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Est-il indécent de parler « culture » ?

Chère lectrice, cher lecteur,

D’épaisses volutes de fumée enveloppent Beyrouth au petit matin. Après une nouvelle nuit d’enfer, les esprits ankylosés par les pics de cortisol (que même les doses éléphantesques d’Ashwagandha ne pourraient contrôler), tentent d’assimiler le flux continu de nouvelles sur les écrans. Le Sud, la Békaa, la Banlieue sud : « pilonnés par l’armée israélienne ». « Le cœur de Beyrouth touché ». « Plus de 1000 personnes ont été tuées », « 1,2 millions de personnes déplacées », « frappes violentes ».

Sonné. Tout le monde est sonné.

Dans ce contexte plus sombre que la nuit, est-il indécent de parler « culture » ? Pour certains, ça l’est. Même le terme de « résistance culturelle » - parfois aussi galvaudé et honni que le mot « résilience » - semble futile devant l’ampleur de la guerre.

Cette dernière est bien là. Mais les artistes aussi sont là. Si les pointures de l’entertainment national se sont, pour la plupart, murées dans un silence visiblement réfléchi, d’autres se dédient à la cause humanitaire et d’autres encore s’attèlent studieusement à la tâche, documentant la guerre, ses images, ses bruits et ses fureurs pour en faire, plus tard, des œuvres d’art témoin et analytique.

Alfred Tarazi est bien rôdé à l’exercice. Dans son A Lover’s manifesto to Beirut, fruit de longues années de travail, il explore le « rôle des images dans l’histoire traumatique du Liban».

Le film Arzé relate le combat d’une jeune femme dans un Liban post-effondrement. Alors que Carla Rebeiz diffuse comme un message d’espoir en signant son livre sur la table libanaise à Paris.

Paris où de nombreux artistes, cinéastes, chercheurs et d’acteurs du monde de l’art libanais préparent une série d’évènements culturels.

Afin de sensibiliser l’opinion publique et d’apporter un soutien direct aux populations touchées par la guerre au Liban.

Documenter, raconter, dénoncer, aider, soutenir, mettre la lumière, insuffler de l’espoir, s’accrocher à son identité. Voilà, entre autres, quelques-unes des missions portées par les artistes.

La culture n’est donc pas inutile, en temps de guerre.

Bonne lecture !

Maya Ghandour Hert

Cheffe du service culturel

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