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Culture - Lecture À La P(L)Age

« La vie heureuse » de David Foenkinos en quête du bonheur

Dans cette série, la rédaction de « L’Orient-Le Jour » partage ses lectures d’été à dévorer à la plage, en montagne, sur le balcon en début d’après-midi ou le soir au lit. Cette semaine, une roman qui explore la manière de se réinventer quand sa vie perd son sens.

« La vie heureuse » de David Foenkinos en quête du bonheur

David Foenkinos connaît un succès qui ne se dément pas. Photo Gallimard

Si la recette marche aussi bien, c’est qu’elle a le mérite d’être intelligente, claire et écrite fluidement. David Foenkinos connaît un succès qui ne se dément pas et lui fait faire des détours par le cinéma. Trois de ses romans, La délicatesse, Les souvenirs et Le mystère Henri Pick ont été adaptés au grand écran. La délicatesse avait d’ailleurs été réalisé par lui-même et son frère Stéphane, et c’est Audrey Toutou qui y tenait la vedette. En effet, son œuvre se prête facilement à l’univers cinématographique : un propos percutant, défendu tout au long d’un livre qui tient en haleine sans pour autant être un polar. Si les livres de Foenkinos sont, comme on dit, avec des anglicismes devenus monnaie courante en littérature française, des page turners, ils ne sont pas non plus des feel good books parce que la légèreté n’est que dans l’écriture jamais dans les thèmes abordés. Mais bizarrement, on en sort toujours extatique après avoir refermé la dernière page. C’est le cas pour son dernier en date, La vie heureuse, sorti chez Gallimard dans la collection Blanche en début d’année mais qui est une lecture d’été par excellence.

Roman kaléidoscopique

Alors que le roman aborde le bonheur dans son titre, il est en fait centré sur une expérience de décès. Comment se réinventer quand sa vie perd son sens, comment renaître, en somme comment guérir son mal de vivre, maladie de ce siècle qui nous sur-sollicite et nous épuise ? C’est une des nombreuses questions que pose La vie heureuse de David Foenkinos qui tourne autour d’Éric Kherson, quadragénaire, cadre chez Decathlon, installé dans une routine professionnelle confortable et stable. Pour ce personnage un peu terne et effacé, mélancolique aussi, aucune promesse nouvelle ne semble se profiler. Éric est orphelin de père, divorcé, ne voit pas souvent son fils et entretient des rapports compliqués avec sa mère. Épuisé par la cadence de son travail, il plaque tout du jour au lendemain pour accepter une offre d’emploi qu’une ancienne camarade de lycée, Amélie, lui propose en le contactant sur Facebook ; petit aller-retour entre monde suranné et moderne qu’affectionne Foenkinos.

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Il va découvrir Amélie sous un jour nouveau et développer des liens qu’il n’attendait plus. Tous deux seront appelés à partir en mission en Corée du Sud où Éric va trébucher sur l’enseigne de Happy Life, un institut qui propose une thérapie innovante qui consiste à mettre en scène sa propre mort en organisant de faux enterrements pour retrouver un sens à la vie ou le goût de vivre autrement. Happy life propose même une formule express d’une heure, une mort en mode accéléré. Et ce n’est pas de la fiction, c’est un rituel qui existe vraiment pour faire physiquement face à sa mort. En fait, il s’agit d’être face à son cercueil, sa photo, de rédiger un mot ainsi que sa propre épitaphe, résumer sa vie en une sorte d’introspection brève et passer un moment à l’intérieur de ce cercueil fermé, histoire de mettre en regard sa finitude. C’est qu’Éric souffre d’« invisibilité » comme la qualifie Foenkinos, une invisibilité qui va forcer le héros du roman à faire face à ses pires démons, mais de manière tout à fait naturelle. Confronté à ses anxiétés, ses questionnements complexes, sa quête de sens et de renouveau, Éric va trouver ses réponses dans un processus de guérison qui passe par le mal lui-même et qui va donner un coup de fouet à sa vie. Il va jongler entre pessimisme et optimisme, transformer sa vie personnelle, et en cours de route, souligner l'importance de la résilience pour enfin se donner une seconde chance, voire renaître.

La renaissance est un des thèmes de prédilection de Foenkinos, pour qui elle passe souvent par une série de tragédies qui nous permettent de les transcender en source de joie et de lumière. L'auteur a d’ailleurs vécu un épisode de mort comme il le raconte, à l’âge de 16 ans, quand, atteint d’une maladie grave qui nécessite une anesthésie, il voit juste avant qu’on l’endorme complètement ce fameux tunnel de lumière. Il part alors et revient avec le sentiment d’être une autre personne. C’est le soulagement, presque l’extase. À la suite de l’opération, il est immobilisé à l’hôpital pendant plusieurs mois qui lui donnent l’occasion de développer un penchant pour la lecture. Il comprend alors qu’il est nécessaire de tendre vers la beauté car face à la mort, c’est notre plus grande part d’humanisme qui émerge. D’ailleurs en ces temps de turbulences extrêmes et de grandes fragilités où se réinventer est parfois une question de survie, David Foenkinos confiait avoir envie de voir ce rituel coréen libérateur importé en Europe.

Miroir de nos questionnements les plus existentialistes, décryptage sans concessions de nos sociétés modernes, humour décalé, fraîcheur, sarcasme, légèreté du style, tous les ingrédients typiques d’un Foenkinos qui se respecte se retrouvent dans La vie heureuse, qui, à défaut de nous en offrir une, nous procure le bonheur de la lire et peut-être, à la croisée des chemins, la possibilité d’aller la chercher là où on ne saurait la pressentir.

Si la recette marche aussi bien, c’est qu’elle a le mérite d’être intelligente, claire et écrite fluidement. David Foenkinos connaît un succès qui ne se dément pas et lui fait faire des détours par le cinéma. Trois de ses romans, La délicatesse, Les souvenirs et Le mystère Henri Pick ont été adaptés au grand écran. La délicatesse avait d’ailleurs été réalisé par lui-même et son frère Stéphane, et c’est Audrey Toutou qui y tenait la vedette. En effet, son œuvre se prête facilement à l’univers cinématographique : un propos percutant, défendu tout au long d’un livre qui tient en haleine sans pour autant être un polar. Si les livres de Foenkinos sont, comme on dit, avec des anglicismes devenus monnaie courante en littérature française, des page turners, ils ne sont pas non plus des feel...
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