Julien Sfeir, pharmacien et musicien franco-libanais, auteur de « Je jette des boîtes ». Photo DR
Le regard est bleu-vert, à la fois profond et limpide, les traits fins. La mèche et la barbe claires, le sourcil droit souligné d’un coup de pinceau rouge. « C’est ma marque de fabrique depuis 10 ans, confie Julien Sfeir à L’Orient-Le Jour. Le fait que, sur scène et dans mes clips, je voudrais être facilement identifiable, tout simplement. C’est un geste artistique que j’ai fait pour avoir une sorte de signe distinctif. »

Au comptoir de la pharmacie de la gare d’Angers où il officie deux fois par semaine, les lundis et mardis, « le reste de mon temps, je le consacre à la musique », revendique-t-il. Julien Sfeir, ici en look rangé de pharmacien, reçoit les clients, écoute, conseille et vend ses petites boîtes souvent miraculeuses. Mais c’est en récupérant les lots de médicaments inutilisés, qui seront tout simplement recyclés, alors que le Liban souffrait cruellement d’une grave pénurie de médicaments et de moyens d’en acheter, que le jeune homme choisit de crier son ras-le-bol face à ce gaspillage. « C’est arrivé un jour, alors qu’un patient me ramenait une dizaine de boîtes d’insuline jamais ouvertes et encore valables et dont il n’avait plus besoin, d’une valeur de 50 à 100 euros la boîte… » Le cœur gros et la colère retenue, « j’ai dû tout jeter… » « Le contraste avec le Liban était tellement grand, poursuit-il, que j’étais encore plus révolté… » Julien aurait bien voulu pouvoir les collecter et les redistribuer à ses compatriotes au pays, mais la loi française l’interdit depuis 2008, par peur d’une mauvaise utilisation ou gestion des produits. « J’ai juste réussi à collecter et envoyer un matériel médical, des chaises roulantes et des attelles », déplore-t-il.
Faire rire, mais en parler
« Vu que je ne pouvais rien changer, et que je suis finalement musicien et interprète, j’ai décidé d’en faire un morceau, puis un clip », avec un refrain et un titre qui répètent inlassablement : « Je jette des boîtes, je jette des boîtes, je jette, jette, jette, jette, jette des boîtes. »
Tourné un dimanche dans la pharmacie de son oncle en Vendée, réalisé par Johan Neveu, Julien Sfeir apparaît vêtu d’une veste ornée de boîtes de médicaments signée Françoise Simonneau. Entouré d’étudiants en pharmacie et de danseurs qui évoluent sur une chorégraphie de Jérôme Lemesle, en pharmacien à bout de nerfs, Julien Sfeir chante, se révolte et fait rire et réagir les internautes.
Dans un registre « pop urbaine électro », comme la musique qu’il compose actuellement, Jette tes boîtes lui a permis de s’exprimer à sa manière, musicale, amusée et amusante, sur des sujets qu’il considère comme graves. Avec ce message qu’il prend totalement au sérieux : « Si on ne peut pas changer les choses, on peut au moins responsabiliser les gens… » « Au moins, confie-t-il à L’Orient-Le Jour, j’aurai mis la lumière sur un vrai problème et poussé les gens à en prendre conscience. »
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Invité sur tous les plateaux de télévision en France, la grève des pharmaciens jeudi dernier a permis de remettre cette vidéo en avant et d’écouter son histoire de Franco-Libanais né dans le département de la Sarthe il y a 35 ans. Son compte Instagram @julien-sfeir affiche : « J’aime le hommos et le comté » et, clairement, même s’il est né en France, sa double nationalité, double identité qui le définit bien.
Son diplôme de pharmacien décroché en 2012, il s’embarque pour l’Angleterre, mû par une passion ancienne pour la musique, afin de « perfectionner mon anglais pour composer des chansons ». De retour en France, il remporte un concours de France Bleu, Les talents du Mans, en 2014, qui lui permet de se produire en première partie des concerts de Catherine Ringer, Yodelice et Irma. Depuis, il a sorti de nombreux titres, parmi lesquels Souvenirs d’automne et Souvenirs d’hiver, puis, dans un autre registre, Je t’emmerde, La com’ ou encore Parasite, sur les sans-abri.
Sa dernière vidéo publiée en mars, avec sa téta « qui va avoir bientôt 100 ans » en vedette, a également créé le buzz. Son souhait : « Continuer dans la musique. » Son prochain titre portera sur le rôle des femmes au Moyen-Orient, faire prendre conscience aux Français qui, souvent, se plaignent beaucoup, des privilèges qu’ils ont, et revoir le Liban qu’il visite quand il peut. « Mes parents y sont actuellement… »
Le pharmacien dans une veste et une mise en scène taillées sur mesure pour le tournage de son clip. Photo DR


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