échec, ou que la décision d’appliquer ce plan ait été adoptée par la suite, importe peu désormais. L’histoire écrira sans doute ces détails. Mais ce qui compte, c’est que, d’une façon ou d’une autre, les Israéliens ont voulu frapper les principaux piliers de ce fameux « axe de la résistance », d’abord le Hamas et ensuite le Hezbollah. Toujours selon cette approche, ce n’est pas un hasard si, aujourd’hui, des combats font rage en Syrie, laquelle est soumise à de fortes pressions pour accepter de fermer les voies d’approvisionnement du Hezbollah qui passent par son territoire.
De même, ce n’est pas non plus une coïncidence si de plus en plus de médias mettent ces derniers jours l’accent sur ce qu’on appelle les milices pro-iraniennes en Irak (al-Hachd al-Chaabi dans ses différentes composantes), comme un prélude à des changements à ce niveau dans ce pays. Si l’on jette un regard au tableau régional global, on découvre que toutes les composantes de l’« axe de la résistance » sont prises pour cibles depuis octobre 2023. C’est ainsi que les Ansarallah au Yémen (les houthis) sont régulièrement bombardés, alors qu’en Irak, les pressions se multiplient sur le gouvernement irakien. Si l’on en croit cette approche, ce qui se passe depuis près de 14 mois n’est donc plus une simple riposte à une attaque meurtrière contre les Israéliens le 7 octobre 2023, mais plutôt l’exécution d’un plan destiné à frapper ce qu’on appelle « l’Iran et ses tentacules militaires dans la région ». Ce plan passe forcément par l’élimination du principe de « l’unité des champs de bataille » brandi par le Hezbollah et répété par Ansarallah et les autres composantes de l’axe. En d’autres termes, il ne s’agit pas pour l’instant de détruire totalement ces composantes, notamment le Hezbollah, mais plutôt de les ramener à des dimensions réduites, strictement dans les frontières de leurs pays respectifs. Ceux qui croient à cette approche estiment ainsi que le Hezbollah en tant que force régionale est fini, mais le Hezbollah libanais demeure et c’est à lui de déterminer désormais, avec les autres partenaires libanais, son rôle véritable et son poids interne.
Ce n’est peut-être qu’une approche parmi d’autres, mais de plus en plus de parties au Liban croient que ce qu’on appelle « l’application à la lettre de la résolution 1701 » n’est en fait qu’un prélude à de grands changements à venir...


Donc, selon vous (ou selon vos « nombreux analystes »), le Hamas aurait lancé l’attaque du 7 octobre 2023 pour mettre échec le plan américano-israélien consistant à démanteler « l’axe de la résistance », dont il aurait eu vent ? J'avoue que j’ai du mal à suivre.
21 h 38, le 30 novembre 2024