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Deux alibis pour Bibi

Traque le menteur jusque sur le seuil de sa demeure ! Ce proverbe bien de chez nous, l’Américain Antony Blinken pourrait bien s’en être inspiré en s’en allant quêter sur place, à Israël, un oui clair net et précis au plan de règlement de la crise de Gaza. D’autant plus surréelle est toutefois la scène que l’opiniâtre pisteur yankee ne se prive pas lui-même de prendre des libertés avec la vérité.


Pour commencer, cette feuille de route en trois étapes que le président Biden annonçait fin mai en en attribuant la paternité à l’État hébreu est visiblement américaine. S’y rallier franchement, sans multiplier réserves et conditions, serait cependant, pour le cabinet de guerre israélien, tenu en otage par ses éléments les plus radicaux, courir à l’éclatement ; à peine ce projet obtenait-il lundi le soutien quasi unanime du Conseil de sécurité des Nations unies, qu’Israël réaffirmait d’ailleurs ses thèses maximalistes. À en croire toutefois Blinken, Benjamin Netanyahu lui aurait réaffirmé son engagement en faveur du projet ; mais une chose est ce genre de confidences débitées dans l’ambiance feutrée d’un entretien, et une autre serait un communiqué officiel où l’on se déciderait à appeler un chat un chat. Si bien que c’est du Hamas, du seul Hamas qui a pourtant salué le vote à l’ONU, que les Américains attendent une réponse explicitement positive, et appellent les médiateurs arabes à multiplier les pressions sur les Palestiniens.


C’est à des pressions d’un tout autre type que fait face quant à lui Netanyahu, sans bien sûr que Washington ait seulement l’air d’y toucher. Le Premier ministre israélien s’est démené pour tirer quelque regain de popularité et de prestige du raid qui a abouti à la libération de quatre otages au prix d’un terrible bilan humain. Avec la démission du ministre sans portefeuille, son rival Benny Gantz, il essuie cependant un grave revers politique, un franc désaveu, même si la majorité parlementaire dont jouit son cabinet ne s’en trouve pas menacée. Cette dernière ne serait pas davantage compromise si un autre contestataire de poids devait à son tour rendre son tablier. Le ministre de la Défense Yoav Gallant semblait prendre un pas dans cette direction quand il votait hier, à la Knesseth, contre un projet de loi gouvernemental réglementant le statut militaire des juifs orthodoxes. Comme Gantz, Gallant ambitionne probablement d’être vizir à la place du vizir. Comme Gantz – pour qui les Américains déroulaient en mars dernier le tapis rouge–, Gallant exige une vision claire de l’après-Gaza, que le chef du Likoud se garde bien d’élaborer, encadré de près qu’il est par ses comparses ultranationalistes : lesquels tiennent effectivement entre leurs mains le sort de Netanyahu, et non plus seulement de son gouvernement.


Mais, au fond, quelle raison de s’en plaindre sérieusement aurait cet homme qui, depuis plus de huit mois, se livre à un aussi insensé carnage et attire une telle déconsidération internationale sur l’État qu’il prétend défendre ? Tout bien pesé, ces deux forcenés de ministres de la Sécurité nationale et des Finances qui veulent anéantir les Palestiniens et ramener le Liban à l’âge de pierre ne sont pas les cerbères de Netanyahu. Par leurs outrances verbales, ils ne font qu’accréditer l’idée qu’il peut exister encore pire, bien plus sanguinaire, au sein de l’establishment israélien.


Smotrich et Ben-Gvir : le double, le parfait alibi du criminel Bibi.

Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

Traque le menteur jusque sur le seuil de sa demeure ! Ce proverbe bien de chez nous, l’Américain Antony Blinken pourrait bien s’en être inspiré en s’en allant quêter sur place, à Israël, un oui clair net et précis au plan de règlement de la crise de Gaza. D’autant plus surréelle est toutefois la scène que l’opiniâtre pisteur yankee ne se prive pas lui-même de prendre des...