Qu’il s’agisse de leurs ennuis domestiques ou des retombées extérieures que peuvent avoir celles-ci, l’actualité a plus d’une fois réuni, dans ces mêmes colonnes, ces deux grandes démocraties occidentales en crise que sont l’américaine et la française. À l’heure où Washington accueille un sommet de l’OTAN, une OTAN passablement divisée sur l’affaire ukrainienne, jamais toutefois ces potentielles incidences planétaires n’ont paru plus réelles. À ces imposantes assises Joe Biden fait ainsi figure de grand malade. Et Emmanuel Macron de blessé de guerre, sinon de miraculeux rescapé.
À tout hôte tout honneur. Le chef de la première puissance mondiale s’évertue à convaincre les électeurs – mais aussi les apparatchiks de son propre parti – qu’en dépit de son âge avancé et de quelques menus bobos, il demeure parfaitement capable de vaquer aux affaires. Mais il lui est tout aussi impératif de rasséréner ses 31 partenaires de l’organisation atlantique, que hante le spectre d’une troisième guerre mondiale. Face à son adversaire Donald Trump qui avait voué l’OTAN aux gémonies avant de se raviser, le président des États-Unis se veut l’homme de la fermeté, mais aussi du self-control. Soucieux de ne pas paraître provoquer la Russie, il temporise dès lors sur la question de l’admission de l’Ukraine à une alliance militaire fondée il y a 75 ans pour mettre en échec l’Union soviétique ; de même mesure-t-il soigneusement les fournitures d’armements, notamment de systèmes de défense antiaérienne, réclamés à cor et à cri par Volodymyr Zelenski. C’est dire qu’entre autres sujets de désaccord, Washington n’a jamais fait cure des velléités françaises d’envoyer des troupes en Ukraine. Ou encore de livrer à ce pays les missiles capables d’atteindre les sources de tirs dont il est la cible à partir du territoire russe.
Emmanuel Macron aura été un des derniers arrivés au sommet de Washington car il avait bien plus pressé à faire chez lui, au lendemain d’élections proprement historiques. Le barrage républicain mis en place pour endiguer le tsunami d’extrême droite apparu au premier tour des législatives a fonctionné au-delà de toute prévision : non seulement le Rassemblement national a été frustré de la majorité absolue qu’il ambitionnait, mais il se retrouve relégué au troisième rang des blocs parlementaires. En revanche le pendule a basculé beaucoup trop à gauche et c’est un autre extrême, non moins souvent taxé d’outrance, qui s’est imposé en première position, créant une configuration parlementaire sans précédent dans les annales de la Ve République.
Si le camp présidentiel reste malgré tout l’incontournable pivot de toute future coalition gouvernementale, c’est une ère d’incertitude, de nécessaires compromis au plan intérieur, de gel probable des grands dossiers conflictuels, qui s’ouvre apparemment pour la France. Malgré sa démission, le cabinet Attal va certes continuer d’expédier les affaires courantes ; une cohabitation contre nature paraissant exclue, il faut plutôt envisager un gouvernement de coalition, d’union nationale ou alors de technocrates apolitiques. Il n’en reste pas moins que tout projet gouvernemental pourrait se trouver alors à la merci de majorités parlementaires devenues au coup par coup mouvantes, fluctuantes, car débarrassées de toutes ces alliances électorales, elles aussi contre nature, et qui sont désormais caduques.
Comme le veut le système français, Emmanuel Macron conserve bien entendu la conduite de la politique étrangère. Mais accaparé par ses problèmes locaux a-t-il encore assez de temps et d’énergie à consacrer aux affaires des autres ? Garde-t-il seulement le même poids sur la scène internationale ? La réponse est de la plus grande importance pour un pays comme le nôtre qui, outre ses traditionnels liens d’amitié avec la France, compte sur l’Hexagone pour l’aider à se tirer du mauvais pas où il se trouve, qu’il s’agisse de la vacance présidentielle ou de la guerre totale qui menace d’éclater à tout moment, en complément du brasier de Gaza.
Sur ces deux brûlants dossiers, les efforts de Paris sont évidemment tenus d’accompagner une vacillante diplomatie américaine. Voilà qui ne fait qu’ajouter à l’acuité des interrogations.


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