Karate-ka palestinienne, Mais Elbostami, 18 ans, s'entraîne dans un parc près de chez elle, à l'est de la capitale égyptienne, Le Caire, le 25 juin 2024. Photo AFP
Quand la guerre a éclaté à Gaza, Mais Elbostami venait juste d'y remporter un championnat local. Aujourd'hui établie près du Caire, cette karatéka nourrit toujours, malgré ses traumatismes, l'ambition de hisser le drapeau palestinien dans des compétitions internationales. « Le 6 octobre, j'ai participé à un tournoi où j'ai été couronnée première vice-championne », raconte à l'AFP la jeune athlète de 18 ans depuis son nouveau domicile. A l'époque, elle vivait dans le nord de Gaza et sa victoire l'avait qualifiée pour le championnat national devant rassembler des athlètes de Gaza et de la Cisjordanie occupée.
Mais la guerre est passée par là : le 7 octobre 2023, le mouvement islamiste palestinien Hamas lance une attaque sans précédent sur Israël, qui déclenche le conflit en cours. Cette attaque entraîne la mort de 1 195 personnes, essentiellement des civils, selon un décompte de l'AFP établi à partir de données officielles israéliennes. En riposte, l'armée israélienne lance une offensive implacable sur la bande de Gaza, faisant jusqu'à présent 38 098 morts, majoritairement des civils, selon des données du ministère de la Santé du gouvernement de Gaza, dirigé par le Hamas.
« Nous avons quitté notre maison sans emporter la moindre affaire, sans aucun souvenir », confie Mais Elbostami. Pendant plus de six mois, elle se déplace d'un endroit à l'autre à l'intérieur du territoire palestinien assiégé, où « il n'y a aucun lieu sûr ». Et dans l'enfer du déplacement, « chaque heure qui passe vous fait vieillir d'un an ».
« Entraînements différents »
La mort était partout autour d'elle. « Durant les dix premiers jours, j'ai perdu mon entraîneur Jamal al-Khairi et sa petite-fille qui s'entraînait avec moi », relate la jeune femme. Lorsqu'elle arrive dans la capitale égyptienne en avril, avec sa famille, elle a deux choses en tête : prendre des nouvelles de ses proches restés à Gaza, et reprendre l'entraînement. C'est ainsi qu'elle contacte un entraîneur de l'équipe palestinienne, qui la met en relation avec ses homologues égyptiens. Au bout de deux semaines, Mais Elbostami était de retour sur le tatami.
Sayed Salem et Mamdouh Salem, deux coachs égyptiens de haut niveau, la prennent en main : « Ils m'ont adoptée dès mon arrivée et s'attellent à améliorer mes performances pour que je puisse participer à des tournois ». A commencer par le championnat national égyptien prévu en août auquel elle compte prendre part. Devant sa nouvelle maison nichée dans un quartier résidentiel huppé et verdoyant dans l'est du Caire, la jeune athlète enfile son survêtement noir et part s'échauffer en solo dans un parc public, à l'abri du bouillonnement cairote.
Rien de comparable avec son ancienne vie : « Les entraînements étaient différents, je me sentais plus épanouie, chaque vendredi j'allais m'entraîner au bord de la mer avec mes amis », se souvient-elle entre deux exercices.
« Responsabilité nationale »
Mais Elbostami reconnaît qu'évoluer en Egypte représente « un défi », le pays comptant de nombreux champions de sa discipline. « Cela me permettra aussi d'élever mon niveau », souffle la jeune athlète. « Elle a du potentiel, de la détermination et est très engagée, mais nous travaillons à corriger certaines erreurs techniques », explique Mamdouh Salem.
Pendant les séances d'entraînement, la jeune Palestinienne s'efforce de « se déconnecter de la réalité ». Mais « parfois, les images de la guerre (...) de nos déplacements et des bombardements prennent le dessus. Je cesse alors de m'entraîner », raconte-t-elle, émue.
Malgré les écueils, elle dit vouloir hisser le drapeau palestinien dans des tournois mondiaux. « A chaque fois que je représente la Palestine, je le fais pour mon pays, pour les martyrs et les blessés, c'est une responsabilité nationale ».


