Un homme agitant un drapeau de la Chine au passage du pape François, place Saint-Pierre au Vatican, le 12 juin 2024. Filippo Monteforte/AFP
La Chine et le Vatican ont annoncé mardi avoir renouvelé pour quatre ans un accord confidentiel historique concernant la nomination des évêques catholiques dans le pays, scellant une nouvelle étape dans le rapprochement entre Pékin et le Saint-Siège.
Ces derniers, qui n’entretiennent pas de relations diplomatiques, avaient signé en 2018 cet accord conférant aux deux parties un droit de regard sur la question épineuse de la nomination des évêques en Chine.
Celui-ci a été renouvelé pour deux ans en 2020 et en 2022, mais c’est la première fois que sa durée est portée à quatre ans. « Ces quatre ans montrent qu’il y a une confiance mutuelle. Ce n’est pas simplement une extension, mais un accord nouvelle génération. Cela prouve que ça fonctionne suffisamment, la confiance augmente et on avance », a déclaré le théologien et anthropologue Michel Chambon, chercheur à l’Université nationale de Singapour.
La Chine abrite quelque 12 millions de catholiques, tiraillés depuis les années 1950 entre les célébrations religieuses strictement encadrées par le Parti communiste et les églises clandestines soutenues par le Vatican.
L’accord, dont le contenu n’a pas été rendu public, vise à réunir les catholiques chinois tout en donnant au pape le dernier mot sur la nomination des évêques.
Mardi, Pékin a confirmé que l’accord avait été renouvelé « lors de consultations amicales » et salué l’amélioration de ses liens avec le Vatican. « La Chine et le Vatican ont tous deux évalué positivement les résultats de la mise en œuvre de cet accord », a déclaré Lin Jian, porte-
parole du ministère des Affaires étrangères chinois, lors d’une conférence de presse régulière.
De son côté, le Vatican s’est dit « déterminé à poursuivre le dialogue respectueux et constructif avec la partie chinoise, pour le développement des relations bilatérales en vue du bien de l’Église catholique du pays et de tout le peuple chinois ».
Pékin « rassuré »
Le Saint-Siège et la Chine n’entretiennent pas de relations diplomatiques officielles car le Vatican fait partie de la dizaine de pays qui reconnaissent Taïwan au détriment de Pékin.
Depuis sa signature, le texte a globalement été appliqué. « Au total, il y a 25 diocèses avec un évêque dont la situation a été régularisée : sur un total de 98 diocèses, c’est plus de 25 % de régularisation en six ans, une proportion tout à fait significative », relève M. Chambon.
L’application a toutefois connu des accrocs, certaines nominations ayant été faites sans l’autorisation du pape.
Le texte a suscité des critiques au sein de l’Église, certains y voyant une mainmise de Pékin sur les catholiques de Chine, tandis que la restriction des libertés religieuses est toujours pointée du doigt.
L’année dernière, le Vatican a déclaré que la Chine avait nommé un nouvel évêque à Shanghai, le plus grand diocèse catholique du pays. En novembre 2022, le Vatican avait dit regretter la nomination d’un évêque dans un diocèse chinois que le Saint-Siège ne reconnaît pas.
La Constitution chinoise reconnaît la « liberté de croyance religieuse », c’est-à-dire celle de croire en une religion, mais pas la « liberté religieuse », aux contours plus vastes.
Le Parti communiste chinois (PCC) se méfie de toute organisation, notamment religieuse, pouvant menacer son autorité sur la Chine, et surveille étroitement les lieux de culte. Il s’est ainsi longtemps méfié de la possible influence politique du pape sur la stabilité sociale dans le pays.
Mais selon M. Chambon, « le régime de Pékin est aujourd’hui beaucoup plus rassuré sur le fait que les catholiques ne sont pas un danger » et « comprend que l’Église catholique est peut-être en fait une plateforme à investir pour faire entendre sa voix à travers la planète ».
Selon des fidèles, la répression engagée contre l’Église clandestine est toujours visible malgré le rapprochement Chine-Vatican.
En septembre, le pape François a loué la « capacité de dialogue » de la Chine, la qualifiant de « grand pays » et de « promesse pour l’Église ».
Source : AFP


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08 h 26, le 23 octobre 2024