L'annonce de la mort du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah (ici photographié en 2016), dans la frappe israélienne de vendredi soir sur le QG du parti, dans la banlieue sud de Beyrouth, a suscité la peine et la colère de ses partisans. Patrick Baz/AFP
Les rumeurs avaient beau circuler depuis hier soir, renforcées par des déclarations de l'armée israélienne en ce sens, l'annonce officielle, par le Hezbollah, a fait l'effet d'un coup de tonnerre : Hassan Nasrallah, son secrétaire général, a été tué dans la frappe israélienne de vendredi soir sur le QG du parti dans la banlieue sud de Beyrouth.
Immédiatement, « des pleurs ont empli les rues » du quartier de Ghobeiri, dans la banlieue sud de Beyrouth, assurent les habitants qui y sont restés, malgré le pilonnage israélien. Des hommes crient le nom de Hassan Nasrallah. « Les hommes pleurent, les femmes hurlent. On a l'impression que c'est le jour du Jugement dernier », raconte, aussi, Sally Khoury, bénévole dans un centre accueillant les déplacés du Liban-Sud, installé à l'école publique René Moawad à Beyrouth.
Partout, à Beyrouth, mais aussi au sein de la diaspora libanaise chiite, la peine des partisans du Hezbollah est immense.
« J'aurais préféré que ce soit moi plutôt que le sayyed, que ce soit toute ma famille, plutôt que lui », déclare à L'Orient Today Khadija Hammoud. Originaire de Aïtaroun au Liban-Sud, elle est actuellement réfugiée à Aley.
A l'aéroport international de Beyrouth, notre journaliste assiste à des scènes de désespoir après l’annonce par le Hezbollah de la mort en « martyr » du « sayyed » Hassan Nasrallah. De nombreux passagers attendant dans la salle d’embarquement pour un vol en direction de Bagdad fondent alors en larmes. « Que va-t-on faire sans toi ? » s'écrient certains, tandis que d’autres, qui refusaient de croire à sa mort, assurent qu'ils s'attendaient à ce que Nasrallah s'exprime dans la soirée. L’incrédulité se lit sur les visages. « Ce n’est pas possible, ce n’est pas vrai cette histoire ! » entend-on alors que d’autres passagers appellent leurs proches pour confirmer les informations. Une ambiance de funérailles, rapporte notre journaliste, comme si les gens avaient perdu un membre de leur famille.
Dans un communiqué lu en direct sur la chaîne al-Manar, du Hezbollah, le parti a annoncé que « le maître de la résistance » Hassan Nasrallah « s'est déplacé aux côtés de son Seigneur en tant que grand martyr ». « Il a rejoint la caravane des martyrs de Karbala » et « ses compagnons, les immortels martyrs dont il a dirigé la marche pendant trente ans, les menant de victoire en victoire », a ajouté le parti. Hassan Nasrallah, rappelle le Hezbollah, avait pris la tête du parti en 1992 et l'a mené à la « libération du Liban en 2000 », avec la fin de l'occupation israélienne du Sud, la « victoire de 2006 », lors de la guerre de Juillet. « La direction du Hezbollah s'engage à poursuivre son jihad face à l'ennemi, en soutien à Gaza et à la Palestine, en défense du Liban », ajoute le communiqué.
« Ce n'est pas la fin de la résistance » à Israël
Pour certains, la mort de Hassan Nasrallah ne marque pas la fin de la résistance. Lorsque l'ancien chef du Hezbollah, Abbas Moussaoui « a été assassiné par Israël, on a cru que c'en était fini de la résistance, mais Allah a envoyé quelqu'un d'encore plus puissant : Hassan Nasrallah », déclare, au Nigeria, un homme d'affaires libanais originaire du Liban-Sud, Ahmad Fawaz. « Qu'il repose en paix. La même chose va également arriver maintenant », lance-t-il.
Un peu plus tôt, une femme, réfugiée de Bchamoun chez sa sœur à Beyrouth, disait déjà « ne pas avoir peur que Nasrallah soit mort ». « Comme il est venu, d'autres viendront après lui ».
Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a déclaré samedi qu'Israël « ne peut pas endommager la solide infrastructure du Hezbollah au Liban », à la suite de l'annonce faite par l'armée israélienne de l'assassinat de Hassan Nasrallah. Le sort de la région « sera déterminé par les forces de la résistance, avec le Hezbollah en première ligne », a ajouté Khamenei, ajoutant que les forces de la résistance soutiennent le Hezbollah.
Samedi, dans la communauté libanaise de Benin City, au Nigerai, les femmes se sont vêtues de noir et les hommes pleurent. Les commerces ont baissé leurs rideaux. « Notre dos a été brisé », déclare à L'OLJ le propriétaire d'une chaîne de restaurants libanais, originaire de Aïnata, au Liban-Sud. Il souhaite garder l'anonymat car, « en Afrique, afficher son soutien au Hezbollah peut entraîner des sanctions immédiates ».
À Free Town, au Sierra Leone, Hassan Dhainy est inconsolable. « Je pars maintenant au Liban, je vais aller me battre contre Israël. Je viens du Sud et ma terre natale est bombardée par des démons. Je ne vais pas rester ici les bras croisés », lance-t-il. Son frère tente de la raisonner. De toutes les manières, quasiment aucun vol n'arrive à Beyrouth par les temps qui courent.
Zainab Hamiyé, étudiante en réalisation cinématographique à l'Université d'Etat de New York affirme de son côté s'être précipitée dans un restaurant yéménite de l'autre côté de sa rue « pour crier ». « Je ne comprends pas comment le monde peut continuer de tourner après la mort du Sayyed. Et apparemment les autres Arabes pensent la même chose que moi. Le restaurant était rempli de Libanais, Syriens et Palestiniens, même de Pakistanais ». Elle souligne toutefois que « les sentiments des gens sont mitigés, soit fâchés, soit soulagés qu'il ait été tué ».



« J'aurais préféré que ce soit moi et pas Nasrallah »: alors pourquoi fuir, restez au même endroit et subissez le même sort si vous avez si peu de considération pour votre vie !
07 h 29, le 30 septembre 2024