Grâce à son armée d’avocats hors de prix, il s’était déjà dépêtré, plus arrogant et insultant que jamais, des pièges légaux les plus implacables, dont deux procédures de destitution et une condamnation pour agression sexuelle. C’est d’un cheveu, et même d’un poil, que Donald Trump vient de réchapper aux balles d’un agresseur pour se voir aussitôt gratifier – comme en prime de survie – d’une annulation de la procédure fédérale le visant pour rétention de documents top secret trouvés dans une des salles de bains de sa résidence de Floride. Invariablement confiant dans sa bonne étoile, l’intéressé y a vu les prémices d’un abandon de toutes les poursuites visant sa personne.
Du tragique stand de tir forain de samedi, se sont en fait relevés, l’un après l’autre, deux Donald Trump on ne peut plus dissemblables. Le premier était une sorte de John Wayne au faciès ensanglanté, au poing rageusement brandi, appelant au combat ses partisans surexcités. Lui a vite succédé cependant un John Wayne toujours combatif certes, mais ramené par le génial réalisateur John Ford à une stature moins désincarnée, celle de l’Homme tranquille. Car la balle qui a failli l’emporter, cet homme de toutes les extravagances – et de tous les rétablissements – l’a littéralement saisie au bond. Il s’est efforcé de montrer que d’avoir frôlé la mort lui avait mis du plomb dans la tête, l’avait rendu plus pondéré, plus réfléchi. Voilà donc soudain un Trump transfiguré qui prêche aux Américains le calme, la raison et l’unité. Qui accule même Joe Biden à faire son mea-culpa pour avoir appelé à cibler son rival, dans le feu d’une campagne électorale marquée par une violence verbale sans précédent.
Pas que verbale d’ailleurs, cette violence couvant sous la cendre en Amérique où l’incroyable assaut contre le Capitole, couvert par Donald Trump en personne, avait fait craindre un début de guerre civile. Par une grinçante ironie, c’est un fusil de guerre en version prétendument civile, puisque incapable de tirer en rafale, un fusil comme il s’en vend librement par dizaines de millions aux États-Unis, qui a été près d’ôter la vie à une bête politique étroitement liée au puissant lobby des fabricants d’armes.
Ancien animateur de spectacles de téléréalité, Trump reste surtout un grand spécialiste de la psychologie des foules américaines. Fort de ses extraordinaires prouesses d’homme d’affaires, son principal titre de gloire est ainsi celui de gagnant ; et comme si ce n’était pas encore assez, il se vante d’une chance non moins phénoménale, celle-là même que les Arabes appellent la baraka. Rescapé par miracle d’une tentative d’assassinat dont il reste à éclairer les dessous, il exploite à fond son tout nouveau statut de victime, que seule la Providence a préservée du pire. Son pansement sur l’oreille, qui lui a valu les ovations et l’investiture officielle de la Convention républicaine, est déjà presque aussi mythique que le fut le bandeau noir de Moshe Dayan. Et voilà maintenant que les posters le montrent en protectrice compagnie de Jésus-Christ. Choisi comme potentiel vice-président, fondant de reconnaissance, le sénateur de l’Ohio J.D. Vance qui, il n’y a pas si longtemps, traitait Trump de Hitler de l’Amérique, trouve même des accents d’inspiration messianique pour assurer que c’est ce même homme qui l’a changé : qui en a fait un numéro deux aussi radical que le boss, un colistier quadragénaire parfaitement capable, dans ce duel de seniors qu’est cette présidentielle US, de donner un vigoureux coup de jeune au ticket républicain.
Les jeux sont-ils faits pour autant ? Les Américains ne sont évidemment guère seuls à se le demander. Aussi peut-on déceler, par-delà l’avalanche de messages de sympathie adressés au miraculé par les souverains et chefs d’État étrangers, le prudent souci de ne pas s’en faire inconsidérément un ennemi. Particulièrement significative est à cet égard la position de Volodymyr Zelenski affirmant ne pas redouter une élection de Trump, se disant prêt à œuvrer de concert avec ce dernier, allant même jusqu’à souhaiter une présence russe au prochain sommet pour la paix en Ukraine. La même circonspection semble devoir entourer des dossiers aussi divers que l’OTAN, le duo russo-chinois, le nucléaire iranien, la guerre de Gaza et le climat.
Il ne l’a pas fait exprès cette fois ; mais jamais l’habile spéculateur immobilier n’aura, avec un tel aplomb, investi à fond sur la planète.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef