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La sélection « des vertes et des pas mûres » de Suzanne Baaklini

Chère lectrice, cher lecteur,

Durant les plus de deux décennies lors lesquelles j’ai suivi les affaires d’environnement pour L’Orient-Le Jour, j’ai connu plus d’une crise politique et/ou sécuritaire qui reléguait les problèmes écologiques au deuxième plan.

La guerre qui se déroule actuellement au Liban-Sud entre le Hezbollah et Israël et la polémique qui s’envenime autour des réfugiés syriens au Liban ne font pas exception. Il est vrai que les sujets d’environnement s’imposent de par leur ampleur en filigrane d’une actualité chargée ; que la situation géopolitique complexe qui résulte de l’après 7 octobre ne parvient pas à faire oublier les ravages des bombes israéliennes au phosphore blanc sur ce qui reste de vert au Liban-Sud ; que la densité démographique sans précédent dans le pays provoque une pression supplémentaire palpable sur les ressources. Mais en dehors de constats affligeants et occasionnels, les questions environnementales essentielles sont moins que jamais présentes dans le débat.

Et pourtant rien – ou si peu – n’a été réglé durant les trois décennies post- guerre. Aujourd’hui, le risque d’une nouvelle crise des déchets se précise, la pollution de l’air et de l’eau tue, les carrières sauvages et le chaos urbanistique éradiquent ce qui reste de nos espaces verts… Le tout aggravé par les effets déjà perceptibles du changement climatique. Malgré les efforts non négligeables de certains irréductibles, les reculs sont invariablement plus significatifs que les avancées.

Alors que faire face aux « ce n’est pas le moment » ou « il y a plus grave » ? Que faire face à un système sclérosé et extrêmement bien ancré dans la société, qui cherche plus à se perpétuer qu’à trouver des solutions ? Et surtout, comment parler d’écologie quand tout s’effondre ?

En tant que journalistes, nous n’avons d’autre choix que d’être un remède contre l’amnésie. Ce que nous faisons en donnant une place importante aux problèmes écologiques dans les colonnes de ce journal, quelles que soient les circonstances.

Des moments de découragement, j’en ai certainement connu. Des moments de joie aussi, comme quand l’action combinée des écologistes et des médias a permis de sauver la vallée de Bisri de l’engloutissement sous les eaux d’un barrage, en 2019-2020.

Au final, l’état d’esprit compte peu, et l’on se rend compte qu’il y a peu de place pour la fatigue. Parce qu’il faut, sans cesse, exposer les problèmes, mettre en lumière les enjeux, qu’ils soient environnementaux, sociologiques, sanitaires, politiques… Et, surtout, trouver le ton juste, faire preuve de didactisme, s’appuyer sur la science.

Après en avoir vu « des vertes et des pas mûres » durant toutes ces années, je vous propose aujourd’hui de vous pencher sur les articles que j'ai sélectionné pour vous, et qui sont un échantillon de ce combat difficile contre l’absurde dans lequel nous sommes plongés au Liban depuis cinq ans. Un combat que mènent au quotidien les journalistes de cette institution centenaire.

Bonne lecture !

Suzanne Baaklini

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