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Société - Témoignages

À Beyrouth et dans sa banlieue sud, la vie continue...

Passants et résidents du fief chiite et des quartiers de Hamra et d’Achrafieh ont témoigné pour « L’Orient-Le Jour » de leurs sentiments face à une possible attaque israélienne de grande ampleur au Liban suite à la frappe de Majdel Chams samedi.

À Beyrouth et dans sa banlieue sud, la vie continue...

Les rues sont calmes dans la banlieue sud, alors que les tensions montent entre le Hezbollah et Israël, le 29 juillet 2024. Photo Olivia Le Poidevin

Beyrouth et sa banlieue attendent. Depuis la frappe meurtrière samedi dans la ville druze de Majdel Chams, dans le Golan occupé, qui a fait douze victimes, principalement des enfants et des adolescents, le gouvernement israélien menace le Hezbollah – et le Liban – d’une riposte d’ampleur. L’État hébreu et les États-Unis accusent le parti chiite d’avoir lancé cette attaque à partir du Liban. La formation pro-iranienne, aux prises avec l’armée israélienne depuis le 8 octobre 2023 dans le sillage de la guerre de Gaza, nie catégoriquement. Depuis samedi donc, les Libanais attendent et semblent osciller entre inquiétude et résilience. Et les paris vont bon train : à quoi ressemblera la riposte ?

Première cible dans la capitale en cas d’escalade, la banlieue sud de Beyrouth poursuivait sa routine ce lundi. Sous la surveillance d’un membre du Hezbollah, des habitants nous ont exprimé une palette de sentiments. D’abord, une attitude de défi, avec Shafia Haïdar : « Nous n’avons pas peur... Nous avons vécu de nombreuses guerres, nous ne serons pas effrayés par Israël. S’ils frappent, ils seront frappés en retour. Nous sommes prêts. »

Habitant près du quartier où Saleh el-Arouri, n° 2 du Hamas, a été assassiné le 2 janvier dernier par Israël, Shawkat*, lui, se dit plus craintif. « Nous avons peur d’une telle attaque. La guerre sera difficile pour tous », a-t-il reconnu, soulignant le lourd tribut que pourrait représenter un conflit pour la communauté. De son côté, Ibrahim Ezzedine, un autre habitant de la banlieue, se montre plus prudent : « Personnellement, je ne pense pas qu’il y aura une frappe sur la banlieue sud car il y a beaucoup d’anticipation. Les Israéliens n’annonceraient pas leurs plans à l’avance : c’est plus une tactique psychologique », analyse-t-il.

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À quoi pourrait ressembler la riposte israélienne ?

Une guerre psychologique qui semble faire son effet dans la capitale, notamment dans les quartiers emblématiques de Hamra et d’Achrafieh, pourtant moins visés par une attaque israélienne, que L’Orient-Le Jour a également parcourus. Voici ce que les passants nous ont dit.

 « Une guerre irano-israélienne absurde »

Attablé dans un café avec une amie sur la place Sassine à Achrafieh où les passants se font plutôt rares ce lundi midi, Tony, la quarantaine, se dit non seulement serein, mais il répond même « Inch’Allah » à l’éventualité d’une frappe. « Ce n’est qu’à ce prix que nos dirigeants se réveilleront et décideront d’édifier un État véritable », lance-t-il, déterminé. Moins catégorique, un autre Tony, jouant au trictrac avec des amis, montre sa jambe blessée le 4 août 2020 par l’explosion au port de Beyrouth. « Je n’ai plus peur de rien, mais je suis inquiet pour ce pays. On ne peut pas badiner avec Israël : regardez Gaza, détruite à 80 %. Si le Liban est affecté de cette façon-là, qui va le reconstruire ? » interroge-t-il, avant de se lancer dans une diatribe contre les responsables libanais, « tous incapables d’imposer au Hezbollah de cesser ses provocations contre un ennemi tellement plus fort que lui et nous ».

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Près de Tony, Ghassan, lui, n’est pas franchement inquiet. « Je crois que personne n’a intérêt à changer les règles du jeu », estime-t-il. Et d’ajouter : « S’il devait y avoir une grande frappe, elle aurait déjà eu lieu. » Pas trop d’inquiétude non plus de la part de Nada, qui se présente comme journaliste. « Je crois que personne n’a intérêt à se lancer dans l’inconnu, notamment le Hezbollah, qui risque fort de voir toute la population se retourner contre lui, même ses partisans », dit-elle. Pour Élias, en revanche, il y a lieu de s’inquiéter que « cette guerre irano-israélienne absurde, qui ne nous concerne en rien », ne s’étende. Plus pragmatique, Rouba, 31 ans et mère de deux enfants, se dit « plus inquiète que d’habitude », même si elle ne croit pas à l’éventualité d’une grande guerre. « Les deux parties ont d’autres chats à fouetter », affirme-t-elle.

« Personne ne meurt avant l’heure »

De l’autre côté de la ville, la rue Hamra est, elle, bondée. Cheveux blonds coupés court en brosse, Zeina se dit « un peu plus anxieuse que d’habitude ». Et pourtant, cette guerre, elle la comprend. « Si la maison de votre voisin brûle, vous ne pouvez pas rester les mains croisées, vous savez que vous serez le prochain », dit-elle, se disant convaincue que le Hezbollah ne peut avoir perpétré le massacre de Majdel Chams contre des enfants syriens. Imad, un commerçant du quartier, est d’accord : « Si nous n’avions pas commencé cette guerre, les Israéliens nous y auraient entraînés », affirme-t-il, puis d’ajouter, avant de passer son chemin : « Nos responsables politiques ont tellement empoisonné notre existence qu’Israël ne fera pas pire », lance-t-il. Malgré l’animation dans la rue, les boutiques du quartier sont en effet remarquablement vides, ce qui atteste de l’impact de la crise économique aggravée par la guerre. « Cela fait huit mois que nous ne vendons rien », déplore Moustapha, un commerçant qui a passé sa vie à Hamra. La menace sécuritaire actuelle ne l’inquiète pas outre mesure. « Personne ne meurt avant l’heure », lance-t-il, fataliste.

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Attablé dans un des cafés mythiques de la rue, Serwane, artiste irakien résidant au Liban depuis une quinzaine d’années, affiche lui une mine sereine. « J’ai vécu des guerres toute ma vie, un peu comme ce Liban que j’affectionne, et je ne trouve pas ces menaces israéliennes si intimidantes », souligne-t-il. Il se dit pourtant « inquiet pour Beyrouth » plus que pour lui-même, et assure ne pas vouloir quitter le pays. Pour Jalal, habitant de Beyrouth originaire du Sud, « cela fait si longtemps qu’Israël nous menace continuellement que seuls les plus fragiles ont encore peur de lui ». « Je ne crois pas trop à leurs menaces, mais s’ils veulent nous attaquer, nous les attendons de pied ferme », tonne le quadragénaire. Lana et son amie, venues faire du lèche-vitrine dans le quartier, ne sont visiblement pas inquiètes : « Vous voulez une réponse ? Venez voir le programme d’activités que nous organisons à Batroun (Liban-Nord) », souligne Lana, expatriée au Qatar revenue passer l’été au Liban. « Puis, le ministre des Affaires étrangères nous a rassurées, et je le crois », ajoute gaiement son amie. 

*Les noms de famille ont été préservés.

Beyrouth et sa banlieue attendent. Depuis la frappe meurtrière samedi dans la ville druze de Majdel Chams, dans le Golan occupé, qui a fait douze victimes, principalement des enfants et des adolescents, le gouvernement israélien menace le Hezbollah – et le Liban – d’une riposte d’ampleur. L’État hébreu et les États-Unis accusent le parti chiite d’avoir lancé cette attaque à partir du Liban. La formation pro-iranienne, aux prises avec l’armée israélienne depuis le 8 octobre 2023 dans le sillage de la guerre de Gaza, nie catégoriquement. Depuis samedi donc, les Libanais attendent et semblent osciller entre inquiétude et résilience. Et les paris vont bon train : à quoi ressemblera la riposte ?Première cible dans la capitale en cas d’escalade, la banlieue sud de Beyrouth poursuivait sa routine ce lundi. Sous la...
commentaires (3)

""À Beyrouth et dans sa banlieue sud, la vie continue..."" Mais oui, la vie continue, car la guerre n’est pas toute l’histoire. Elle est un moment de l’histoire. Que valent tous ces témoignages si l’on ne se souvient plus tard de cette guerre. La vie continue, et les cérémonies de mariages ne sont pas annulées comme certains vols de plusieurs compagnies. On fait la fête, c’est l’été, et pour encore des candidats au martyr, la guerre est une fête. La vie continue sans que rien ne s’est passé ?

Charles Fayad

19 h 48, le 31 juillet 2024

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Commentaires (3)

  • ""À Beyrouth et dans sa banlieue sud, la vie continue..."" Mais oui, la vie continue, car la guerre n’est pas toute l’histoire. Elle est un moment de l’histoire. Que valent tous ces témoignages si l’on ne se souvient plus tard de cette guerre. La vie continue, et les cérémonies de mariages ne sont pas annulées comme certains vols de plusieurs compagnies. On fait la fête, c’est l’été, et pour encore des candidats au martyr, la guerre est une fête. La vie continue sans que rien ne s’est passé ?

    Charles Fayad

    19 h 48, le 31 juillet 2024

  • Alors si le ministre des affaires étrangères l’a dit, on peut dormir ils peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Pfft . On ne se refait pas.

    Sissi zayyat

    13 h 01, le 30 juillet 2024

  • Je n’ai pas compris l’amalgame entre la banlieue sud, Hamra et Achrafieh…

    Sissi zayyat

    12 h 50, le 30 juillet 2024

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