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Points de vue - Point De Vue

Le Liban de demain dessinera les contours du nouveau Moyen-Orient

Le Liban de demain dessinera les contours du nouveau Moyen-Orient

Vue de Beyrouth. Photo d’illustration João Sousa/« L’OLJ »

Quel avenir pour le Liban et le Moyen-Orient ? Cette équation à deux inconnues relève certes de l’anticipation politique, mais aussi d’une géométrie très particulière qui oscille entre le sectarisme religieux, les replis communautaires, le déchaînement des passions et des haines, qui impliquent les grandes religions monothéistes et s’inspirent tantôt de l’Ancien, tantôt du Nouveau Testament, évoquent les rêves de peuple élu, traduisent le schisme de l’Occident romain et de l’Empire byzantin, reprennent avec le Coran et l’hégire un souffle de conquête puis sombrent dans la tragédie de Ali et de Hussein, un autre schisme qui rebondit 1 400 ans après dans la désespérance et l’esprit de revanche. Tout cela dans un monde où les guerres froides mondiales d’hier se sont réchauffées partout, mais à des échelles régionales que les grandes puissances entretiennent activement avec le seul souci de les contenir.

Pour certains, c’est le sort du Moyen-Orient qui déterminera celui du Liban. Sans nécessairement m’inscrire en faux, je souhaite néanmoins m’attaquer d’abord au microcosme libanais pour proposer ensuite à nouveau à la région une formule qui porte encore le message convivial de Jean-Paul II ( « le pays-message » ), mais de manière plus lisible.

Périls existentiels

Nous affrontons désormais chez nous quatre périls existentiels, largement exploités de l’intérieur et de l’extérieur : la division politique chrétienne ; l’utopie militaire chiite ; l’éclipse sunnite et la perplexité druze.

Il est vrai que l’élection d’un président, un cessez-le-feu à Gaza, une trêve au Sud, l’illusion de la 1701, un accord avec le FMI et autres expédients pourraient soulager quelque peu le désespoir des libanais et la lassitude de leurs amis. Toutefois, seule une réforme majeure qui ne casserait pas la baraque, mais au contraire en préserverait les fondements et réaménagerait les étages, peut encore sauver notre pays moribond.

À force de plancher sur les différents projets de solution et de réforme libanaises élaborés depuis des décennies et trop souvent bafoués, reniés ou inappliqués – des 14 principes de l’entente agrées avec cheikh Bachir Gemayel au document final de l’accord de Taëf en passant par les différentes feuilles de route locales et négociations diplomatiques –, je suis convaincu que la véritable réforme, celle qui assurera au Liban un nouveau palier de stabilité quelle que soit l’évolution du Proche-Orient, doit s’inspirer des grands moments de notre histoire contemporaine pour se projeter sur un avenir aménagé sans complexes ni préjugés.

En réalité, trois grands axiomes doivent et peuvent régir la réforme. D’abord ne pas toucher aux frontières de 1920, mais les aménager intérieurement pour en assurer la pérennité et l’étanchéité – deux attributs pour une souveraineté retrouvée. De même, il faut conserver l’esprit du pacte de 1943 (ni « Est ni Ouest »), mais faire des deux négations une seule affirmation de caractère positif et non engagé. Enfin, il ne s’agira pas de réviser les accords de Taëf, mais d’ouvrir toutes les fenêtres qu’ils avaient aménagées : indépendance définitive et identité arabe ;

déconfessionnalisation progressive ; large décentralisation, séparation réelle des pouvoirs ; création d’un Sénat et réforme de la loi électorale.

À ces trois conditions, la gestion de notre patrimoine national, si singulier, si riche dans ses particularismes, si tourmenté par ses expériences heureuses et malheureuses, si prometteur à travers le message qu’il porte à la région et au monde, serait encore possible.

Réforme

À cet effet, voici quelques propositions de réforme qui empêcheraient le trépied national (1920, 1943, Taëf) de sombrer sous l’hégémonie du nombre ou des armes, de l’obédience étrangère ou du désespoir sociétal.

L’abolition du confessionnalisme à la Chambre des députés est souhaitable, mais il devra être opéré sur la base d’une loi augmentant le nombre des circonscriptions électorales afin d’assurer une représentation régionale et indirectement homogène et équilibrée. Parallèlement, il s’agira de maintenir la représentation confessionnelle au Sénat de manière paritaire entre chrétiens et musulmans et l’élargissement des prérogatives sénatoriales dans tout ce qui porte sur les décisions nationales majeures.

L’abolition du confessionnalisme dans l’administration centrale devra, elle, s’effectuer à travers avec un recours strict aux compétences, la décentralisation assurant aux régions et aux communautés l’homogénéité requise sur les plans de la représentativité et de la gouvernance. Pour assurer un fonctionnement souple de la maintenance et du développement, un contrat économique et social répartira les parts du budget central et régional sur le double plan des recettes et des dépenses.

Cette abolition permettrait la réalisation de plusieurs avancées notables. D’abord, le président de la République serait élu parmi les candidats des communautés chrétiennes : indifféremment maronite, orthodoxe, grec-catholique, protestant, arménien ou minoritaire. Ensuite, les présidents de la Chambre et du Conseil des ministres pourraient être soit chiite, soit sunnite ou druze – sans cumul au bénéfice d’une seule et même communauté. La présidence du Sénat reviendrait quant à elle alternativement tous les deux ans à l’une des six communautés dites historiques. Enfin, la présidence du Conseil économique et social serait libérée de toute appartenance religieuse, et les attributions du Conseil renforcées pour compenser la décentralisation administrative par une approche de nature et dimension nationales.

Dernière ceinture de sécurité

Il est certain que le Liban de demain ne ressemblera en rien, ou à peu de choses près, à celui d’hier et d’aujourd’hui. Même uni, les paramètres de cette unité et les dispositions de gouvernance diffèrent largement de ceux et de celles qui ont régulé jusqu’ici notre vie. Un peu comme en 1840 avec les deux caïmacamats qui se déchireront pendant 20 ans, comme en 1860 avec la moutassarifiya (petit Liban essentiellement montagnard et relativement autonome) régie par un gouverneur chrétien non libanais, sous la houlette d’un pacha et d’un directoire de consuls, et surtout comme en 2005 et 2008 avec la révolution du Cèdre puis le contre-coup d’État syro-iranien.

Le Proche-Orient s’accommodera-t-il encore des lignes tracées dans le sable entre 1917 et 1920 pour le dominer et l’assagir par la division ? Ou bien la profusion d’acteurs, de protagonistes et de comparses en fera, au XXIe siècle, les Balkans du XIXe ?

Quoi qu’il en soit, démembrement ou remembrement, le Liban ressemblera au nouveau Moyen-Orient. D’abord, parce qu’il en fait nécessairement partie. Ensuite, parce qu’il constituera un exemple non négligeable de l’image à venir. Enfin et surtout, parce que les formules qu’il adoptera ou testera en dessineront les nouveaux contours et le futur contenu.

Il y a un ADN national à modifier et un environnement régional à aménager. C’est seulement à ce prix que le Liban restera uni. Aujourd’hui, il ne l’est que sur le papier, à l’intérieur de frontières encore internationalement reconnues et sur une carte dessinée en 1920 mais violée depuis de toutes parts.

C’est à ces seules conditions que le Liban restera uni, même si dans les faits, plus rien ne correspond désormais aux lignes, aux textes et aux institutions, tant bien que mal préservées depuis le mandat, après l’indépendance et même à travers la guerre dite civile et des invasions de l’Est et du Sud.

Ce Liban uni, revu et réformé est la dernière ceinture de sécurité du vivre- ensemble.

Ce texte est l’adaptation d’une allocution prononcée lors d’une table ronde organisée le 13 septembre par l’association Diaspora libanaise Overseas au Sénat français.

Député et ancien ministre.

Quel avenir pour le Liban et le Moyen-Orient ? Cette équation à deux inconnues relève certes de l’anticipation politique, mais aussi d’une géométrie très particulière qui oscille entre le sectarisme religieux, les replis communautaires, le déchaînement des passions et des haines, qui impliquent les grandes religions monothéistes et s’inspirent tantôt de l’Ancien, tantôt du Nouveau Testament, évoquent les rêves de peuple élu, traduisent le schisme de l’Occident romain et de l’Empire byzantin, reprennent avec le Coran et l’hégire un souffle de conquête puis sombrent dans la tragédie de Ali et de Hussein, un autre schisme qui rebondit 1 400 ans après dans la désespérance et l’esprit de revanche. Tout cela dans un monde où les guerres froides mondiales d’hier se sont réchauffées partout, mais à...
commentaires (2)

CANDIDE, UTOPIQUE ! Ce semblant « passé » est bel et bien en terre depuis 40 ans ! M.H. Il y a un temps à tout, descendez du podium du lointain passé. Suivez l’exemple de grand-papa bidon …

aliosha

18 h 30, le 29 septembre 2024

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Commentaires (2)

  • CANDIDE, UTOPIQUE ! Ce semblant « passé » est bel et bien en terre depuis 40 ans ! M.H. Il y a un temps à tout, descendez du podium du lointain passé. Suivez l’exemple de grand-papa bidon …

    aliosha

    18 h 30, le 29 septembre 2024

  • On croirait rever!!! Que ce serait beau qu'un Liban remis a neuf!!!??? puisse enfin realiser que rien ne serait plus ... libanais qu'une bonne entente nationale. Que ce pauvre Liban manipule par les divers interets puisse emerger des ruineuses aventures dues aux escrocs et des reveurs de domination aides par l'etranger qui manipule pour ses propres interets. Serait-ce miraculeusement possible?

    RAYMOND SAIDAH

    19 h 09, le 27 septembre 2024

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