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La sélection de la rédaction : « Mauvaises habitudes » d'Emmanuel Haddad

Chère lectrice, cher lecteur,

La guerre, une fois qu’elle a pénétré dans la chair et le cortex, se mue en une multitude de petites habitudes détestables et pourtant non-négociables.

Au réveil par exemple, avant de s’emparer de la cafetière italienne, la main saisit le téléphone sur la table de chevet pour regarder quelles villes ou bourgades libanaises les frappes israéliennes ont rasées pendant le répit nocturne qu’on s’est octroyé. Avant le shot de caféine, on s’inflige désormais cette désagréable piqûre de la réalité qui consiste à voir son pays bien-aimé rasé, ses habitants déplacés, ses villages entiers partir en fumée à coup d’explosifs si destructeurs qu’ils vont jusqu’à manquer de provoquer un tremblement de terre.

Une autre manie consiste à se sentir coupable d’être en vie. Je me suis réveillé ce matin, combien n’ont pas eu cette chance ? Vendredi 25 octobre, trois journalistes libanais ont été fauchés dans leur sommeil par une frappe ayant ciblé le complexe hôtelier où 18 journalistes résidaient à Hasbaya, village du Liban-Sud épargné (jusque-là) par les bombardements d’où ils continuaient de couvrir l’offensive terrestre israélienne. « Un crime de guerre » de plus, qui se produit un an quasiment jour pour jour après le meurtre du journaliste de Reuters Issam Abdallah par un tir d’obus de char israélien, selon plusieurs enquêtes indépendantes. Une année durant laquelle 12 journalistes ont été tués au Liban.

Le pire penchant est peut-être d’imaginer que tout ça n’est qu’un mauvais rêve qui va se dissiper, une fois avalée la première gorgée de liquide noir et âpre. Or ce genre de faiblesse est à écarter pour tenir sur la durée. Car la conviction américaine qu’« Israël a le droit de se défendre », quelle que soit la situation, ne date pas du 7 octobre, mais remonte à décembre 2001, début de l’accélération de la coopération entre ces deux alliés indéfectibles au niveau des techniques militaires et de surveillance, ayant offert à l’Etat hébreu une puissance tournant aujourd’hui à l’hubris.

Tenir bon donc, malgré ces nouveaux penchants irréfrénables. Car comme les précédentes, cette guerre finira et l’avenir dure longtemps.

Emmanuel Haddad

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