Le comédien Kassem Jaber. Photo tirée de la page Instagram de Kassem Jaber
Le comédien Kassem Jaber a été interrogé jeudi 22 août par des officiers de la Sûreté générale (SG) de Nabatiyé (Liban-Sud) après qu’ils ont perquisitionné sa maison à Kfar Tibnit, munis d’un mandat, selon des déclarations du comédien à L’Orient Today. Celui-ci a également précisé que ces agents lui avaient confisqué des reçus de transferts d’argent totalisant environ 1 800 dollars et qu’ils avaient saisi son téléphone après en avoir examiné le contenu.
Dans l’une de ses dernières publications sur Facebook, Kassem Jaber avait ainsi écrit : « Pourquoi y a-t-il une guerre dans un pays qui n’a pas d’électricité ? » Une remarque semblant critiquer l’intervention militaire du Hezbollah contre Israël après l’opération du 7 octobre du Hamas sur le sol israélien et la guerre de Gaza qui a suivi, alors que le fournisseur d’électricité publique Électricité du Liban a interrompu la quasi-totalité de sa production depuis le week-end dernier.
Une autre vidéo récente postée par le comédien sur ses réseaux sociaux le montrait en train de conduire dans le Sud tout en agitant par la fenêtre ce qui ressemble à une bouteille d’alcool, comme une « protection » contre toute frappe israélienne – puisque les membres du Hezbollah, souvent ciblés par des frappes de drones alors qu’ils conduisent leurs voitures ou motos, suivent une stricte adhérence aux traditions islamiques et ne sont pas censés consommer d’alcool.
Si les officiers n’ont pas divulgué au comédien leurs accusations à son encontre, ce dernier nous a affirmé soupçonner que cela était lié à des allégations d’espionnage, en voulant pour preuve la saisie de son téléphone. N’étant pas représenté par un avocat à ce moment-là, il a déclaré avoir obtempéré pour éviter de susciter d’autres soupçons.
« Intimidation » par la SG et le Hezbollah
Pour Kassem Jaber, cette action est une « tactique d’intimidation de la SG, influencée par l’axe de la résistance » (Hezbollah). « Je pense que je suis trop connu pour qu’il (le Hezbollah) essaie de m’intimider directement – sinon les gens les blâmeraient pour ça. À la place, ils pousseraient une partie des forces de sécurité à le faire », a-t-il supputé. Contactés également par notre rédaction, ni la SG ni le Hezbollah n’étaient disponibles dans l’immédiat pour commenter.
« Avec tous les crimes dans le pays, le port détruit (suite à l’explosion en son sein du 4 août 2020, NDLR), l’ennemi (Israël, NDLR) frappant quand il veut, et c’est moi qui représente un risque pour la sécurité nationale ? s’est-il interrogé. Ceux qui ont Hodhod (le drone du Hezbollah captant des images en Israël qui sont régulièrement diffusées par le parti chiite) qui peut filmer Haïfa ne peuvent pas dire si je suis un espion ou non ? C’est une répression de la liberté d’expression. »
Contacté, Jad Shahrour, porte-parole de la Fondation Samir Kassir pour la liberté d’expression et de la presse, a, lui, expliqué que son organisation s’oppose à la convocation d’individus qui va à l’encontre de la protection de la liberté d’expression garantie par la Constitution. « Concernant un éventuel espionnage, c’est un sujet très délicat et les forces de sécurité devraient avoir suffisamment de preuves pour enquêter sur ce dossier. Mais si la question est liée à une position politique ou à l’expression d’une opinion, la Constitution la protège, », explique-t-il. Et d’ajouter : « Les forces de sécurité – qui ont reçu une formation de l’Union européenne au cours des 10 dernières années sur des sujets liés à la démocratie et aux libertés civiles – devraient savoir comment traiter ce genre de cas. »
Kassem Jaber n’est en tout cas pas le premier comédien à être inquiété par les forces de sécurité. La comédienne Shaden Fakih avait été condamnée en 2022 à payer une amende par le tribunal militaire pour « humiliation et atteinte à la réputation des Forces de sécurité intérieure (FSI) », après avoir publié une vidéo dans laquelle on la voit appeler les FSI et leur demander si elles pouvaient lui livrer des serviettes hygiéniques en raison des restrictions imposées pendant la période de confinement en pleine pandémie de Covid-19 au Liban.
Si, en octobre 2023, la Cour de cassation militaire avait finalement décidé d’abandonner les poursuites contre l’humoriste, celle-ci a annoncé le mois dernier son intention de « ne pas rentrer au Liban dans l’immédiat », trois mois après une polémique suscitée par la diffusion de l’un de ses sketchs sur l’islam et les hommes de religion. Une vidéo qui lui avait valu de faire l’objet de plaintes de la part de Dar el-Fatwa, la plus haute instance sunnite du pays, ainsi que du Conseil supérieur chiite, pour « blasphème, atteinte aux symboles religieux et incitations aux conflits politico-confessionnels et racistes ». « Je ne voulais pas quitter le pays, mais l’État ne peut pas me protéger. Je continuerai néanmoins à parler et à me battre », avait-elle alors déclaré du Canada sur ses réseaux sociaux, après avoir reçu des menaces.




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15 h 43, le 24 août 2024