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La sélection (pourquoi je supporte) de Jeanine Jalkh

Chère lectrice, cher lecteur,

Dans mon entourage, on me demande souvent : comment peux-tu supporter autant de négativité charriée par ce cortège morbide de nouvelles ? Eh bien je supporte.

Vingt-huit ans de carrière à couvrir des sujets qui n’ont que rarement été dépourvus de haine, de violence et de passages à l’acte. Plus de deux décennies, dont une grande partie passée à se remémorer la guerre civile, ces années au cours desquelles les Libanais se sont étripés. Et dont malheureusement, aucune leçon n’a été tirée, le devoir de mémoire ayant été profondément enterré.

Témoin d’un Liban, mais aussi d’une région entière livrée à ses dispositions agressives et ses pulsions de destruction et d’(auto)-destruction, j'ai scrupuleusement rapporté, commenté et condamné ce cycle infernal. Pour, trop souvent, constater avec effroi l’absurdité d’une nature humaine qui semble récalcitrante à tout changement, dans cette partie du monde particulièrement. Car de l’Irak au Yémen, en passant par la Syrie, Gaza et le Liban, trop nombreux sont ceux qui promeuvent une culture de la mort.

Mort des hommes et de leur environnement. C’est, entre autres, le spectacle effarant offert ces derniers jours par la « compétition d’incendies » à laquelle se sont livrés les deux ennemis de toujours : Israël et le Hezbollah. A qui réussit à brûler le plus d’espaces verts, à qui inflige encore plus de mal...

Cette violence s’infiltre trop souvent, aussi, sous de multiples formes, dans d’autres pans de notre quotidien. L’affaire, à Bhamdoun, des 27 chiens errants empoisonnés à la Lanette, un produit internationalement prohibé y compris au Liban où il se vend néanmoins sans aucun scrupule, est glaçante. Un crime d’autant plus gratuit que ces chiens, déjà vaccinés et stérilisés, ne représentaient aucun danger pour les habitants.

« Eh bien je supporte ». Je peux offrir cette réponse à mon entourage parce qu’en vérité, une fois que l’on choisit ce métier - devenu ces jours-ci un peu comme le mythe de Sisyphe -, on assume et on continue avec pour seul espoir de semer, pour l’avenir, ne serait-ce que quelques graines d’où poussera quelque chose de bien, de meilleur, de beau, dans ce champ de l’absurde.

Jeanine Jalkh

Journaliste

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