En hommage à mes amies et amis du Québec, le texte a été rédigé en lexique et langage du Québec, bien de chez nous.
Ça fait une mèche que je ne t’ai pas écrit. J’vais pas t’achaler avec nos histoires mais c’est à perdre la boule par icit. Tu penses que je me fais des montagnes avec rien, mais on s’arrache ben raide… On a beau s’astiner, on est à la même place. On assiste à une série digne d’une télénovela, pleine de suspense, pis de rebondissements pas possibles. Chez nous, c’est tout un chiard !
Après des mois de négociations aussi fructueuses qu’un champ de patates en hiver, nos politiciens libanais, tous des cruches, avaient réussi à former un gouvernement… qui a démissionné. Il a duré à peine plus longtemps qu’une tempête de neige en avril. Nos ministres sortants se peinturent dans le coin et se font prendre dans des déclarations bêtes et irréfléchies. Ils se plantent ben raides.
On n’a toujours pas de président pour présider notre République !
J’ai tout vu : au Parlement, des clowns qui jouent leur cirque et leur
show ! é chaque réunion parlementaire, on s’énerve le poil de la jambe. C’est des épais écornifleurs qui montent sur les hustings pour chier la broue à pleine gueule. Ils flambent nos piastres pour des gogosses. Ils se baladent tous avec leurs chars et leurs troupes de bouncer. Ce sont des p’tits criss à deux faces qu’il faudrait dumper. On se fait crosser en masse et on se la ferme.
On tente de renforcer nos relations internationales. On beurre épais. Les allées-venues des émissaires tous brillants, luisants, arrivés sur un saut pis sur un pet avec leur air de bœuf, miroitants comme les couvercles à chaudron, ne se comptent plus. T’sais ils viennent des quatre coins du monde pour régler nos casse-têtes mais repartent chez eux en ayant fait leur voyage. La communauté internationale a fait des efforts pour apporter l’aide. Toutefois, celle-ci était conditionnée à la mise en œuvre de réformes économiques et politiques. Nos chers politiciens, durs de comprenure, avec leurs faces à fesser dedans, se sont démenés avec les propositions comme des diables dans l’eau bénite. Ils étaient excités comme des enfants à qui on promet des oreilles de crisse pour le souper. Les réformes ont avancé à un rythme d’escargot somnolent, et les piastres sont restés éloignés. Des réformes judiciaires ont été annoncées avec des fanfares inutiles. Ils ont tous grimpé dans les rideaux pour rien. Les réformes ont été tel du plâtre sur une jambe de bois, retardées par des luttes intestines et des intérêts personnels. C’est pas vargeux, je l’sais ! Tous ont hélas les yeux plus grands que la panse. Ils se magasinent des claques ! C’est capotant !
T’sais nos amis syriens, ben les colons campent toujours chez nous. Ce n’est pas de la petite bière cette affaire. Ça nous met à bout de nerfs. La dernière ? Notre Premier ministre démissionnaire veut les mettre à la porte tout drette. Il a appelé « la communauté internationale à coopérer avec le Liban pour faciliter leur retour chez eux ! » C’est pas le crayon le plus aiguisé de la boîte ! Il y a eu alors du brassage fort dans la cage et le tout a été réglé à coups de 30 sous et d’enveloppes brunes. Ça fait l’affaire de tout le monde, pour un milliard d’euros on garde le tout et on se la ferme. Les garanties sur les plans sécuritaire et social, la Convention de Genève ? As-tu reçu une brique sur la tête ? On ne les connaît pas par icit… Tu me diras que vous avez accueilli chez vous, pas mal de Syriens, que vous avez le cœur large, que vous êtes bons comme du bon pain de ménage. Mais chez vous, ce n’est pas comme chez nous. Et puis chez vous, vous ne vous êtes pas fait payer large l’accueil de ces réfugiés, nous on s’est rempli les poches. Chez vous, il y a des lois, il y a de l’autorité. Chez nous, c’est le bordel tout court. On n’a pas le système qu’il faut, tout est si croche. Chez vous, vous savez mettre les cordeaux, il y a de l’espace, de l’ouvrage pour eux, chez nous on est déjà assez tassés, comme des sardines dans une canne. ! Il ne faut pas nous en rajouter. Alors j’sais pas s’il nous restera, pour nous, une place chez nous.
On a des crises à cause de l’intensification des tensions entre les États-Unis et l’Iran. Icit on se ronge les sens, on s’inquiète. Ça bardasse ben fort dans le pays. On a descendu tous les saints du ciel. Le diable est aux vaches, les divisions règnent. Les sanctions contre l’Iran et ses alliés ont eu autant d’effet qu’un arrosoir de jardin pour éteindre un incendie. Ils nous prennent tous pour des valises. Le grand jeu des trônes du Moyen-Orient ajoute aussi sa touche de drame supplémentaire. J’ai beau allumé mes lumières, j’ai rien compris, sauf qu’on est tous pris ! C’est clair comme de l’eau de roche !
Et puis, Gaza, Rafah, cette guerre sans queue ni tête, on y fourre notre nez. On n’y va pas avec le dos de la cuillère. Notre Sud est bombardé. On n’est pas sortis de l’auberge. On est très insécures par ici. Tu peux te faire moucher à n’importe quel moment. Chez nous, on est pris par des guerres auxquelles je ne comprends rien, on est coincé par l’intolérance, le fanatisme, la violence. On devient des broches à foin. Chez vous, c’est différé. Vous vivez de tolérance, du respect de la différence, Dieu est parmi vous. Chez nous, Il n’est plus là.
On crie famine chez nous. On en arrache. On est cassés comme un clou. On se réjouit des p’tites choses : trouver du pain au marché ou ne pas avoir à acheter de l’or pour acheter des œufs. T’sais avec nos piastres toujours pris par les banques, on s’est fait laver pour se faire manger la laine sur le dos. On s’est fait passer un Québec. De plus, pénurie de gazoline, pénurie d’eau, pénurie d’électricité, de médicaments, d’aliments, on a les pénuries toutes réunies, comme ça d’un coup. Et pis, maudit que c’est cher. On se fend le cul ! Tout coûte un bras chez nous, tout est dispendieux. J’sais pas si avec ses tactiques ils ont décidé de nous enrayer de la carte.
J’sais pas où on s’en va ? On en a plein notre casque. Et pourtant nous n’étions pas nés pour du p’tit pain par icit. Beaucoup tirent le diable par la queue pour subsister. On dirait qu’ils ont mangé tout leur foin et traînent la misère avec eux. Quoi que fassent, ils récoltent plus de roches que de patates et se retrouvent plus pauvres que la gale. Ils se sont faits plumer et pis, cerise sur le gâteau, le bailli est passé et il a tout pris ! On est tous sur le coton ! Que veux-tu faire ? Quand le bœuf veut pas chier dans la pelle, il chie à côté, on n’y peut rien.
Aux jours d’astheure, on mange nos bas et on attache nos tuques. L’effondrement de la monnaie, l’hyperinflation et le chômage ont plongé une grande partie de la population dans la pauvreté. Tu tlèves, tu butches ton ouvrage, tu cours aux nouvelles, tu reçois plein la gueule un tas de problèmes. Par contre grands mariages, concerts, festivals, restaurants, qui coûtent la peau des fesses font aussi la une. Tu n’y trouves que des fous comme un balai. Ça brasse dans la cabane alors tu ne sais plus de quel bord virer…. Tu ignores s’il faut te cacher ou aller danser…. Ça n’a pas de bon sens. Chez nous, on devient épais comme des dictionnaires. On capote tellement qu’il commence à nous manquer des roues dans le cadran. D’un côté on bourrasse, on braille, mais d’un autre, il y en a qui ne veulent rien savoir, qui se prêtent les bretelles, qui font la grande gueule et qui s’en balancent. Ils ont du bacon en masse. Ce sont les cochons qui font le beurre et les poules qui rentrent le bois. Ça parle au diable : c’est incroyable ! Ils appellent ça avoir la couenne dure, être positif, moi je trouve qu’ils ont perdu le sens des réalités. Ils ont l’air mais pas la chanson… Chez vous, vous avez les yeux tout le tour de la tête. Vous menez le bal du début à la fin. Et puis, les festivités, c’est à portée de tous. Icit, c’est pour les gras durs, pour ceux qui piètent plus haut que leur trou.
On est bien allés au batte en 2023 pis 2024. Les crises politique, économique, sociale, juridique pis internationale ont façonné un paysage chaotique, où chaque jour apporte son lot de surprises. C’est d’valeur ! Malgré tout, le Liban reste debout, résilient pis prêt à affronter les prochains épisodes de cette saga sans fin. C’est mieux qu’une claque dans la face ou qu’un coup de pied dans le derrière ! Parfois j’ai envie de paqueter mes petits et prendre le bord mais ensuite, je me dis pour aller où. Icit c’est chez moi, alors je me calme le pompon !
Allez ma Josée, je vais prendre cela mollo. Je me suis lâchée en t’écrivant, histoire de me débourrer le crâne mais j’suis su l’radar. J’ai la journée dans le corps. J’ai eu de la broue dans le toupet. Je suis à boutte. Tu me connais, je ne sais pas rester en place, je ne peux pas m’assoir sur mon steak.
’ai oublié de te dire, bonne fête du Canada, c’est pour cela que je t’écrivais d’ailleurs !
À tantôt !
Carole Georges CHELHOT
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Chez nous il y a le Hezbollah et les mollahs d’Iran
13 h 32, le 03 juillet 2024