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Le pari le plus long


Ce D-Day que l’on commémorait hier sur les plages de Normandie, cela faisait déjà pas mal de jours qu’il n’y en avait que pour lui sur les grandes télés internationales : préparatifs, reportages et témoignages se sont succédé avant d’en venir à la majestueuse, et néanmoins émouvante, apothéose du 6 juin. Matraquage médiatique on ne peut plus justifié, bien sûr. Car non seulement la gigantesque opération amphibie et aéroportée du 6 juin 1944 conduisait irrésistiblement, moins d’un an plus tard, à la capitulation de l’Allemagne nazie ; mais depuis que l’homme existe, les vivants n’ont jamais cessé de chercher motif à courage, exaltation et résolution, dans le culte de l’héroïque sacrifice qu’ont consenti ceux qui sont morts.

C’est un Reich de mille ans que Hitler garantissait à ses foules en délire ; tout aussi illusoire était cependant la paix éternelle et universelle dont se voulait porteuse la victoire des Alliés. Très vite en effet, le rideau de fer soviétique est tombé sur l’Europe centrale et orientale ; s’installait alors pour longtemps, s’étendait même aux quatre coins de la planète, une guerre froide qui, plus d’une fois, n’était pas loin de provoquer une troisième conflagration mondiale. Or voici qu’avec l’affaire ukrainienne, c’est à la porte de l’Europe que frappe furieusement la guerre.

Héritier de la défunte URSS, le tsar Poutine n’a pas été convié aux cérémonies de Normandie, même si, dans son discours, le président français ne pouvait humainement passer sous silence la contribution décisive de l’Armée rouge à la victoire. C’est en revanche l’Ukrainien Zelenski qui a fait figure d’hôte privilégié et adulé : un Zelenski qui avertissait hier, devant l’Assemblée nationale française, que l’Europe n’est plus un continent de paix. Le drame est que la paix n’est pas seule candidate à la désertion.

Par-delà le calme et la sécurité physique que la défaite du nazisme prédisait au monde – du moins au monde dit libre –, ce sont en effet les valeurs politiques les plus sacrées de l’Occident qui se trouvent aujourd’hui rudement mises à l’épreuve. C’est le pari sur un monde meilleur, pris il y a huit décennies, qui attend encore d’être gagné. Nourris par les frayeurs que suscite le phénomène migratoire, nationalismes, particularismes et populismes ont ainsi fleuri un peu partout, heurtant de front le concept même d’union européenne. De même, la lutte contre le fléau terroriste a implacablement commandé des astreintes et atteintes aux libertés. Deux jours durant, de fort beaux et flamboyants discours ont été prononcés ; mais si l’Ukraine peut y avoir trouvé son compte, n’est-ce pas hors d’Europe et des États-Unis, dans la vaste planète, que sont trop souvent reniés, par leurs propres hérauts, les principes de liberté, de justice et de droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ?

On n’en veut pour preuve que cet épouvantable, ce méthodique massacre dont Gaza est l’infortuné théâtre et qui vient d’entrer dans son neuvième mois. Pourquoi en faire reproche aux démocraties occidentales, Amérique en tête, plutôt par exemple qu’à l’Iran ? Parce que ce dernier ne cache pas sa volonté de s’affirmer dans la région en se battant jusqu’au dernier Palestinien ou Libanais. Parce que les idéaux qu’arbore Washington sont désespérément noyés dans le fracas d’une canonnade alimentée par les arsenaux US et qui n’épargne ni écoles ni hôpitaux.

Avions Mirage 2000 avec formateurs et substantielle rallonge de dollars : les présidents Macron et Biden ont montré en Normandie leur détermination à sauver le soldat Ukraine. Mais que d’autres sauvetages, de par le vaste monde, restent littéralement en souffrance !

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com

Ce D-Day que l’on commémorait hier sur les plages de Normandie, cela faisait déjà pas mal de jours qu’il n’y en avait que pour lui sur les grandes télés internationales : préparatifs, reportages et témoignages se sont succédé avant d’en venir à la majestueuse, et néanmoins émouvante, apothéose du 6 juin. Matraquage médiatique on ne peut plus justifié, bien sûr. Car...