Chère lectrice, cher lecteur,
Samedi à 4 heures du matin, je me suis réveillée en sursaut, comme tant de personnes à Beyrouth, en pensant que l'aviation israélienne avait bombardé le quartier où je vis. Quinze minutes plus tard, les yeux rivés sur mon téléphone, je comprends que la frappe a en fait eu lieu à trois kilomètres, en plein cœur de la capitale. Un bombardement si violent qu’il a réduit à néant un immeuble de huit étages et soufflé une grande partie de ceux alentours. Impossible de me rendormir. Je reste éveillée pour suivre les nouvelles alors que la fumée résultant du raid commence à atteindre mon quartier, puis je m’installe devant mon ordinateur pour couvrir l'événement.
Quelques heures après, j'apprends que l’appartement d’une proche se trouve à côté de l'endroit visé par Israël. Elle a été blessée dans l'attaque. Son oncle, lui, a été projeté à plusieurs mètres de son lit où il dormait, puis emmené à l'hôpital. Une autre personne de sa famille a été écrasée par le mur qui lui faisait face.
Cela fait un an que je couvre la guerre au Liban. Avant cela, j'ai passé plusieurs années en Irak. Je ne suis pas reporter de guerre, mais reporter dans des pays que j'aime, minés par des guerres.
Si je vous raconte cela, c'est parce que jamais auparavant la ligne de démarcation entre mon métier et ma vie privée ne s'était autant effacée. Pourquoi ? Parce que jamais auparavant, dans ma modeste expérience des conflits, la guerre n'avait été aussi aveugle.
Combien de mes amis ont dû fuir aujourd'hui des zones largement bombardées, pour être aujourd'hui entassés dans des appartements avec d'autres familles ? Combien d'autres ont perdu un membre de leur famille ? Combien ne trouvent plus le sommeil, réveillés par le fracas sourd des bombardements ou le bruit terrifiant du mur du son ? Combien ont peur et veulent partir, mais où ?
La liste de ces questions est sans fin. Pour beaucoup d’entre nous, toutes ces histoires se comptent par dizaines dans notre entourage. Et de mon point de vue, elles racontent plus que tout l’ampleur de cette guerre. C’est pourquoi, à L’Orient-Le Jour, nous avons lancé un podcast intitulé « Je vous parle de Beyrouth », que je vous invite à écouter, que vous soyez au Liban ou à l’étranger, pour comprendre, au-delà des opinions et des analyses politiques, ce que cette guerre a changé pour nous tous, sans exception.
Lucile Wassermann
OLJ /
le 26 novembre 2024 à 12h38