Des personnes déplacées ont trouvé refuge dans un cinéma. Photo Patrick Baz/AFP
Il n’y a rien de pire que d’être chassé de chez soi, quel qu’en soit le motif. La raison en est aujourd’hui la barbarie de l’armée israélienne et de ses dirigeants. Cette destruction quotidienne ne peut s’expliquer par le seul souci de détruire l’arsenal du Hezbollah. Il y a clairement une volonté de détruire et de raser les villages afin d’empêcher leurs habitants d’y retourner.
Non seulement les déplacés sont arrachés à leurs maisons et leur vie, mais leur souffrance est encore plus grande à l’idée qu’ils ne peuvent plus y retourner. Si par exemple une catastrophe naturelle les avait éloignés de leur foyer, l’espoir d’y retourner une fois la catastrophe finie les maintient en vie. Est-ce à dire qu’aujourd’hui les déplacés qui n’ont plus aucun espoir de retourner chez eux sont comme morts ?
Oui, on peut le dire car ils sont soumis à la dialectique de l’être et l’avoir. On ne peut pas être sans avoir.
La possession, depuis le début de l’humanité donne à l’homme un grand pouvoir. Au mieux, il en fait bon usage, au pire il exerce ce pouvoir pour asservir d’autres hommes. On retrouve cette idée chez Marx mais aussi dans la religion chrétienne. Dans le Notre Père, il est dit : donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Autrement dit, non au cumul des biens pour ne pas l’utiliser pour affamer l’autre.
Or nous savons bien que les habitants des villages sont très fiers de leurs possessions et fiers de les montrer aux voisins. C’est comme avec les enfants, une femme a plus de pouvoir en fonction du nombre d’enfants qu’elle a. Se retrouver sans maison et être obligé de se déplacer vers des régions plus sûres ajoute à leur souffrance. C’est comme s’ils étaient nus et obligés de demander à leurs compatriotes de quoi se vêtir. Cette situation les transforme en mendiants.
On peut supposer que parfois, s’ils se comportent de manière agressive et violente vis-à-vis des autres, c’est pour échapper à l’humiliation en croyant que cela est légitime.
Craintes d'une guerre civile
Et là est le grand problème. Entre légitimité et droit, il y a une différence. Ce qui est légitime n’est pas nécessairement légal. Or, les déplacés l’oublient. D’autant plus que l’État est absent. Dans ce genre de conditions exceptionnelles, ce dernier aurait pu jouer son rôle de tiers, de médiateur, devant l’occupation par les déplacés de demeures privées. Et le grand nombre des déplacés, que l'on estime, à ce jour, à un million trois cents mille (selon les autorités libanaises, NDLR), justifie aux yeux de ces mêmes déplacés ces occupation illégales.
La crainte d’une nouvelle guerre civile provoquée par ce déplacement est sur toutes les lèvres aujourd’hui.
Pour l’éviter, tant que les bombardements israéliens continuent, l’État doit trouver une solution. Solution qui pourrait être la mise en place de maisons préfabriquées et la distribution de denrées alimentaires. Et même si les citoyens se plaignent de ne pas avoir un État en bonne et due forme, ce qui en reste peut trouver des solutions afin de répondre au problème actuel des déplacés, et éviter une nouvelle guerre civile qui pourrait être fatale pour le Liban.


