Chère lectrice, cher lecteur
Pas besoin d’y aller par quatre chemins. Le seul, l’unique, le plus direct, il mène à cela : ma messagerie électronique est complètement schizophrène.
Mercredi 15 mai, à 14h54, un message Whatsapp fait clignoter l’écran de mon portable. Quelques lignes, en arabe, affirment sans ambages : « À l'heure où le sud du Liban et sa population traversent des moments difficiles, et au moment où la Palestine connaît un génocide incessant devant le monde entier qui regarde en silence, le festival de Beiteddine annonce la suspension de ses activités qui étaient prévues cette année. »
L’effet de surprise, à vrai dire, n’est pas tellement significatif. Les rumeurs circulaient déjà à propos d’un referendum réalisé auprès des membres du comité du festival qui auraient voté en grande partie contre la tenue de concerts cet été vu les circonstances par lesquelles passe le pays.
À 17h35, un mail surgit (de la troisième dimension ?). « Pink Martini le 24 juillet, tournée du 30ème anniversaire ». Qui, quoi, où ? Les yeux écarquillés déchiffrent la missive au style lapidaire : « Nous sommes fiers d’annoncer notre deuxième concert du festival Beirut Holidays 2024 » suivi d’un slogan en arabe : « Rejaana el aaiyad la Beirut » (la fête est de retour à Beyrouth). La nouvelle est d’autant plus étonnante que ce festival s’était arrêté depuis 2019.
« Mais c’est un pays de fous ! », s’exclame une collègue rameutée par les cris d’incompréhension.
« Nous sommes fous. Fous de notre travail, fous de notre mission et fous du pays aussi. À Beyrouth Holidays, il y aura six ou 7 évènements en tout », révèle le producteur des spectacles Amine Abi Yaghi qui travaille de pair avec Jihad el-Murr et Georges Issa.
Quant au festival de Baalbeck, sa présidente Nayla de Freige reconnaît que « pour l'instant, il n'est pas possible d'organiser des activités dans la Békaa ». Mais précise toutefois avoir « préparé un festival réduit et symbolique. Nous avons voulu présenter une édition qui convienne à la situation et aux incidents en cours. Mais aucune décision définitive n'a encore été prise », a-t-elle dit, affirmant attendre de savoir si un cessez-le-feu sera décidé dans les conflits armés en cours.
Inch’allah et bonne lecture !
Maya Ghandour Hert
Cheffe du service culturel
OLJ /
le 16 mai 2024 à 16h14