Rechercher
Rechercher

Lifestyle - Gastronomie

Rima, un souvenir, un hommage et un restaurant libanais à Barcelone

Elle est pétillante de couleur, un peu sauvage, tout comme ses bouquets de fleurs qu’elle confectionne pour des événements sous le label « Wild Willow ». Soraya Hatem et deux complices ont ouvert le 7 décembre 2023 un restaurant libanais dans la capitale catalane baptisé « Rima », « le prénom de ma mère, partie il y a 20 ans ».

Rima, un souvenir, un hommage et un restaurant libanais à Barcelone

Soraya Hatem, entourée des deux cousins Karl (à gauche) et Oliver Sarkis. Photo DR

Soraya Hatem a la poésie qu’il faut et l’énergie de se renouveler, avec un sourire qui crève le ciel, et pourtant le reste d’un voile de tristesse dans les yeux. Pétrie d’émotions, attachée à ce pays où elle a grandi, où elle a voulu rester, où elle a tenté de rester, jusqu’au bout. Jusqu’à la double explosion du 4 août. « J’ai grandi et vécu toute ma vie à Beyrouth, confirme-t-elle. Je dis “toute” parce que je l’ai quittée après la double explosion d’août 2020 contre mon gré, mais les circonstances m’ont obligé à partir... »

Après des études de direction artistique à l’ALBA, l'Académie libanaise des beaux-arts, où elle avoue être tombée amoureuse des textures et des couleurs, observant les détails « comme jamais auparavant », elle rejoint « Matisse Events » et sa fondatrice Lynn Sawaya en y insufflant son ADN, proche de toutes les « Matissiennes » et collaboratrices dans cette boîte d’événementiel où la relation humaine est au centre de tout. « Cette expérience de plusieurs années m'a introduit au monde du service, de l'hospitalité et du rapport avec le client », dit-elle. Forte de ces années de bonheur, elle déploie ses ailes et se lance dans sa propre aventure. « J’ai créé mon entreprise de fleurs, “Wild Willow”, un art que j’avais appris professionnellement à Londres. Je pratique encore ce métier, et toujours à Barcelone pour des hôtels 5 étoiles et dans toute l’Europe lorsqu’il s’agit d’événements. »

Début 2021, Soraya Hatem s’installe en Espagne et, en 2022, choisit Barcelone pour entamer une nouvelle vie. « Et depuis, ma quête du “chez-soi” a commencé… Ayant grandi dans les rues d'Achrafieh, connaissant tout le monde dans le quartier, du vieux monsieur sur sa chaise en bois assis devant le jardin de Saint-Nicolas à mon oncle qui vit dans le même immeuble que nous, à M. Samaha chez qui j’ai acheté mes premières cigarettes, j'avais besoin de m'accrocher à quelque chose. De trouver mon chez-moi. » « Rien n'est comme Beyrouth, précise-t-elle. Ne vous méprenez pas, Barcelone est une ville superbe et je suis très chanceuse de pouvoir y vivre, mais Beyrouth me manque chaque jour. À vrai dire, une chose en a entraîné une autre et l'opportunité d'ouvrir un restaurant nous est venue comme un coup du destin. Avec mon mari Oliver Sarkis, un grand passionné de saveurs et de produits, nous avons donc très vite sauté sur l’occasion. »

Le goût et la nostalgie de Beyrouth dans chaque assiette. Photo DR

Le souvenir de la maison

Aujourd’hui, avec ses deux partenaires, son mari Oliver Sarkis et le cousin de ce dernier, Karl, « nous voulions créer un endroit qui pourrait nous rappeler chez nous ». Tout a été pensé pour évoquer les souvenirs du Liban, « nous avons travaillé la décoration du restaurant pour qu’il ressemble à la maison de nos grands-mères ; la mouné, notre “tetkhité”, le lustre que nous avons installé, les assiettes dans lesquelles nous servons les repas, les verres, même nos plantes sont des bougainvilliers et des gardénias pour avoir les couleurs. Tout a été choisi avec minutie pour faire allusion à nos grands-mères libanaises sophistiquées. Même notre playlist est aussi l'un des grands points de Rima, de Feyrouz à Dalida, nous avons voulu composer une ambiance qui transporte les clients », décrit Soraya.

« Nous avons appelé notre restaurant “Rima”, pour encore une fois faire allusion à nos mères et grands-mères libanaises. » Et de préciser : « Rima était le prénom de ma maman que j'ai perdue il y a plus de 20 ans. Aujourd’hui, son souvenir, son âme vivent à nouveau dans les murs de notre restaurant ; ce nom est dit et répété par tout le monde autour de nous, toujours avec un sourire aux lèvres. Ce détail est l'un des plus importants pour moi, comme vous pouvez l’imaginer. »

Lire aussi

« Tu n’as pas aimé ? »

Barcelone à l’heure libanaise

Le chef exécutif du restaurant, Oliver Sarkis, curieux, autodidacte, raconte : « Quand j'ai commencé à cuisiner pour moi-même, je ne savais même pas faire frire un œuf. J'avais trop de questions. Ce que je ne savais pas à l'époque, c'est que les questions ne s'arrêtent jamais vraiment. Elles se transforment et évoluent alors que nous nous développons et grandissons. Après un certain temps, il est devenu tout naturel de chercher comment nous pourrions jouer avec et improviser nos plats préférés. J'étais exaspéré de ne pas pouvoir trouver de cuisine libanaise moderne, où que je vive. Je ne supportais plus de tomber sur une autre assiette de houmous avec l'empreinte d'une fourchette saupoudrée de paprika. Ou des falafels sur un lit de laitue déchiquetée qui passent directement de l'assiette à la poubelle. Ainsi sont nées les graines de Rima. »

Aucune place pour l’improvisation ou l’approximatif, donc. Chaque plat sur la carte est préparé, pesé, cuit, frit avec toute l’attention qu’il mérite. Le menu, créé en collaboration avec Melissa Nassif, la chef consultante du restaurant, « nous rappelle les plats de la maison, mais avec un nouveau pep, une touche de jeunesse, des saveurs traditionnelles présentées de manière insolite. Nous aimons l'appeler “new lebanese” ». Des cocktails à base d'arak, aux noms donnés aux verres, aux saveurs d'amreddine dans leur mocktail, au café blanc servi à la fin des repas, « tout nous ramène à la maison de “teta” un dimanche en famille », confie Soraya avec cette nostalgie qui ne la quitte jamais.

Chaque plat est préparé, pesé, goûté et servi avec le sourire. Photo DR

Une expérience personnelle

« Quand vous arrivez à “Rima”, nous dit-on encore, vous êtes accueillis par Karl, qui s’occupe de chaque client, qui vous sert lui-même, prépare vos verres, vous raconte des histoires de Beyrouth, vous explique la préparation des plats et vous fait sentir chez vous avec son “welcome home”. » Un accueil et une tâche accomplis naturellement, pourtant, Karl Sarkis vient d’un univers très éloigné de la gastronomie. « Grandir dans une famille de joueurs de basket-ball et être très proche des jours dorés du club Sagesse m'a fait tomber amoureux de cette discipline. Tout ce que je voulais faire étant enfant, c'était prendre le ballon, aller sur un terrain de basket et jouer. »

À 17 ans, Karl quitte le Liban pour les États-Unis, y suit pendant un an une formation intensive et obtient un diplôme d'études secondaires. « À mon retour de Houston, j'ai entamé une carrière de 14 ans dans le basket-ball professionnel, représentant le Liban avec l'équipe nationale de basket-ball dans de nombreux tournois. » Il remporte le championnat libanais de basket-ball, ainsi que de nombreux autres prix personnels et titres d'équipe. Parallèlement, il obtient un baccalauréat en psychologie de l'Université Notre-Dame du Liban (NDU).

« Au fil des ans, mes ambitions se sont étendues au-delà du sport, ce qui m'a amené à explorer de nombreux autres projets. » Il fonde la Proam Basketball Academy, une société d'événements sportifs Ventro Sports Production et une entreprise de conception de produits baptisée Thin Line. « Malheureusement, en 2019, la crise économique a frappé et j'ai tout perdu. Pendant deux ans, j'ai activement participé à chaque mouvement de rue, en plaidant pour le Liban dont j'avais toujours rêvé. Mais au milieu du chaos, je me suis retrouvé sans rien et j'ai voulu tout reconstruire à partir de zéro. »

C’est ainsi que, comme de nombreux jeunes totalement désillusionnés, tout comme Oliver et Soraya, il prend la décision de s’envoler pour Barcelone et, aux côtés de son cousin et sa femme, d’ouvrir Rima. « Notre hospitalité, notre générosité, notre amour des gens, notre diversité et, surtout, notre délicieuse cuisine sont autant d'éléments que j'ai cherché à incarner à travers ce projet. »

« Soraya est le moteur qui fait avancer tout le reste. Je n'avais aucune expérience professionnelle, conclut le chef exécutif et époux amoureux, et un métier où je restais assis devant un ordinateur toute la journée. Aujourd’hui, je n’échangerais ma nouvelle activité pour rien au monde. »

Resto Bar Rima, 3 Carrer De Vilamari, Barcelone.

Instagram @rima.bcn

Soraya Hatem a la poésie qu’il faut et l’énergie de se renouveler, avec un sourire qui crève le ciel, et pourtant le reste d’un voile de tristesse dans les yeux. Pétrie d’émotions, attachée à ce pays où elle a grandi, où elle a voulu rester, où elle a tenté de rester, jusqu’au bout. Jusqu’à la double explosion du 4 août. « J’ai grandi et vécu toute ma vie à...
commentaires (2)

Leur histoire est très touchante et fait écho en beaucoup de jeunes libanais. Je leur souhaite succès et bonheur de tout mon cœur et les félicite pour leur courage et capacité à rebondir malgré tout.

Tabet

00 h 34, le 14 juin 2024

Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • Leur histoire est très touchante et fait écho en beaucoup de jeunes libanais. Je leur souhaite succès et bonheur de tout mon cœur et les félicite pour leur courage et capacité à rebondir malgré tout.

    Tabet

    00 h 34, le 14 juin 2024

  • testé et validé ??

    Emmanuel Aragon / ZAM

    13 h 56, le 13 juin 2024

Retour en haut