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Culture - Portrait

Farah Kaddour, la musicienne libanaise qui féminise le bouzouk

La compositrice et chercheuse libanaise, qui participe au festival du bouzouk de Dar Onboz, a réussi à se faire un nom dans un univers régi par les hommes. 

Farah Kaddour, la musicienne libanaise qui féminise le bouzouk

La musicienne, compositrice et chercheuse libanaise Farah Kaddour. Photo DR

Musicienne, compositrice et chercheuse, Farah Kaddour est originaire du Akkar. Des études d’éducation musicale et une maîtrise en musicologie de l’Université Antonine en poche, cette jeune femme s’est fait une place dans un univers pourtant très masculin. Son instrument de prédilection ? Le bouzouk qu’elle découvre lorsqu’elle change d’école et ne se sent pas intégrée. Farah Kaddour se réfugie alors dans la musique qui devient, plus qu’un exutoire, l’orientation qu’elle veut prendre pour sa carrière. Élevée dans une famille sensible à la musique, elle commence donc à jouer dès l’âge de 15 ans. Son entourage en écoute, sa grand-mère chante, son oncle, Oussama Abdelfattah, joue du oud... C’est d’ailleurs avec lui qu’elle se produira en concert mercredi 26 juin dans le cadre du festival de bouzouk organisé par la plateforme pluridisciplinaire Dar Onboz tout au long du mois de juin. Onze dates qui gravitent autour du talent de la jeune femme, qui évolue au sein d’une communauté essentiellement masculine. « J’essaie d’être une bonne musicienne afin que l’on oublie que je suis une femme, mais même lorsque la gent masculine me soutient en apparence, elle tente quand même de me garder à distance », déplore Farah Kaddour.

Petite histoire du bouzouk

Instrument à cordes pincées issu du Moyen-Orient, notamment de la région du Levant qui inclut le Liban, la Syrie, la Jordanie et la Palestine, le bouzouk se distingue par son manche plus long et son corps plus petit comparé au oud, un autre instrument à cordes de la région. Traditionnellement, il est confectionné avec deux rangées de cordes métalliques, bien que certains modèles modernes en aient trois, ce qui permet une gamme de notes plus étendue. Les cordes sont jouées avec un plectre, qui produit un son brillant et métallique. Historiquement, le bouzouk était principalement utilisé par des musiciens itinérants et n’était pas considéré comme un instrument classique de la musique arabe ou turque. Il gagne cependant en popularité au milieu du XXe siècle, notamment grâce aux compositions des frères Rahbani et d’autres artistes de la musique arabe contemporaine. Aujourd’hui, il est couramment utilisé dans les ensembles de musique arabe et demeure un instrument essentiel pour comprendre l’évolution de la musique du Levant et de la musique populaire arabe moderne qui fait un lien avec les traditions musicales anciennes persane et turque.

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Les groupes Sanam et Tilt 

Il y a encore deux mois, Farah Kaddour était employée à plein temps dans l’ONG Action for Hope. Mais elle a tout plaqué pour se consacrer à son instrument. « J’entends et j’imagine les mélodies lorsque je compose, le bouzouk étant un instrument très visuel , il répond à des états d’âme particuliers. Il m’arrive de composer deux morceaux par semaine et parfois un seul au cours d’une année entière », déclare-t-elle. La jeune femme a commencé à composer pendant la période du Covid où elle a emmagasiné dans sa tête un tas de mélodies qui ont fini par prendre la forme d’une inspiration qu’elle partage avec ses 2 groupes, Sanam et Tilt, notamment en période de résidences artistiques. Ils composent collectivement, improvisent et donnent des concerts. Avec Sanam, le groupe le plus structuré pour le moment, un second album doit être enregistré cet été.

Badā, le premier album solo de Farah Kaddour, recèle des improvisations ainsi que des compositions traditionnelles et originales. Dans les cinq sélections improvisées de l’album, elle oscille entre les modalités de jeu traditionnelles et plus modernes, tout en conservant l’ancrage dans les musiques folkloriques du Levant. Il s’agit de l’un des très rares enregistrements solos de bouzouk, notamment sur vinyle. Badā met en avant le talent de Farah Kaddour qui s’emploie à repousser les limites du bouzouk. Son jeu se caractérise par des techniques de grattage et de pincement des cordes qui font ressortir les tonalités particulières de l’instrument. Ses compositions intègrent souvent des échelles musicales arabes, comme le maqâm, qui maintiennent l’enracinement de sa musique tout en ouvrant une porte plus contemporaine. Pour Farah Kaddour, jouer du bouzouk est une forme d’expression culturelle et politique, visant à implanter la présence de cet instrument dans la musique moderne. 

Quand on lui demande ses sources d’inspiration, la jeune femme cite avec élan le multi-instrumentiste palestinien Tamer Abou Ghazaleh, mais aussi l’artiste palestinienne Kamilya Jubran, ou encore la musique iranienne et indienne, qu’elle écoute abondamment. Farah Kaddour refuse tout compromis qui pourrait contribuer à commercialiser sa musique. « Je n’ai rien contre de grands musiciens qui le font mais ce n’est pas ma tasse de thé, j’ai un message à transmettre qui est de diffuser et développer cette musique arabe méconnue, le rôle du bouzouk et ce que je peux en faire », confie-t-elle à L’Orient-Le Jour. « Ma musique est ancrée dans cette culture levantine et arabe et à partir de ces racines, je tente de lui donner une nouvelle dimension », poursuit-elle.

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« Je voudrais contribuer à redonner au bouzouk ses lettres de noblesse en tant qu’instrument solo. Il n’est pas juste là pour accompagner le chant. Ce qui me plaît beaucoup, c’est l’improvisation et je pense être calée en la matière. Le bouzouk est le premier instrument qui m’a appris à improviser. La liberté est totale et j’en profite dans Badā pour extraire de l’instrument un nouveau son et des improvisations que nous n’avons pas l’habitude d’entendre », explique la musicienne.

Soutenue par Nadine Touma, la fondatrice de Dar Onboz, Farah Kaddour ne compte pas s’arrêter au festival en cours qui rend hommage à son talent de musicienne et donne sa place au bouzouk. Toutes deux réfléchissent à une éventuelle méthodologie qui pourrait s’appliquer à cet instrument de musique. Ou pas. Le bouzouk est et restera un instrument totalement libre, affirment-elles en chœur.   

Pour plus de détails sur les concerts consulter les pages Facebook et Instagram de Dar Onboz.

Musicienne, compositrice et chercheuse, Farah Kaddour est originaire du Akkar. Des études d’éducation musicale et une maîtrise en musicologie de l’Université Antonine en poche, cette jeune femme s’est fait une place dans un univers pourtant très masculin. Son instrument de prédilection ? Le bouzouk qu’elle découvre lorsqu’elle change d’école et ne se sent pas intégrée. Farah...
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