Comment expliquer le suicide ?
Le suicide n’est pas lié à un seul facteur et c’est là toute sa complexité. C’est un phénomène avec un modèle de compréhension dit de « stress-vulnérabilité ».
Il va y avoir un ou des facteurs de stress, comme le trouble mental, des stress psychosociaux, professionnels, conflits, stress financiers, qui vont interagir avec une vulnérabilité, c’est-à-dire une prédisposition qui va, elle, être plutôt sous-tendue par des facteurs biologiques allant de la génétique à des modifications de l’axe du stress, des traumatismes dans l’enfance, de traits de personnalité comme l’impulsivité, la propension au désespoir.
Associés, ils amènent à un moment donné de la vie d’une personne à un comportement suicidaire, tentative de suicide ou suicide abouti.
On retrouve dans 80 % des cas, dans les trois mois qui précèdent un comportement suicidaire, un stress, une dispute, des difficultés financières ou professionnelles. Mais elles n’expliquent pas à elles seules la conduite suicidaire. Toutes les personnes déprimées, au chômage ou qui se disputent ne vont pas tenter de se suicider, donc c’est multifactoriel.
Quels sont les signaux d’alerte ?
Les signes d’alerte peuvent être difficiles à repérer. Il s’agit généralement d’un changement de comportement brutal, un repli social, l’irritabilité, des signes de dépression, une majoration de la consommation d’alcool, de cannabis ou d’autres drogues.
Peut-on faire davantage pour prévenir le suicide ?
On peut faire davantage parce que le suicide est un sujet tabou, à la fois pour la personne qui va mal, pour son entourage et pour la société.
Il faut lutter contre certaines idées reçues. Certaines personnes craignent que demander à quelqu’un s’il a des idées de suicide enclenche un processus suicidaire. C’est faux. Interroger une personne sur la présence d’idées suicidaires est au contraire un premier geste de prévention facilitant un accompagnement vers des soins.
Le suicide n’est pas un choix, c’est quand la personne n’a plus aucun choix pour faire face à une situation de souffrance extrême.
Il faut aussi lutter contre la stigmatisation et l’autostigmatisation. C’est extrêmement honteux, culpabilisant d’avoir des idées suicidaires. On sait que les personnes en crise suicidaire pensent ne pas pouvoir être aidées, pensent devoir s’en sortir seules ou pouvoir s’en sortir seules. Notre rôle est de prouver qu’on peut apporter une aide adaptée.
Isabelle WESSELINGH
et Gaspard FLAMAND/AFP

