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Un contentieux en héritage

Tenue sur-le-champ pour plus que probable, confirmée par petites touches à Tel-Aviv, reconnue sur le tard par le Hezbollah, la brutale disparition de Hassan Nasrallah fait partie de ces événements qui ne sauraient laisser indifférent grand monde.

En Orient comme en Occident, nombreux sont ceux qui se seront réjouis de la diabolique performance réalisée par ces bombes à haut pouvoir de pénétration qui ont servi à liquider le chef suprême d’une organisation cataloguée terroriste et ses proches collaborateurs. Dans le microcosme libanais, premier concerné après tout, c’est heureusement de manière plus responsable et prudente que la gent politique aborde cette fois la question, devenue par trop familière, de la mort violente. Loin des sarcasmes qui fleurissent inévitablement sur les réseaux sociaux, respect est ainsi dû à la douleur, la frustration et la colère habitant en ce moment une partie notable de la population qui adulait Hassan Nasrallah, l’élevant au rang d’icône politico-religieuse. À ces sentiments s’ajoute sans doute d’ailleurs l’amère désillusion que suscite un parrain iranien apparemment plus soucieux de rétablir les ponts avec le Grand Satan américain que de voler au secours de ses protégés pris à la gorge. Demeure néanmoins en face une part encore plus large de la population contestant vivement le lourd héritage que laisse l’homme qui, plus de trois décennies durant, a dirigé le Hezbollah avant de s’affirmer comme le véritable maître des destinées du Liban. Le contentieux interne va d’une série d’assassinats politiques imputés à la milice aux guerres déclarées, en passant notamment par les explosions dans le port de Beyrouth et le torpillage délibéré de l’enquête sur cet épouvantable scandale.

En ces heures d’une extrême gravité, les dirigeants libanais, qu’ils soient au pouvoir ou non, ne peuvent en aucun cas se donner bonne conscience en se satisfaisant d’élémentaires marques de civilité et de tact funéraires, alors que foisonnent les inconnues. Qui succédera ainsi à Nasrallah ? Le parti de Dieu se dotera-t-il seulement d’un chef déclaré, ce qui reviendrait à le désigner aux assassines prouesses d’un Mossad guère à court de taupes infiltrées dans les hautes sphères miliciennes ? Quels assouplissements de la traditionnelle ligne dure peut-on raisonnablement escompter ? Et surtout comment le Liban peut-il en tirer raisonnablement parti sans s’exposer à des secousses internes ? Œuvrant en étroite coordination avec le président de l’Assemblée, allié du Hezbollah, flanqué d’un simple gouvernement d’expédition des affaires courantes en proie aux divisions, le Premier ministre démissionnaire croit pouvoir gérer de la sorte une situation à nulle autre pareille : cela en attendant quelque providentielle résolution onusienne, ou alors cette trêve temporaire de 21 jours proposée par le bloc arabo-occidental, mais que le rouleau compresseur ennemi a vite fait de laminer.

Faux, archifaux : plutôt que de jérémiades et de lamentations, c’est d’une initiative largement nationale, sortant des sentiers battus, qu’a besoin le pays pour s’attirer l’intérêt et la sympathie de la communauté internationale. Dépassées par l’infernale cadence des frappes aériennes sont les protestations individuelles ou de groupe émises par les diverses forces souverainistes. C’est de toutes ces sensibilités politiques (et pourquoi pas religieuses aussi, dans un pays comme le nôtre) que devrait se cuirasser le rachitique pouvoir légal pour précisément prendre de vitesse l’ONU et ses vertigineux labyrinthes dialectiques en clamant, sans plus de faux-semblants, son irrévocable détermination à reprendre le contrôle total de son territoire. À souscrire d’office, avant que d’y être invité, avant même qu’il ait été décrété, à tout cessez-le-feu. À déployer au plus tôt, au Liban-Sud, une armée régulière qui, cette fois, a heureusement réussi jusqu’à ce jour à se tenir loin du feu allumé par les pyromanes. À observer sans la moindre triche toutes les astreintes que recèlent les résolutions onusiennes en voie de réactivation. À démontrer, loin de toute paix formelle, l’attachement de notre pays à ces accords d’armistice de 1949 qui ont parfaitement rempli leur office deux décennies durant, avant que la résistance palestinienne et puis la libanaise d’inspiration iranienne s’avisent de libérer Jérusalem à partir de Chebaa et Kfarchouba.

Une telle proclamation de foi dans la vocation véritable du Liban ne serait autre chose au fond qu’un indispensable appendice au pacte national de 1943. Et c’est en commençant par s’aider lui-même que notre pays pourra convaincre sceptiques et indécis.

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com

Tenue sur-le-champ pour plus que probable, confirmée par petites touches à Tel-Aviv, reconnue sur le tard par le Hezbollah, la brutale disparition de Hassan Nasrallah fait partie de ces événements qui ne sauraient laisser indifférent grand monde.En Orient comme en Occident, nombreux sont ceux qui se seront réjouis de la diabolique performance réalisée par ces bombes à haut pouvoir de pénétration qui ont servi à liquider le chef suprême d’une organisation cataloguée terroriste et ses proches collaborateurs. Dans le microcosme libanais, premier concerné après tout, c’est heureusement de manière plus responsable et prudente que la gent politique aborde cette fois la question, devenue par trop familière, de la mort violente. Loin des sarcasmes qui fleurissent inévitablement sur les réseaux sociaux, respect est ainsi...