Une dizaine de tués, des milliers de blessés, les hôpitaux débordés, tel est le terrible résultat de l’explosion simultanée, hier, en divers points du territoire et jusqu’en Syrie, de tout un lot de bipeurs, ces petits appareils d’alarme sonore ou écrite équipant – signe des temps – les militants du Hezbollah. Pour les porteurs de ces engins que l’on accroche à la hanche ou à la poitrine, mais aussi pour leurs infortunés voisins, c’était en somme l’éventration ou la mort : le tout déclenché au presse-bouton.
Plutôt qu’une cinglante preuve de sa supériorité technologique, c’est un fleuron de taille qu’Israël vient d’ajouter à son palmarès résolument terroriste. Pas plus qu’à Gaza, cet État n’a cure en effet des victimes collatérales que peut causer sa politique d’attentats contre les cadres de la milice. Et si le procédé utilisé hier a effectivement de quoi frapper les imaginations en matière de guerre psychologique, s’il constitue même une sinistre première mondiale, il suscite surtout une foule d’interrogations. La première a évidemment trait à la monumentale faille de sécurité apparue au sein d’un Hezbollah déjà éprouvé pourtant par une série d’attentats contre ses dirigeants. Exclue par les experts semble être la thèse de batteries au lithium explosant sur commande ; les milliers de bipeurs acquis en remplacement des téléphones mobiles aisément infiltrés et localisés par l’ennemi étaient-ils, dès lors, sciemment piégés ? La criminelle préparation de ces archaïques moyens de communication, généralement réservés au personnel hospitalier, a-t-elle eu lieu avant ou après livraison, si bien qu’ils n’attendaient qu’une fatale émission radio pour voler tous ensemble en éclats ?
Plus inquiétant cependant que les brèches sécuritaires du Hezbollah est le contexte politico-militaire dans lequel survient cette sanglante folie collective des bipeurs. La veille même, Benjamin Netanyahu faisait officiellement mettre à jour la liste de ses buts de guerre, y incluant en bonne place le retour à leurs maisons des habitants du nord d’Israël. À l’émissaire américain Amos Hochstein, en qui les Libanais placent tous leurs espoirs d’un règlement négocié, il signifiait que ce retour ne serait pas possible sans un changement radical de la situation à la frontière. S’adressant au même Hochstein, le ministre israélien de la Défense Yoav Gallant a été encore plus explicite, affirmant que l’action militaire était désormais le seul moyen de garantir un tel résultat. En notoire désaccord sur la conduite de la guerre de Gaza, comme sur la libération négociée des otages détenus par le Hamas palestinien, les deux rivaux auraient-ils donc choisi le Liban pour terrain d’entente ? À défaut d’une opération d’ampleur susceptible d’embraser la région tout entière, la paire se serait-elle rabattue sur l’option d’une zone tampon au Liban-Sud, vierge de toute présence du Hezbollah ? À l’ère des missiles de précision qui ont détrôné les katiouchas d’antan, Israël serait-il pour autant définitivement hors d’atteinte ? Et pour en venir inexorablement à de tels aménagements, la diplomatie n’eût-elle pas été préférable à la frénésie guerrière des onze mois écoulés ?
Le Hezbollah, une chambre de verre dans une maison libanaise du même et vulnérable matériau : tel est, en attendant, le message qui par perfide bip nous était convoyé hier.
Issa GORAIEB


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