Un public nombreux le mardi 30 juillet au concert du rappeur El Shami dans le cadre du festival Beirut Holidays. Photo DR
Ces images ont fait le tour de la toile. Le Waterfront de Beyrouth, réputé pour son effervescence en période estivale, n’a pas dérogé à la règle au soir de ce mardi 30 juillet. Il est 19h30 et un millier d’aficionados de rab panarabe patientent devant les grillages et portiques de sécurité alors que les détenteurs de billets VIP remplissent déjà les gradins à ciel ouvert. Venus applaudir El Shami, artiste syrien à la popularité ascendante, des spectateurs en tongs ou talons hauts défilent sous le regard amusé des gardes et policiers.
Une vingtaine de minutes plus tard, une détonation fait vibrer la capitale et ses alentours jusqu’à faire souffler un vent de panique parmi les organisateurs de l’événement, préparés à l’éventualité d’une annulation depuis plusieurs jours. Sur les réseaux sociaux, des vidéos montrent d'épais nuages de fumée s’élevant de Haret Hreik, dans la banlieue sud de Beyrouth, où, selon les informations préliminaires, un commandant haut gradé du Hezbollah aurait été ciblé par l’armée israélienne.
« À cette heure-là, il y avait 1 500 personnes dans la fosse face au DJ. Le rappeur en question ne se montrant nullement affecté et l’armée n’intervenant pas, nous avons décidé de poursuivre nos activités », répond Amin Abiyaghi, producteur et fondateur du festival Beirut Holidays qui clôture ce soir-là une édition 2024 rythmée par les ballades de Guy Manoukian et les fantasques scénettes de Pink Martini.
Si 10 % des spectateurs attendus n’ont finalement pas fait le déplacement pour cette nuitée de clôture, 4 500 fans ont malgré tout assisté à la performance d’un jeune musicien quelque peu blasé, indifférent à l’ambiance morose qui sévit à l’extérieur d’un espace repensé pour répondre à ses excentricités artistiques. « Indécent » ou « symbole de l’envie de vivre du peuple Libanais face à l’actualité terrifiante », c’est une autre guéguerre qui se joue entre les internautes, partagés par le concept de résilience ou interloqués par le manque de considération d’une partie de la population. « De nos jours, la critique est devenue un peu trop facile. La réalité du terrain est tout autre dans notre domaine. Il existe des conséquences financières majeures qui pèsent sur les épaules de personnes ayant accepté, sans sponsors ou gains, d’aider à produire de tels spectacles. Et puis c’est de la résistance culturelle ! Nous ne laisserons pas Israël avoir ce qu’il veut en annulant ! » ajoute Amin Abiyaghi en rappelant, indigné, l’intérêt soudain de la presse de l’État hébreu pour un concert de la diva Élissa, « repris à des fins politiques sur leurs chaînes de télévision et ailleurs. Nous, on le prouve, on continue ».
La culture, malgré tout ?
Interminable a semblé cette nuit de mardi à mercredi où le monde semble avoir concentré son attention sur une région prête à s’embraser, entre deux épreuves aux Jeux olympiques de Paris. Au fil de la soirée, des informations contradictoires circulent, alors que sur la petite lucarne, les visages fermés des présentateurs se crispent en annonçant le nombre de blessés avant de s’attarder sur le sort inconnu de Fouad Chokor, responsable militaire du Hezbollah visé par Israël.
Depuis le début de l’été, malgré la situation tendue dans le pays et en dépit des orages de la guerre qui ne grondent pas si loin, la musique n’a pas arrêté de battre les pavés des cités touristiques exaltées du Liban : du concert de la chanteuse Abeer Nehmé, au Kay Lounge de Dhour Choueir, à celui de Ash, musicien franco-égyptien multi-instrumentaliste à Byblos. Événements que déplorent et critiquent certains journalistes et chroniqueurs proches du parti chiite sur le réseau X, à coups de tweets sanglants, reprenant les images des concerts maintenus.
Et maintenant ?
Inquiets, les organisateurs de shows à venir disent tous s'être concertés avec leurs équipes managériales dans la perspective d’un possible élargissement du conflit opposant Israël au Hezbollah. Les scénarios envisagés et plans datés de l’été 2006 ressortent des placards pour élaborer celui qui limiterait au maximum une casse financière, que beaucoup ont vu venir avant même la riposte israélienne de Haret Hreik et l’assassinat à Téhéran du chef politique du Hamas Ismaïl Haniyé.
Si les interprètes occidentaux, grands absents de ce cru 2024, ont préféré détourner leurs tournées mondiales du pays du Cèdre en feu en raison de la situation sécuritaire qu’ils jugent équivoque, les performeurs arabes avaient, eux, des stades à remplir. Du moins jusqu’à ce mardi 30 août au matin, quand la société GMH & TMG, spécialisée dans l’entertainment, confirme le report de plusieurs concerts, dont celui de l’Égyptien Tamer Hosny le 3 août, de la Syrienne Assala le 10 août et de celui qui était censé réunir Assi el-Hellani, Haïfa Wehbé et l’Irakien Saïf Nabeel le 8 août.
Les grands festivals historiques, quant à eux, ont choisi de presque s’effacer face aux risques. Et pour cause : celui de Baalbeck, situé au cœur d'une Békaa régulièrement soumise aux frappes, n’a prévu qu’un concert symbolique le 29 août à Horch Tabet, tandis que Beiteddine a tout simplement été annulé « en soutien au Liban Sud et à Gaza », avait annoncé sa présidente Nora Joumblatt en mai dernier. Beiteddine a par ailleurs inauguré le 25 juillet trois expositions au palais des Emirs, « tout en l'éclairant, en signe de résistance », a signalé le comité organisateur.
La troupe Caracalla, qui devait présenter son spectacle inspiré des Mille et Une Nuits le mercredi 31 juillet repousse son inauguration au 8 août au moment où de nombreuses productions attestent à L’Orient-Le Jour le maintien des préparatifs, jusqu’à nouvel ordre. Le rappeur franco-congolais Dadju assurera ainsi sa prestation au Beirut Waterfront le 31 juillet, tout comme les Mayyas le lendemain.
Côté théâtre, Métro al-Madina affirme que le « spectacle continue », de même pour Monnot ou aucune modification n’est à prévoir pour le moment.
Au Liban qui danse sur un volcan, la scène culturelle et artistique honore donc la majeure partie de ses engagements face à un public sceptique, anxieux et profondément divisé entre le flegme des uns et la frilosité des autres. La fête continue, pour certains, mais jusqu'à quand ?



Un concert organisé par des oomallas... euh sauf si on prélève qq centimes pour lema moussanada de gaza? Ok?
04 h 50, le 01 août 2024