Une boule de feu et des explosions suite à une frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth, le 6 octobre 2024. Fabio Bucciarelli/AFP
Depuis que l'armée israélienne a intensifié sa guerre au Liban le 23 septembre en multipliant les bombardements quotidiens sur la banlieue sud de Beyrouth, le sud du pays et la Békaa, les bruits des frappes aériennes et des survols d'avions de chasse et autres drones rythment les jours, et surtout les nuits, de la population stressée et paniquée. Les détonations font trembler les vitres et les bâtiments, situés parfois à plusieurs kilomètres des lieux bombardés. Ces frappes ciblent souvent des zones résidentielles où, selon l'armée israélienne, se trouvent des cibles militaires du Hezbollah.
Des spécialistes de la santé mentale ont déjà exprimé de sérieuses inquiétudes quant au fait que la population libanaise souffre d'un « syndrome de stress traumatique permanent » après un an de conflit déjà entre le Hezbollah et Israël.
Le Dr Georges Karam, psychiatre gériatrique et directeur exécutif de l'organisation caritative de santé mentale Idraac, basée à Beyrouth, explique que ses patients se plaignent principalement de l'impact des bombardements israéliens sur leur santé mentale et évoquent un stress et des troubles du sommeil en conséquence. L'Orient Today l'a interrogé sur l'impact de ces bombardements sur la santé mentale, et ses conseils pour y faire face.
Quel impact les frappes aériennes et le bruit incessant des drones ont-ils sur la santé mentale ?
Ces bruits nous affectent beaucoup, car chaque fois que vous entendez les bombardements, vous savez qu'il y a un risque pour votre sécurité. Cela nous met dans un état d'alerte permanent, où nous devons soit lutter contre cela, soit fuir (fight-or-flight response, en anglais). À l'instant où je vous parle (le 7 octobre, NDLR), je peux voir les fumées provenant d'une frappe sur Dahiyé (la banlieue sud de Beyrouth). De plus, le fait d'entendre continuellement le bourdonnement d'un drone au-dessus de vous signifie que vous êtes constamment sur le qui-vive. Vous ne savez pas si ce drone ne fait que surveiller ou s'il peut décider de vous bombarder.
Dans ce genre de situation stressante, le corps libère des hormones de stress appelées cortisol, qui vous aident à « combattre ou fuir » pour vous sauver. Le problème, c'est que cette hormone n'est censée être sécrétée qu'en cas de menace réelle et à raison d'une fois par semaine ou par mois, au maximum. Mais lorsque vous êtes bombardés en permanence, vous avez cette sécrétion de cortisol toutes les cinq minutes, et le taux ne cesse d'augmenter, ce qui nuit à votre santé physique et mentale.
Vous vous retrouvez bloqués dans une réaction constante de lutte ou de fuite, ce que nous appelons le « stress chronique ». Cela peut vous rendre plus enclin à contracter des infections et des douleurs physiques, notamment un essoufflement, des brûlures d'estomac, une indigestion, des maux de tête, de dos et d'épaules (...), des vertiges et des sueurs. Si vous avez des problèmes de santé physique ou mentale préexistants, ils pourraient s'aggraver.
Certaines personnes disent entendre des bombardements fictifs et sont désormais très sensibles au bruit, pourquoi ?
C'est un phénomène psychologique qui peut se produire parce que vous êtes constamment en état d'alerte. Vous essayez constamment de faire la différence entre ce qui est dangereux et ce qui ne l'est pas. Même si vous entendez une porte se fermer ou une voiture démarrer, vous restez hypersensible et vous ne pouvez pas vous détendre. Cela ajoute à l'épuisement car votre cerveau n'arrive plus à s'éteindre. Vous êtes constamment sous tension.
Que faire lorsqu'on entend des frappes et que l'on se trouve dans une zone suffisamment éloignée pour être en sécurité ?
La chose la plus rapide à faire pour se calmer est un exercice de respiration profonde. Vous pouvez le faire où que vous soyez lorsque vous entendez l'explosion, que ce soit au travail, en voiture ou au lit. Je fais moi-même cet exercice. Je respire profondément par la bouche pendant quatre secondes. Je retiens ma respiration pendant quatre secondes et j'expire pendant quatre secondes. En répétant cet exercice cinq fois, votre corps se calmera automatiquement.
Vous pouvez également vous allonger sur votre lit. Dites-vous : « Je vais détendre mes épaules. » Concentrez-vous sur cette sensation, puis parcourez votre corps. Vous pouvez détendre vos muscles rien qu'en y pensant. Buvez quelque chose de mentholé, comme du thé ou des bonbons à la menthe. La menthe a un effet rafraîchissant.
Beaucoup de personnes souffrent d'insomnie à cause des bombardements. Comment y faire face ?
La privation de sommeil peut être utilisée comme une forme de torture. Nous avons tous besoin de huit heures de sommeil pour fonctionner. Le manque de sommeil a un impact sur la concentration, l'énergie et la motivation au travail, et peut rendre beaucoup plus irritable.
Il est également important de conserver une routine et de faire de l'exercice, car cela indiquera au cerveau que les choses sont normales. L'exercice, comme le yoga ou la gymnastique, est le meilleur moyen de se détendre. Plus vous êtes détendu, mieux vous dormirez. Par ailleurs, il y a quelques étapes à suivre avant d'aller se coucher. Tout d'abord, identifiez un endroit sûr chez vous pour dormir, sinon votre cerveau sera en alerte tout le temps. Si vous dormez dans un lit situé près de grandes fenêtres et que vous craignez qu'elles ne se brisent, changez l'emplacement de votre lit, voire de votre chambre.
Essayez de méditer pour calmer votre cerveau. Concentrez-vous sur le moment présent et bloquez tout le reste. Trouvez quelque chose de positif auquel penser, même dans cette situation difficile. Par exemple, si vous êtes en bonne santé, si vous avez encore un revenu, si vous avez encore un toit au-dessus de votre tête, c'est quelque chose de positif et une raison d'être reconnaissant. Enfin, ne lisez pas les nouvelles avant de dormir. Ne regardez pas les écrans une heure avant de vous coucher. Ne consommez pas d'alcool pour vous endormir et ne prenez pas de somnifères sans prescription médicale.
Si vous souffrez de problèmes de santé mentale, vous pouvez obtenir de l'aide gratuitement. Le numéro 1564 est le service national d'assistance émotionnelle et de prévention du suicide géré par l'ONG Embrace, en collaboration avec le Programme national de santé mentale. Les appels sont anonymes.




