À 24 heures de l’ouverture de la conférence d’appui au Liban organisée par la France, des responsables libanais confient qu’il ne faut pas s’attendre à des miracles. Selon eux, le mérite de la France est de chercher par tous les moyens à mettre le dossier libanais sur la table internationale et d’essayer de trouver des moyens efficaces pour soutenir ce pays. Mais la question d’un cessez-le-feu ou même d’une trêve n’est pas vraiment à l’ordre du jour de la conférence. Celui-ci comporte deux grands points, le soutien humanitaire – et la France s’investit totalement dans ce domaine et cherche à mobiliser d’autres parties comme ses partenaires européens – ainsi que l’aide à l’armée libanaise, seule institution encore sur pied, qui a donc besoin de soutien réel pour accomplir sa mission en une période particulièrement délicate, et véritable symbole de la souveraineté libanaise. Enfin, la conférence devrait aussi être l’occasion de réfléchir à ce que devrait être le Liban, après la fin de cette crise.
Selon ceux qui suivent le dossier, l’ordre du jour a été établi en fonction des possibilités réelles et surtout pour apporter une aide concrète aux Libanais. C’est d’ailleurs dans cette optique que travaille la France au Liban, conformément à l’idée que son rôle dépasse les considérations d’intérêts précis et s’inscrit dans une logique historique. De plus, la France est actuellement l’un des rares pays qui continuent à établir un dialogue avec la République islamique d’Iran. Celle-ci n’est toutefois pas invitée à la conférence, car si cela avait été le cas, il aurait fallu inviter aussi les Israéliens, et la conférence aurait pris une autre tournure. Du côté américain, le secrétaire d’État a précisé qu’il ne serait pas présent. Il a été question à un moment donné de la participation de l’émissaire présidentiel au Liban Amos Hochstein, mais cela n’a pas encore été confirmé, même si ce dernier est en contact quasi permanent avec l’émissaire français Jean-Yves Le Drian. L’idée de la France n’est pas en tout cas, à travers cette conférence, de jeter les bases d’une solution à la guerre actuellement en cours, mais plutôt de soutenir le Liban qui est un État souverain membre des Nations unies et de le projeter dans l’avenir. La France a ainsi mobilisé ses partenaires européens dans ce but, ainsi que certains États arabes, comme le Qatar, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, en plus de l’Égypte et d’autres encore, dans le but d’aider autant que faire se peut le Liban et les Libanais.
C’est dans cette optique qu’il a été demandé à la délégation libanaise qui représentera le pays à la conférence et qui sera présidée par le Premier ministre sortant, Nagib Mikati, de préparer un dossier clair sur ce qu’attend le Liban et sur ses besoins réels.
Concernant la possibilité d’un cessez-le-feu ou d’une trêve, les discussions se font à un autre niveau. En principe, c’est Amos Hochstein qui en a la charge. À ce sujet, les Français sont en effet conscients du fait que les Américains ont plus de leviers qu’ils pourraient utiliser pour pousser vers une solution et peuvent influer sur la position israélienne.
Contrairement à ce qui a été dit au Liban, avant la visite d’Amos Hochstein, ce dernier n’en est peut-être pas à sa dernière mission à Beyrouth. Mais il a choisi ce timing en raison de l’élargissement de la confrontation entre le Liban et Israël et le début de l’opération terrestre qui va bientôt conclure son premier mois. Sa visite intervient aussi après les coups portés par les Israéliens à la structure de commandement du Hezbollah. L’idée principale était donc de sonder les Libanais et de voir s’ils sont prêts désormais à appliquer « réellement » la résolution 1701, au lieu de se contenter de simples déclarations. Selon les parties libanaises qui l’ont rencontré, il n’est pas question pour Hochstein de modifier le contenu de la résolution, car cela exigerait une réunion du Conseil de sécurité et le risque d’avoir des veto chinois ou russe. Il s’agit plutôt de trouver un mécanisme d’application de cette résolution. Sur ce plan, les Israéliens proposeraient des arrangements sécuritaires qui leur permettraient de surveiller directement le terrain dans la zone frontalière libanaise pour éviter toute éventuelle réhabilitation des installations du Hezbollah. Ce qui est rejeté par la partie libanaise. La France, elle, propose de revenir au mécanisme qui avait été adopté en avril 1996 et qui avait été mis en place par le président Jacques Chirac et par le Premier ministre libanais de l’époque Rafic Hariri, après l’opération appelée par les Israéliens « Raisins de la colère ». À cette époque, on avait adopté « les arrangements d’avril » qui prévoyaient la création d’une commission de surveillance formée des États-Unis, de la France, de la Syrie, du Liban et d’Israël. La France estime ainsi que cette commission avait été efficace et que la formule pourrait être acceptée, quitte à en changer certains membres. La France se considère directement concernée par la situation au sud du Liban en raison notamment de sa participation importante aux effectifs de la Finul.
Toutefois, selon des milieux diplomatiques qui suivent ce dossier, un accord ne semble pas encore près d’être atteint. D’une part parce que le Premier ministre israélien ne veut pas entendre parler d’un arrêt des hostilités avant que le Hezbollah se rende, et d’autre part parce que le Hezbollah, de son côté, semble avoir reconstitué une partie de sa force et ne semble pas prêt à céder aux exigences israéliennes. Jusqu’à présent, les Américains maintiennent leur position dans le flou et leurs interlocuteurs libanais et même européens ont le sentiment qu’ils laissent toutes les options ouvertes. Les protagonistes ne semblent donc pas prêts à un accord. Certains misent sur des troubles internes au Liban pour modifier la position officielle libanaise, mais jusqu’à présent rien n’indique que cela va se produire. C’est pourquoi il faut attendre en essayant de limiter les dégâts, et s’il est certain que l’élection présidentielle américaine est importante à cet égard, rien n’indique non plus qu’elle aura un impact réel et rapide. Dans ce contexte, la conférence de Paris qui se déroule demain reste la seule option concrète.
Pas moins de 70 pays pour soutenir l’armée
Convoquée par le président de la République française Emmanuel Macron, la conférence internationale de soutien à la population et à la souveraineté du Liban doit se tenir jeudi à Paris. Selon nos informations, elle va accueillir des représentants de pas moins de 70 pays qui devront plancher sur le renforcement et le soutien à l’armée libanaise, considérée comme la gardienne de l’unité et de la stabilité dans le pays, mais aussi un pilier essentiel de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU. « On ne peut s’attendre à ce que la troupe puisse faire son travail au sud du Litani conformément à cette résolution quand la plupart des soldats n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois et multiplient les petits emplois de côté, dit une source diplomatique. Dès lors, il faut assurer un soutien financier important à l’armée pour pouvoir payer les salaires et l’équipement. » La conférence sera inaugurée par les discours d’Emmanuel Macron et du Premier ministre sortant Nagib Mikati, suivis également par une allocution (par visioconférence) du commandant en chef de l’armée libanaise, Joseph Aoun. Comme les autres pays du Golfe, l’Arabie saoudite, considérée comme un bailleur de fonds et un acteur régional essentiel, sera de la partie. Elle ne sera toutefois pas représentée par son ministre des Affaires étrangères Fayçal ben Farhane. La conférence ne va pas uniquement évoquer le soutien à l’armée mais va également aborder les négociations pour un cessez-le-feu. « Ce sera peut-être l’occasion d’avoir une position claire, unifiée et officielle du Liban dans cette séquence », espère la source diplomatique. Beyrouth devrait souligner son attachement à l’application complète de la résolution 1701, une position que Paris soutient également tandis que Washington et Tel-Aviv appellent au renforcement de cette décision internationale, la jugeant « insuffisante ».


Chère Scarlett. La conférence d’appui au Liban et toutes celles qui l’ont précédée n’ont jamais abouti tant que les pays qui y participent soutiennent Israël . Pour le Liban, ils envoient les reliquats : Armes obsolètes pour une armée passive et nourritures, couvertures et médicaments pour le pauvre peuple.
18 h 47, le 23 octobre 2024