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Nos lecteurs ont la parole

L’indépendance, la dépendance, la malveillance, l’inconscience et moi !

Il paraît que nous sommes un peuple résilient. Personnellement, je dirais que nous sommes un peuple impulsif, instinctif et inconscient. S’il est vrai que nous avons le tour pour braver les difficultés, nous baignons dans un aveuglement qui fausse les données et l’approche des dangers.

Il paraît aussi que nous sommes un peuple fêtard et bon vivant. Nous nous donnons avec grande joie à des festivités, tous genres confondus, tant que l’on festoie : fête de ceci, fête de cela, cérémonie par-ci, cérémonie par-là, grand dîner de gala pour telle ou telle cause, congé d’un jour, congé de deux jours, fait-on le pont ou ne le fait-on pas...

Dans cette envolée et cette course folle aux solennités, je comprends donc que le 22 novembre 2024 est une journée décrétée officiellement chômée au Liban pour honorer et commémorer l’indépendance. Des manifestations et des déclarations prendront certainement place, comme à chaque année, pour souligner sciemment, délibérément, volontairement, intentionnellement et publiquement notre indépendance.

Quelque chose m’aurait-il échappé…

Car il est curieux de causer de souveraineté lorsque nos institutions sont affaiblies dans leur intégrité : corruption, décadence, déchéance de l’autorité font tache d’encre qui ne finit pas de couler.

Bizarre de converser de notre souveraineté lorsque nous sommes baignés d’impuissance, de faiblesse, de défaillance. Et de malveillance. Comment discuter d’autonomie lorsque nous sommes ligotés par des contraintes, des oppressions et des entraves qui nous enchaînent et qui nous anéantissent.

Choquant de discuter de présidence, de gouvernement et de Parlement lorsque tout est bloqué, entravé, empêché.

Étrange de parler d’indépendance lorsque nous en sommes privés : liberté d’expression, d’association, de religion, de croyance, liberté tout court, sont des notions ignorées chez nous et qui de toute manière, même si elles existaient, demeureraient inapplicables, malgré les plaidoiries leurs plus éminents défenseurs, malgré cet acharnement à discuter de multiconfessionnalisme tout en affichant fièrement des signes ostentatoires, non pas pour affirmer ou confirmer notre liberté de religion, mais pour brimer la liberté de religion de l’autre, la casser, jusqu’à l’anéantir, pour gagner de la place.

Insolite de parler d’indépendance lorsque nous en sommes totalement dépossédés, dépouillés du libre exercice de nos droits les plus élémentaires, le droit à la vie dans la sécurité, la dignité et le respect, le droit d’accès aux services les plus communs et les plus élémentaires, le droit à des informations claires, franches et transparentes sur l’état de notre pays. Droit d’avoir accès aux services publics sans panne et sans rupture, avoir droit à l’éducation, à un enseignement impartial et intègre, droit à être traités également devant les tribunaux, avoir le droit d’obtenir des soins médicaux, dans l’égalité et l’équité, droit à des régimes sociaux dans la conformité et la légalité, et j’en passe car la liste est longue…

Inapproprié de converser d’indépendance malgré toutes les expressions que nous hurlons, les déclarations que nous vociférons et les discours que nous acclamons, non pas pour exprimer nos idées, mais pour parler plus fort, faire taire les autres, les étouffer, pour les abolir. Incongru, malgré les rassemblements qui se créent, non pas pour nous unir, mais pour souligner nos différences, notre éloignement, notre rupture.

Dans tous les dictionnaires et toutes les langues, l’indépendance est définie comme étant un ensemble de conditions pour un pays, une nation, un État où des citoyens libres exercent les principes d’autogouvernance. Pour parler donc d’indépendance, il faudrait une nation, un pays, un État. Penseriez-vous en toute âme et conscience que nous répondons à la définition ? Où en sommes-nous de la désignation géographique de notre pays qui devrait être limitée par des frontières reconnues et approuvées ?

Que sommes-nous devenus en tant que peuple, déchirés par tant de crises, vivant sous les bombes et explosifs, accablés de voir souffrir tant de déplacés, étouffés par un amas de réfugiés venus de toutes parts sans règlement et sans loi. Où est notre État ? Nos institutions politiques et judiciaires baignent dans l’inertie totale et se trouvent plongées dans un sommeil prolongé… Où en sommes-nous, en toute conscience, de ces concepts étrangers à notre quotidien : souveraineté, autorité, pouvoirs et puissance ? Où en sommes-nous de ces notions d’autogouvernance. Notre conduite personnelle quotidienne est sujette aux aléas qui nous entourent, nos valeurs sont en voie de disparition, étranglées par les difficultés qui nous abattent, nos corporations sont pour la plupart du temps en grève, l’exercice de nos libertés est menacé, voire brimé, les parties politiques prêtent allégeance tantôt à droite, tantôt à gauche, au gré des vents qui soufflent, notre autonomie est en crise, notre avenir est incertain, notre pays se vide.

Nous sommes tombés hélas dans l’incapacité d’exercer toutes les fonctions du pouvoir, sans l’intervention d’une autorité étrangère qu’on ne peut même pas gérer ou modifier, si fort soit notre optimisme. Notre accès à l’autonomie, que l’on soit des groupes religieux, des parties politiques, des syndicats, des corporations, des organisations sociales, des unités universitaires, est des plus limité. Où en sommes-nous de la démocratie et de la formule d’Abraham Lincoln qui écrivait que la démocratie est « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » ?

Où en sommes-nous de la souveraineté qui est notre droit absolu d’exercer notre autorité politique et de l’acclamer. Où en sommes-nous de l’indépendance ?

Je suis une personne normalement constituée et, en tant que telle, je décline les festivités de la fête de l’Indépendance du Liban, par respect pour mon intelligence et mon honnêteté. En citoyenne dotée d’un minimum de conscience et de raison, je ne peux que refuser les festivités du 22 novembre. Je suis en deuil, car l’indépendance, ensevelie sous un trop-plein de dépendance, de malveillance et d’inconscience, n’est plus.

Nous l’avons abandonnée. Pire encore, nous l’avons tout simplement enterrée.

Carole Georges CHELHOT

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Il paraît que nous sommes un peuple résilient. Personnellement, je dirais que nous sommes un peuple impulsif, instinctif et inconscient. S’il est vrai que nous avons le tour pour braver les difficultés, nous baignons dans un aveuglement qui fausse les données et l’approche des dangers. Il paraît aussi que nous sommes un peuple fêtard et bon vivant. Nous nous donnons avec grande joie à des festivités, tous genres confondus, tant que l’on festoie : fête de ceci, fête de cela, cérémonie par-ci, cérémonie par-là, grand dîner de gala pour telle ou telle cause, congé d’un jour, congé de deux jours, fait-on le pont ou ne le fait-on pas...Dans cette envolée et cette course folle aux solennités, je comprends donc que le 22 novembre 2024 est une journée décrétée officiellement chômée au Liban pour honorer et...
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Le Liban a voulu prendre son indépendance de la France et quand il pendra son indépendance de l’Iran

Eleni Caridopoulou

17 h 49, le 22 novembre 2024

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Commentaires (1)

  • Le Liban a voulu prendre son indépendance de la France et quand il pendra son indépendance de l’Iran

    Eleni Caridopoulou

    17 h 49, le 22 novembre 2024

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