Chère lectrice, cher lecteur,
Trente ans, vraiment ? Ils sont passés comme un clin d’œil, avec leurs hauts et leurs bas, leurs moments de révolte, de colère ou de bonheur, mais toujours dans une grande intensité d’émotions.
Qui a dit que le témoin est un simple spectateur, qui ne s’investit pas personnellement dans les événements se déroulant devant ses yeux ? Depuis que je suis arrivée à L’Orient-Le Jour, en janvier 1994, je n’ai cessé de passer d’une actualité à l’autre au gré des nombreux développements qui ont marqué ces 30 dernières années, sans prendre le temps de souffler ou même de me sentir fatiguée. Ce journal m’a permis de vivre en première ligne des événements qui ont marqué le Liban et la région. Leur ampleur et leur portée ont certes laissé des traces dans la vie publique, mais les petites anecdotes qui jalonnent les grands moments du monde me font toujours rire ou pleurer.
Je me souviens ainsi, à peine arrivée au journal en janvier 1994, de mon périple à Cardaha pour les funérailles de Bassel Hafez el-Assad. En raison des mesures de sécurité très strictes, j’ai perdu le taxi qui m’avait emmenée et je me suis retrouvée à faire du stop dans les routes montagneuses de la région... avant d’être repérée par les services de sécurité syriens qui m’ont livrée à Michel Murr !
Quelques années plus tard, en septembre 1997, je me suis rendue à Ansariyé au Sud, où les Israéliens avaient fait un débarquement qui s’est mal terminé pour eux. Les images des morceaux de chair accrochés aux arbres de cette région boisée reviennent souvent me hanter. Tout comme celles de la dépouille du Premier ministre Rafic Hariri lorsqu’elle est arrivée à l’AUH, le 14 février 2005, et a été aussitôt identifiée par Marwan Hamadé.
Comment oublier aussi le moment unique pendant la guerre de 2006, lorsque de la baie vitrée du bureau j’ai vu le navire de guerre israélien s’enflammer au large des côtes libanaises au moment où Hassan Nasrallah le signalait dans son discours ? Deux ans, plus tard, toujours dans ce bureau aux larges fenêtres, j’ai dû me cacher derrière les murs, alors que le Hezbollah prenait le contrôle de la Future TV voisine, dans le cadre de l’opération du 7 mai.
Parmi les moments de bonheur, impossible de ne pas citer la visite du pape Jean Paul II et son fameux conseil aux jeunes à Harissa de « briser les murs et de construire les ponts », en mai 1997. Pour la petite histoire, au palais de Baabda, le président Elias Hraoui lui avait préparé un gâteau d’anniversaire...
Que de souvenirs qui remontent à la surface et quel chemin parcouru grâce à ce journal, et pour lui. Comment pourrais-je donc ne pas vous demander de le lire, car, avec lui et avec tous ceux qui le font, vous vivrez un peu de ces émotions et vous comprendrez pourquoi j’aime tellement ce métier.
Scarlett Haddad
Journaliste
OLJ /
le 11 juin 2024 à 14h06