Une colonne de fumée s'élève d'un des immeubles ciblés par l'armée israélienne dans la banlieue sud de Beyrouth, dans la nuit du 1er au 2 octobre 2024. Photo Mohammad Yassine/L'OLJ
Plus de 1 000 tués et 6 300 blessés : en deux semaines, le bilan des opérations militaires israéliennes au Liban a dépassé celui de la guerre de 2006. Ravivant des traumatismes ancrés dans les corps et les mémoires, cette escalade sans précédent dans le conflit entre le Hezbollah et Israël depuis octobre dernier a aussi déplacé plus d'un million de personnes au Liban, soit « le plus grand déplacement de population de l'histoire » du pays, selon le Premier ministre sortant Nagib Mikati. Depuis le 17 septembre, le Liban vit ainsi l'une des séquences les plus meurtrières de son histoire.
Des explosions simultanées et mutilantes de bipeurs et talkies-walkies des membres du Hezbollah au pilonnage du Liban-Sud, de la Békaa et de la banlieue sud de Beyrouth, en passant par l'assassinat de Hassan Nasrallah, cette dernière quinzaine ne compte que des inédits, avec également des frappes ciblées dans le Kesrouan, le Chouf, le centre de Beyrouth (Cola), ou encore récemment Aïnata el-Arz, dans le caza de Bécharré. Dans ce contexte, il est difficile de reprendre son souffle et de se remémorer le fil des événements. L'Orient-Le Jour revient donc sur la chronologie, non exhaustive, de ces deux (très) longues semaines meurtrières.

17 septembre : les bipeurs de la terreur
Le mardi 17 septembre 2024, vers 15h30, une série d'explosions secoue le Liban, du Sud à la Békaa, en passant par Beyrouth... et même la Syrie. Des milliers de bipeurs utilisés par des membres du Hezbollah explosent simultanément, créant la panique dans les rues, dans des supermarchés, ou encore dans des restaurants. Les hôpitaux sont tout à coup submergés par des blessés et les scènes d'apocalypse s'y multiplient.
18 septembre : la deuxième salve, cette fois des talkies-walkies
Le lendemain, vers la même heure, c'est au tour des talkies-walkies utilisés par le parti chiite d'exploser, en parallèle d'une intensification des frappes aériennes au Liban-Sud. Cette seconde vague commence alors que des funérailles de membres du Hezbollah tués la veille par les explosions de bipeurs ont lieu, et sème la panique dans les rangs. Des détonations plus importantes, la batterie du talkie-walkie étant plus imposante que dans les bipeurs, qui met parfois le feu à des appartements. Bilan de ces deux journées : 39 morts et plus de 3 000 blessés.
20 septembre : al-Radwane décimée
Le matin du vendredi 20 septembre, Ibrahim Akil, chef de l’unité d’élite du Hezbollah, la Force al-Radwane, sort de l’hôpital dans lequel il était soigné après avoir été blessé par l’explosion de son bipeur ou de son talkie-walkie deux jours auparavant.
La veille, Hassan Nasrallah tentait de rassurer les troupes dans une allocution télévisée, reconnaissant « un coup dur » pour son parti, mais estimant qu'Israël avait « échoué à atteindre ses objectifs » dans les explosions de bipeurs et de talkies-walkies.
Réuni avec un commandant de cette force d'élite, Ahmad Mahmoud Wehbé, et 14 autres combattants du parti chiite au sous-sol d'un immeuble du quartier de Jamous, dans la banlieue sud de Beyrouth, Ibrahim Akil et ses interlocuteurs meurent le soir-même, dans une frappe ciblée de l'aviation israélienne.
23 septembre : opération « Flèches du Nord »
Trois jours après la frappe dévastatrice qui a tué Ibrahim Akil, et au lendemain d'une riposte du Hezbollah vers des infrastructures militaires dans la ville de Haïfa au nord d'Israël, l'armée israélienne franchit un nouveau cap en pilonnant avec acharnement le Liban-Sud et une partie de la Békaa. C'est le début de l'opération « Flèches du Nord » dans laquelle, sur cette seule journée, près de 600 personnes sont tuées et plus de 1 800 blessées. Israël prétend alors cibler « un nombre important d'armes et de missiles terroristes se trouvant à l'intérieur des maisons » dans ces deux régions. Le Hezbollah n'annonce lui que deux combattants « martyrs » sur cette journée. Les victimes sont principalement des civils.
27 septembre : le séisme Nasrallah
Pendant trois jours, certains ont cru à une accalmie. Paris et Washington ont proposé un cessez-le feu « temporaire de 21 jours » au Liban. Mais quelques heures après le discours de Benjamin Netanyahu à l'Assemblée générale de l'ONU, vendredi 27 septembre à 18h17, la terre s'est mise à trembler. Une série de détonations lourdes et répétées réduisent quatre immeubles de la banlieue sud de Beyrouth à néant. Les images font le tour du monde. Des cratères énormes déchirent le sol et une question commence à faire le tour des médias : où est Hassan Nasrallah ?
S'ensuit une longue nuit rythmée par des dizaines de frappes israéliennes sur la banlieue sud de Beyrouth. Le lendemain, après de longues heures de silence, le Hezbollah annoncera, vers 14h30, la mort de son chef. Le « sayyed » est devenu « martyr » de la résistance qu'il a menée pendant plus de 30 ans.
30 septembre : Beyrouth visée en plein cœur
Le coup de grâce porté au Hezbollah par l'assassinat de Hassan Nasrallah n'arrête pour autant pas l'armée israélienne qui, peu après 1h du matin, le lundi 30 septembre, cible et tue trois membres du FPLP (Front populaire pour la libération de la Palestine) dans une frappe chirurgicale dans le quartier de Cola. Nouvel inédit : désormais la capitale intra-muros est visée.
Dans la foulée, l'État hébreu s'attaque coup sur coup à des figures d'autres mouvements propalestiniens : membre de la Jamaa islamiya tué dans la Békaa, responsable du Hamas tué dans un bombardement sur le camp d'el-Bass près de Tyr, chef de la branche militaire locale du Fateh visé à Aïn el-Héloué mardi... Ce dernier, Mounir Maqdah, en réchappe.
1er octobre : incursions terrestres et ire de l'Iran
Alors que l'armée israélienne poursuit ses bombardements au Liban, une nouvelle information agite le pays depuis lundi : Israël a l'intention de « lancer une incursion terrestre limitée » au Liban-Sud et en a informé Washington. Des rumeurs qui se confirment en soirée et auxquelles s'ajoutent une nouvelle série de frappes israéliennes nocturnes sur la banlieue sud de Beyrouth, mardi 1er octobre. Le Hezbollah confirmera mercredi que des « combats » avec l'armée israélienne auront lieu au sol dans certaines localités du Liban-Sud.

Voilà quelques nuits déjà que le Liban ne dort plus.
Et la soirée de ce mardi 1er octobre n'y aura pas échappé quand l'Iran envoie environ 200 missiles vers Israël en riposte aux assassinats du chef du Hamas Ismaïl Haniyé fin juillet à Téhéran, de Hassan Nasrallah et de l'un des commandants des gardiens de la révolution, Abbas Nilforoushan, tué en même temps que le chef du Hezbollah. Le Dôme de fer n'intercepte pas tout, les tirs de joie fusent au Liban pour célébrer la riposte, des vidéos de liesse à Gaza circulent sur les réseaux sociaux.
Israël, lui, condamne une « grave erreur » de Téhéran et promet des représailles.








Au passage, Un immense merci à la MEA. La seule compagnie qui malgré le contexte continue de décoller et atterrir à Beyrouth ;) ☺
13 h 59, le 03 octobre 2024