L’Unicef a mis en garde mercredi contre l’intensification des bombardements au Liban qui endommage les services essentiels principalement dans le sud du pays, mettant les enfants en danger, sur les plans de la santé, de la protection et de l’éducation. L’organisation onusienne a de plus appelé, lors d’un briefing conjoint au siège de l'ONU avec le Programme alimentaire mondial, à mettre fin au conflit, et à protéger les enfants du Liban, de Palestine et d’Israël.
« Les enfants du Liban sont de plus en plus exposés à des problèmes de santé et de protection, notamment à des maladies d'origine hydrique comme le choléra, l'hépatite et la diarrhée - susceptibles de provoquer la mort- car les bombardements incessants du pays perturbent et endommagent de plus en plus les services essentiels dont dépendent les familles » a observé l’organisation onusienne de protection de l’enfance. « Les enfants doivent être protégés et les services dont ils dépendent doivent être sauvegardés, conformément au droit international », a ajouté l’Unicef dans un communiqué, mercredi.
Un premier cas de choléra a en effet été détecté mercredi dans le Akkar. Le patient, de nationalité libanaise, présente « une diarrhée aqueuse aiguë et une déshydratation », selon le ministère de la Santé.
Environ 1,2 million de personnes - hommes, femmes et enfants - ont été déplacées par l'escalade du conflit, dont environ 400 000 enfants, selon les chiffres des autorités libanaises.
Maladies, froid, éducation
Selon l’Unicef, des dommages dus aux bombardements ont également été signalés dans plusieurs écoles, au moins 15 hôpitaux et 70 centres de soins de santé primaires et services médicaux d'urgence. Selon le ministère libanais de la santé publique, 6 hôpitaux sont désormais hors service et 5 autres fonctionnent partiellement.
« Alors que la fréquence et l'intensité des bombardements augmentent au Liban, des dommages considérables ont été causés aux infrastructures essentielles et des dizaines de membres du personnel médical et des services essentiels ont été tués », a déclaré Edouard Beigbeder, représentant de l’Unicef au Liban, rappelant le droit humanitaire international qui impose la protection du personnel humanitaire et des prestataires de services essentiels lorsqu'ils apportent un soutien vital aux familles et aux enfants dans des conditions précaires. « Les enfants souffrent alors que le monde observe le mépris flagrant de ces lois », a-t-il dénoncé.
Le conflit entre le Hezbollah et Israël qui a débuté le 8 octobre 2023 au lendemain d’une attaque du Hamas contre Israël depuis Gaza, a en effet redoublé d’intensité le 30 septembre dernier, date du début de l’offensive israélienne terrestre au Liban, qualifiée de « limitée » par l’Etat hébreu.
D'autres maladies risquent de se propager parmi les familles déplacées, en particulier dans les zones surpeuplées qui n'ont pas accès à des produits d'hygiène et à des services d'assainissement. L'Unicef a déjà reçu des rapports faisant état de gale et de poux parmi les enfants dans les abris et s'inquiète du risque de propagation d'infections respiratoires dans les semaines à venir, alors que le temps devient plus froid et plus humide. Des milliers de personnes restent dans les rues du Liban sans abri, sans literie ni vêtements adéquats.
L'augmentation massive des déplacements et la perturbation des services exposent également les enfants au risque de problèmes de protection, notamment d'être séparés de leur famille, a de plus dénoncé le représentant de l’Unicef. « Le fait de ne pas aller à l'école expose également les enfants à un risque accru de blessures, d'abus ou de travail des enfants », a-t-il ajouté, demandant à toutes les parties de protéger les enfants en vertu du droit international humanitaire et des droits de l’homme.
Le directeur général adjoint de l'Unicef, Ted Chaiban, a rappelé de son côté que près de 190 000 de ces personnes forcées de quitter leur foyer se trouvent maintenant dans des abris de fortune où elles espèrent trouver un semblant de sécurité, principalement dans des écoles publiques, tandis que d'innombrables autres cherchent refuge auprès de quiconque peut leur offrir un toit et un endroit où se reposer, précise le communiqué conjoint. « Certains n'ont d'autre choix que le bord de mer ou la rue. Le bilan psychologique est immense, en particulier pour les jeunes. Les enfants sont désormais confrontés à des cauchemars de bombardements, à la perte d'êtres chers et à l'effacement de leurs maisons et de leurs écoles », a-t-il déploré.
Épuisement des ressources
Saluant « les profonds actes de solidarité », le directeur adjoint a estimé impératif que la réponse onusienne « soutienne à la fois les personnes déplacées et les communautés qui les accueillent ». « L'Unicef et le PAM travaillent sans relâche pour répondre aux besoins immédiats », a-t-il assuré, évoquant entre autres l’approvisionnement en eau potable, la fourniture de kits d'assainissement, de savon, de shampoing.
Selon l'Unicef, l'augmentation massive des déplacements et la perturbation des services exposent également les enfants au risque d'être séparés de leur famille. Depuis le 8 octobre 2023, l'Unicef et ses partenaires ont identifié 67 enfants non accompagnés et séparés dont 65 ont pu retrouver leur famille. Le fait de ne pas aller à l'école expose également les enfants à un risque accru de maltraitance ou de travail infantile.
Les organisations sont toutefois confrontées à nombre de problèmes, notamment l’épuisement des ressources des déplacés les plus vulnérables, le manque de préparation des abris face à l’arrivée de l’hiver, et la nécessité de trouver des solutions d'apprentissage alternatives pour les enfants touchés afin d'éviter la perte d'une génération, les écoles publiques étant mobilisées pour l’accueil des réfugiés, a noté M. Chaiban, invitant toutes les parties au conflit à adhérer au droit humanitaire international.
« Nous demandons à la communauté internationale d'agir de toute urgence. Le financement est essentiel, l'appel de l'Unicef n'est financé qu'à hauteur de 8 % à l'heure actuelle », a-t-il aussi souligné, appelant à exempter le financement de toute « conditionnalité qui empêche une action rapide ».
Ted Chaiban a aussi appelé toutes les parties à un cessez-le-feu. « Les enfants sont les premiers touchés dans un conflit comme celui-ci. La vie des enfants du Liban, des enfants de Palestine et des enfants d'Israël et de toute la région a été dévastée par le conflit. Tous ces enfants ont désespérément besoin que cesse la violence qui les prive de leur sécurité, de leur éducation et de leur enfance », a-t-il conclu.