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La sélection d'articles (la nuit est longue) de Soulayma Mardam Bey

Chère lectrice, cher lecteur,

Cette fois, c’est à moi de vous écrire, mais je ne sais pas trop quoi vous dire. Depuis le 7 octobre, comme beaucoup parmi vous, je ne pense qu’à la guerre. Celle que mène Israël contre la bande de Gaza. Et celle qui menace de s’étendre au Liban. Je fais partie de ceux pour qui, il y a plus de 13 ans, le soulèvement populaire en Syrie et son tragique destin ont constitué le premier grand bouleversement psychologique et politique de leur vie. À l’époque, je n’aurais jamais imaginé éprouver de nouveau, un jour, le même sentiment d’injustice, et avec la même intensité. Je me suis trompée. À présent, c’est le sort de la population civile de Gaza qui horrifie tant d’entre nous. Comme journaliste, je manque de mots : que dire qui n’a pas déjà été dit ?

Et puis parfois, dans cette longue nuit noire que nous traversons, où les atrocités se succèdent, quelques éclaircies viennent percer le ciel de l’actualité. Parfois, la promesse de justice est à mettre sur le compte du destin. Parfois, sur celui de la loi des hommes. Ce lundi n’était pas comme les autres. Nous apprenions le décès du président iranien Ebrahim Raïssi dans un accident d’hélicoptère. En 1988, il faisait partie de la « commission de la mort » qui avait mis en œuvre les exécutions extrajudiciaires de milliers de prisonniers politiques, après les avoir soumis à des interrogatoires d’une brutalité inouïe. Son nom restera également associé à la très violente répression du mouvement de contestation iranien « Femme, vie, liberté » lancé après la mort de Mahsa Amini, le 16 septembre 2022.

Ce lundi, nous apprenions aussi que le procureur de la Cour pénale internationale avait requis un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son ministre de la défense Yoav Gallant – et avec eux contre des dirigeants du Hamas. L’initiative n’aboutira peut-être pas. Le chemin est encore très long. Et dans le cas de Raïssi comme dans celui de Netanyahu, le problème fondamental n’est pas celui d’un homme mais d’un régime. Il n’en demeure pas moins que dans un monde où la plupart des grandes démocraties ont soutenu le massacre systématique des civils à Gaza - bien que certaines prennent désormais quelques distances face à l’ampleur des crimes commis par Israël - le droit est peut-être la seule chose qui puisse encore sauver ce qui reste du système international né après la Seconde Guerre mondiale. « Mais qu’il crève, ce système ! » me répondriez-vous peut-être. Et vous n’auriez pas tort. Seulement voilà, aujourd’hui, ceux qui rêvent de sa destruction s’appellent Vladimir Poutine ou encore Xi Jinping. Et leur vision de l’être humain est loin de proposer une alternative juste à celle de Netanyahu et de ses alliés.

Soulayma Mardam Bey

Journaliste

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