Des habitants rassemblés sur le site d'une frappe israélienne à Ghobeyri, dans la banlieue-sud de Beyrouth, le 15 novembre 2024. IBRAHIM AMRO/AFP
Israël étend son opération terrestre au Liban-Sud, envoyant des troupes dans des villages plus éloignés de la frontière, et certains anciens hauts responsables de la sécurité craignent de voir se transformer cette offensive en une guerre d'usure, rapporte vendredi le Wall Street Journal.
Des experts en sécurité cités par le journal estiment qu'un élargissement plus important des opérations au Liban est une manœuvre risquée pour pousser le Hezbollah à accepter un cessez-le-feu suivant les conditions d'Israël. Si ce dernier ne cède pas, Israël pourrait être entraîné dans un conflit prolongé à l'intérieur du Liban, préviennent ces experts. L'extension de l'opération terrestre risque donc de prolonger le conflit mais pourrait servir, non sans risques, de levier pour les pourparlers en vue d'un cessez-le-feu, poursuit le journal.
Ces deux derniers jours, l'armée israélienne a tenté d'avancer sur plusieurs axes différents le long de la frontière sud, rencontrant la résistance du Hezbollah qui a annoncé une série d'attaques contre des soldats israéliens en territoire libanais, notamment au niveau de Tayr Harfa, dans le caza de Tyr, au sud de Bint Jbil et Beit Lif (Bint Jbeil), et aux environs de Houla et Markaba.
L'élargissement de l'opération intervient alors que de hauts responsables israéliens et américains ont exprimé ces derniers jours leur optimisme quant aux efforts déployés par les États-Unis pour négocier un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, affirmant qu'un accord était envisageable avant l'entrée en fonction du président élu Donald Trump, même si des points de friction importants subsistent.
Au début de la campagne terrestre, l’État hébreu avait soutenu que ses forces entraient au Liban dans le but d'éliminer la présence du Hezbollah le long de sa frontière et de détruire les infrastructures du groupe islamiste soutenu par l'Iran, en vue d'envahir le Nord israélien.
Certains experts en sécurité considèrent l'extension de l'opération terrestre israélienne comme une mesure tactique visant à neutraliser la menace des attaques de missiles antichars du Hezbollah sur les villes frontalières israéliennes. Ils estiment que cette mesure est nécessaire pour convaincre environ 60 000 civils qu'ils peuvent retourner en toute sécurité dans les zones qu'ils ont fuies par crainte d'une invasion du Hezbollah au début de la guerre, en octobre 2023.
Tamir Hayman, ancien chef du renseignement militaire israélien et directeur exécutif de l'Institut d'études de sécurité nationale à Tel-Aviv, explique pour sa part que l’État hébreu devrait tirer parti au plus vite de ses récents succès contre le Hezbollah, notamment après avoir éliminé la quasi-totalité de ses dirigeants, pour obtenir les meilleures conditions de cessez-le-feu possibles. Si Israël attend trop longtemps, le Hezbollah, avec l'aide de l'Iran, pourrait se reconstituer, refuser un cessez-le-feu et l'embourber dans une guérilla, prévient-il.


