Rechercher
Rechercher

Politique - Justice

Mise à l’écart de Ghada Aoun : Mikati prend position et se justifie

« La lutte contre la corruption n'a plus de sens. Je pars avec la conscience tranquille », lance la procureur d'appel du Mont-Liban.

Mise à l’écart de Ghada Aoun : Mikati prend position et se justifie

Le Premier ministre sortant, Nagib Mikati, présidant le Conseil des ministres le 1er novembre 2023. Photo fournie par le bureau de presse du Grand sérail

Le Premier ministre sortant Nagib Mikati s’est défendu, samedi, de prendre position dans l'affaire de la juge Ghada Aoun (proche du Courant patriotique libre et de l'ancien président Michel Aoun) après avoir adressé vendredi une circulaire aux administrations officielles leur demandant d’exécuter la décision du procureur général près la Cour de cassation, Jamal Hajjar, de ne plus traiter avec la magistrate.

Dans un communiqué publié par son bureau, M. Mikati affirme « répondre aux commentaires suscités par sa circulaire », expliquant avoir simplement « fait suite à une lettre envoyée » par M. Hajjar lui demandant, conformément à ses prérogatives, « d'enjoindre aux administrations de se conformer à la décision du juge dans son aspect administratif et non judiciaire ». « Le Premier ministre n’est pas intervenu dans le contenu de la décision prise par le procureur général », poursuit le texte, précisant que « son rôle se limite à donner des directives administratives ».

Le procureur Hajjar avait ordonné vendredi à la police judiciaire (Sécurité de l’État, Sûreté générale, Forces de sécurité intérieure, douanes…) de ne plus se conformer aux instructions de la juge Aoun qui, concrètement, ne peut plus notifier de convocations, de mandats de recherche, ni tout autre document dans les dossiers qu’elle traite, ce qui aura un impact considérable sur sa capacité à finaliser ses investigations.

Lire aussi

Jamal Hajjar signe la mise à l’écart de Ghada Aoun

M. Hajjar a pris cette mesure après qu’il a récemment enjoint à Ghada Aoun de lui faire parvenir certains dossiers, notamment ceux liés au domaine bancaire. La procureure s’était contentée de lui envoyer le dossier de Bank Audi, alors qu’elle poursuit également d’autres affaires liées à des opérations financières présumées suspectes.  La décision de Jamal Hajjar équivaut en pratique à une mise à l’écart pure et simple de la procureure d’appel du Mont-Liban.

Sans surprise, la magistrate Aoun a vivement réagi à la décision du procureur tout comme à la circulaire de M. Mikati, qu'elle a accusé, sur son compte X (ancien Twitter), de « violer la Constitution ». « Non, Monsieur le Premier ministre, cette violation de la Constitution est inacceptable », a-t-elle écrit. « Il y a une séparation des pouvoirs et vous n'avez pas le droit d'envoyer cette lettre aux administrations. Vous n'avez pas le droit de violer l'article 7 de la loi n° 206/2022 pour vous protéger ou protéger quelqu'un d'autre. Vous violez clairement la loi, et cela vous expose à des poursuites ».

Dimanche, la procureure d'appel du Mont-Liban est revenu à la charge. « Ce pays ne mérite pas la justice, ce pays mérite un système mafieux qui contrôle toutes ses ressources. Face à l'ampleur de ce qui s'est passé, face à l'insulte flagrante envers un juge qui essaie de lutter contre l'injustice et d'appliquer la loi, je n'ai vu que des 'tweets'. Oui, félicitations pour un tel système. » Elle a estimé que « la lutte contre la corruption n'a plus de sens. Je pars avec la conscience tranquille. Alors félicitations pour le vol de 8 milliards de dollars et pour la protection des coupables. Félicitations pour Riad Salamé (ancien gouverneur de la BDL). Félicitations pour le détournement de vos épargnes par les banques. Si telle est votre réaction et celle de vos dirigeants face au vol du siècle, il n'y a pas d'espoir. Je vous le dis avec désolation, félicitations pour le système corrompu. »

Réagissant lui aussi à cette affaire depuis Bkerké, le chef du CPL, Gebran Bassil, a estimé que « ce qui est arrivé avec la juge Ghada Aoun est une violation illégale d'un poste clé ». « En plus de sa lutte contre la corruption, il y a une banalisation car certains ne comprennent pas l'ampleur du danger et se réjouissent en considérant ce qui s'est passé comme un coup porté au CPL. Mais c'est un coup porté aux déposants et à tous ceux qui essaient d'empêcher que le scénario du vol de notre argent ne se répète », a-t-il déclaré.

Le Premier ministre sortant Nagib Mikati s’est défendu, samedi, de prendre position dans l'affaire de la juge Ghada Aoun (proche du Courant patriotique libre et de l'ancien président Michel Aoun) après avoir adressé vendredi une circulaire aux administrations officielles leur demandant d’exécuter la décision du procureur général près la Cour de cassation, Jamal Hajjar, de ne plus...
commentaires (4)

Vive la république bananière et ses 4 millions de moutons !

Sam

08 h 04, le 10 juin 2024

Tous les commentaires

Commentaires (4)

  • Vive la république bananière et ses 4 millions de moutons !

    Sam

    08 h 04, le 10 juin 2024

  • Les mafieux parachevent leur main-mise sur la justice de ce pays. Ils n'ont plus besoin de feuille de vigne. Prochaine etape ? Une loi qui legalise le vol des depots en les annulant purement et simplement. Sous l'oeuil interesse du FMI ?.

    Michel Trad

    21 h 30, le 09 juin 2024

  • Monsieur Mikati, Agissez en Premier Ministre Sortant et non pas en Président ou même en Premier Ministre. Madame Aoun a le droit au respect dans ces décisions en temps que Magistrate honnête ne recherchant que la vérité.

    DRAGHI Umberto

    21 h 01, le 08 juin 2024

  • Ben oui quoi, rien de plus qu'une procedure adminstrative, voyons. Et mon grand-pere etait au 1er rang lors du sacre de Napoleon Bonaparte. LOL

    Remy Martin

    20 h 19, le 08 juin 2024

Retour en haut