Une rue du quartier d’Achrafieh à Beyrouth, qu’Israël n’a pas encore bombardé. L’armée israélienne a commencé dans la nuit de mercredi à jeudi à effectuer des frappes en dehors de la banlieue sud de Beyrouth, prétextant cibler le Hezbollah. Photo P.H.B.
Après avoir tenu des mois sans trop s’éloigner de la barre médiane des 50 points, l’indice des directeurs d’achat libanais (PMI), qui reflète l’optimisme ou le pessimisme du secteur privé, a continué de chuter en septembre face à l’intensification spectaculaire des affrontements entre le Hezbollah et Israël, commencés au lendemain de la guerre de Gaza déclenchée le 7 octobre 2023. Parallèlement à la publication de cette mise à jour dans les temps par Blominvest – ce qui peut surprendre compte tenu du contexte actuel marqué par l’intensification des frappes israéliennes dans plusieurs régions du Liban –, le Rassemblement des dirigeants et chefs d’entreprise libanais a publié un long communiqué pour exprimer ses craintes.
Le PMI de septembre a ainsi affiché 47 points, soit 0,9 point de moins qu’en août. Il atteint surtout son plus bas niveau depuis décembre 2021, période pendant laquelle le pays, en pleine grave crise économique et financière débutée en 2019, enregistrait un taux d’inflation record (+224,39 %), voyait la valeur de sa livre s’effondrer encore plus et se remettait à peine des restrictions de voyage liées au Covid-19.
Le PMI est un indice de l’activité économique libanaise basé sur les résultats de sondages envoyés aux directeurs d’achat de 400 entreprises locales. Il reflète une baisse d’activité si sa valeur est inférieure à 50 points, et inversement. Si la valeur de l’indice est inférieure à celle du mois précédent, cela signifie que la baisse s’est accélérée, et vice-versa.
Mira Saïd, analyste chez Blominvest, attribue logiquement cette baisse à « l’escalade de la guerre entre Israël et le Hezbollah, qui a gravement affecté l’activité économique » d’une saison estivale pourtant bien entamée.
Production et commandes en berne
Elle souligne l’impact direct du contexte sur « la production, les nouvelles commandes et les nouvelles commandes à l’exportation », lié au fait que « les clients internationaux évitent d’effectuer de nouvelles commandes en provenance des pays touchés par les conflits en raison de l’augmentation des coûts d’expédition et des perturbations de la chaîne d’approvisionnement ». Ces facteurs font également « augmenter les prix de la production », précise-t-elle.
En termes de chiffres, le sous-indice du PMI mesurant la production est tombé à 44,5 points contre 46,5 en août ; celui mesurant les nouvelles commandes est passé de 46,1 à 44,5, tandis que celui des commandes à l’exportation est tombé à 44,3 contre 47,5, toujours sur la même période.
Mais ces résultats ne sont pas la conséquence la plus problématique. « Ce qui est le plus regrettable, c’est le pessimisme du secteur privé à l’égard des perspectives du pays », constate Mira Saïd, soulignant la dureté du coup porté aux infrastructures, à l’agriculture et au tourisme. Elle rappelle également que les déplacements massifs de population (1,2 million de personnes ont fui les bombes israéliennes, selon les chiffres officiels) compliquent encore davantage une situation déjà dramatique.
Partageant cette inquiétude, le RDCL a lancé ce jeudi un « appel urgent aux députés de la nation et aux responsables pour arrêter la guerre et sauver le Liban, les Libanais et le secteur privé formel ». Dans un communiqué publié mercredi, son président Nicolas Boukather a aussi appelé la communauté internationale à renforcer son soutien à l’armée libanaise et aux institutions de l’État libanais pour répondre aux besoins urgents du peuple à travers tout le pays, tant sur le plan sécuritaire qu’économique et social.
Crainte d’une coupure internet
Le RDCL estime que le pays a perdu au moins 4 milliards de dollars depuis le début de l’année en raison des différents problèmes auxquels il fait face, pour un PIB qui n’en comptait que 20 milliards à fin 2023.
Le groupement affirme de plus craindre de voir le PIB se contracter de 25 % d’ici à la fin de l’année, avec une cascade de fermetures d’entreprises, précisant toutefois qu’il est « encore impossible d’évaluer pleinement l’impact économique d’une extension du conflit » et ajoutant que des « secteurs-clés de l’économie subissent déjà des baisses allant de 40 % à 90 %, en fonction des régions ». Il note de plus que le secteur de la publicité et des médias est le plus touché, avec une chute de 70 % à 100 %, suivi des commerces de détail de produits non essentiels (80 %).
« En revanche, dans certaines zones accueillant des déplacés, des secteurs comme l’immobilier et les supermarchés connaissent une augmentation temporaire de la demande, au détriment des zones sinistrées », ajoute le RDCL. L’organisation a aussi fait part de ses craintes quant à une éventuelle coupure d’internet, regrettant que « malgré les nombreux appels et réunions organisés par le RDCL pour permettre l’utilisation du réseau Starlink d’Elon Musk, aucune réponse positive n’a été obtenue ». Il est également particulièrement préoccupé par les bombardements indiscriminés de propriétés privées par Israël, sous couvert d’opérations lancées contre le Hezbollah, et appelle à la coopération entre l’armée libanaise, les Forces de sécurité intérieure et le secteur privé. Il estime enfin que l’ensemble de ces facteurs risquent de peser sur le niveau des réserves de devises de la Banque du Liban, et donc sur le taux de change, qui est pour l’instant resté stable.
Selon une source à la BDL, entre 200 et 300 millions de dollars ont été mis en circulation en ce début de mois, entre les rémunérations payées en dollars aux fonctionnaires et la demande faite aux banques libanaises de verser à leurs clients qui bénéficient des mécanismes mis en place par les circulaires principales n° 158 et 166 trois fois les montants mensuels que ces derniers retirent chaque mois.


