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Culture - Musique

Quand l’ouragan du heavy blues souffle sur Beyrouth

À l’occasion de la fête de la Musique, le groupe français Delgrès a apporté jeudi soir à Beyrouth une parenthèse de liberté lors d’un concert enflammé à Station Beirut.

Quand l’ouragan du heavy blues souffle sur Beyrouth

Le groupe français Delgrès sur la scène de Station Beirut. Photo DR

« La musique est un des vecteurs les plus forts pour permettre à ceux venant d’horizons opposés de se retrouver pour célébrer un moment brûlant d’union et de partage. » Le propos du groupe français Delgrès, au Liban à l’occasion de son concert pour la fête de la Musique, est sans ambiguïté. Mais d'abord, une présentation du groupe s'impose, afin de mieux comprendre le message.

En 2015, Pascal Danaë, jusqu’ici guitariste de haut vol chez Peter Gabriel ou Laurent Voulzy, décide de renouer avec ses origines guadeloupéennes à travers la langue créole et la guitare dobro. Il fonde un groupe sur mesure : une batterie tenue par Baptiste Brondy, collaborateur occasionnel de Matthieu Chedid et Jean-Louis Aubert (Téléphone), tandis que les lignes de basse sont soufflées par leur complice Rafgee qui introduit le soubassophone ; imposant instrument à vent à connotation populaire, « en Louisiane, c’est le roi de la rue. Sa particularité plus terreuse arrose les fanfares populaires et les bals antillais depuis des décennies », affirment-ils à L'Orient-Le Jour lors d'une rencontre avant leur concert vendredi soir à Station, Sin el-Fil. 


Des origines singulières

Originaire de la Guadeloupe et bercé dès la plus tendre enfance par la langue créole, le chanteur et guitariste Pascal Danaë revendique un propos engagé ; Delgrès est le patronyme de Louis Delgrès, héros de la lutte anti-esclavagiste. Chef de la résistance à Basse Terre, ce dernier choisit la mort à la captivité après s’être rebellé face aux troupes napoléoniennes venues rétablir l’esclavage en 1802. Leur tout premier morceau Mo Jodi, qui signifie « mourir aujourd’hui » en créole, rend hommage au sacrifice de cet homme, figure d’un message de résistance et à sa devise « vivre libre ou mourir ». Des sons de lutte et d’espoir qui lui vaudront la qualification d’« ouragan du heavy blues ».

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Le groupe a offert jeudi à Beyrouth un concert enflammé et vibrant qui a rassemblé un public engagé à l’occasion de la fête de la Musique. Inspiré du blues de la Nouvelle-Orléans, il célèbre des instruments traditionnels comme le  tambour ka et le banjo, y ajoutant une touche de rock unique qui traverse les styles musicaux habituels.

Une ode à la liberté

Delgrès, c’est ainsi un moment de résistance marqué par ce sentiment de résilience commun à tous les peuples qui ont connu une forme d’esclavagisme, de domination, de colonialisme. « Quand on est antillais en France, on ressent inévitablement une sorte de mise à l’écart. Avec ce groupe, j’avais besoin de faire référence à ce qui a bercé mon enfance, comme une thérapie qui me permet de retrouver qui je suis. Célébrer Louis Delgrès, mort debout, me donnait une dignité en tant qu’Antillais dans l’Hexagone. » À travers sa musique, le groupe véhicule un souffle d’espoir, rappelant la force fédératrice de la musique, vecteur d’un moment de partage universel. Sur scène, les artistes ont fait ressentir cette particularité ; une incandescence humaniste, de la colère et de la rage entrecoupée d’instants de mélancolie , où, les yeux fermés, le public libanais s’est laissé porter par une intense douceur thérapeutique.

Les musiciens ont repris à Beyrouth leurs plus grands tubes ; Mo Jodi, Can't Let You Go ou Vivre sur la route. Leur musique, qualifiée de « rock fiévreux et fédérateur », revendique au départ une énergie abrasive, une lutte contre l’esclavagisme avec le sacrifice de Louis Delgrès, puis propose de nouvelles compositions presque exclusivement en créole, offrant des nouveaux titres brûlant d’urgence et d’énergie en l’honneur du père de l’artiste. 

Depuis février, le groupe laisse vibrer sur un nouvel album Promis le Ciel qui fait état de ce qui nous entoure. Il y ajoute plus de français et cherche à partir dans les nuages avec cet album plus actuel. La tournée des musiciens se prolonge cet été en France avec plusieurs dates dont une à Paris dans le cadre du festival Jazz à La Villette le 8 septembre. L’occasion de revivre « un blues flambé au rhum » offert par ce power trio qui réinvente le blues en y injectant une touche de rock abrasive.

« La musique est un des vecteurs les plus forts pour permettre à ceux venant d’horizons opposés de se retrouver pour célébrer un moment brûlant d’union et de partage. » Le propos du groupe français Delgrès, au Liban à l’occasion de son concert pour la fête de la Musique, est sans ambiguïté. Mais d'abord, une présentation du groupe s'impose, afin de mieux comprendre le...
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