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Moyen-Orient - Conflit

Des Libanais réfugiés en Israël face au spectre d'une autre guerre

Le conflit entre Israël et le Hezbollah ravive les traumatismes de l'exil des anciens de l'Armée du Liban-Sud (ALS) et de leurs familles, réfugiés il y a plus de 20 ans en Israël.

Saad Haddad (gauche) et ses hommes. Photo d'archives OLJ

"Ils nous ont dit de nous préparer pour passer deux semaines à l'hôtel, à Tibériade. Ca fait déjà six mois", lance Claude Ibrahim, un Libanais réfugié de longue date en Israël de nouveau déplacé par la guerre. Depuis le 7 octobre, le conflit entre Israël et le Hezbollah ravive les traumatismes de l'exil des anciens de l'Armée du Liban-Sud (ALS) et de leurs familles, réfugiés il y a plus de 20 ans en Israël.

Les "Tsadalnikim", littéralement en hébreu "ceux de l'ALS", sont les anciens membres de la milice, en grande majorité chrétienne, alliée à Israël dans les années 80 et 90 lors de la guerre dans le sud du Liban. Ils se sont réfugiés du côté israélien de la frontière après le retrait israélien de la zone en mai 2000, de crainte de mesures de représailles du Hezbollah, contre lequel ils se sont battus pendant des années au Liban.

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Depuis le début de la guerre à Gaza déclenchée par l'attaque sanglante du Hamas contre Israël le 7 octobre dernier, la parti chiite, allié de l'Iran comme le mouvement islamiste palestinien, tire quasi-quotidiennement sur le nord du pays voisin. Israël réplique par des frappes de plus en plus profondes en territoire libanais contre des cibles du mouvement de Hassan Nasrallah. Une escalade qui fait craindre le déclenchement d'une guerre. Des deux côtés de la frontière, dans une bande de plusieurs kilomètres devenue de facto une zone de guerre, des dizaines de milliers de Libanais et d'Israéliens ont fui la région. 

"Génération après génération"

Bras droit de l'ancien commandant de l'ALS Antoine Lahad après le retrait israélien du sud du Liban, Claude Ibrahim a été à nouveau évacué, en octobre dernier, avec sa famille, de Kyriat Shmona, ville complètement vidée de ses habitants. "C'est comme si l'histoire se répétait (…) génération après génération", déplore-t-il, en soulignant que l'évacuation de 2000 faisait elle-même suite à une série d'autres déplacements de la population pendant la guerre civile au Liban dans les années 70.

Sur les 6.000 à 7.000 Libanais passés en Israël en mai 2000, environ 3.500 y vivent encore avec leurs familles, selon les chiffres des autorités israéliennes. Ils sont enregistrés comme "Libanais" d'Israël et ont obtenu la nationalité israélienne en 2004. Peu après leur arrivée dans le pays, où les autorités ne les ont que partiellement et tardivement pris en charge, beaucoup sont partis en Suède, en Allemagne ou au Canada. D'autres, plus rares, sont rentrés au Liban, où ils ont fait face à la justice, accusés de collaboration avec Israël.

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Tous les anciens de l'ALS en Israël ont de la famille au Liban, la plupart dans des villages à quelques kilomètres de la frontière.  Rares sont ceux qui acceptent d'être interviewés, craignant des représailles contre leurs proches, avec lesquels ils ne sont en contact que via des tierces personnes.

Maryam Younnes, 28 ans, étudiante en communication à l'université de Bar-Ilan, près de Tel-Aviv, avait cinq ans lorsqu'elle est arrivée en Israël avec ses parents. 

"Gros coup au Hezbollah"

Lorsque son père, un ancien officier de l'ALS, est décédé il y a une dizaine d'années, il a pu être inhumé dans leur village de Debel à une dizaine de kilomètres à vol d'oiseau de Maalot-Tarshita, la petite localité israélienne où ils se sont installés. Le reste de leur famille est resté à Debel et Beyrouth. "Je suis très inquiète pour ma famille, pour mon village (...) J'espère qu'il y aura un moyen de les protéger" en cas d'escalade entre Israël et le Hezbollah, dit la jeune femme qui se définit comme "à moitié libanaise et à moitié israélienne".

Des inquiétudes partagées par Claude Ibrahim qui dit cependant espérer qu'en cas de guerre, Israël "finira" le Hezbollah et que ce sera la "dernière" guerre contre ce mouvement. "La seule solution, c'est un gros coup au Hezbollah pour qu'il comprenne qu'il n'y a pas d'autre voie que de faire la paix", dit-il. Il dit croire en la paix entre Israël et le Liban, deux pays, qui, selon lui, n'ont pas de "raison de principe" d'être en guerre.

Mais pour Asher Kaufman, professeur d'histoire spécialiste du Liban à l'université américaine Notre-Dame (Indiana), cette vision "d'une relation idéale entre les chrétiens libanais et les Israéliens, qui était à la base de l'invasion de 1982 (du Liban par Israël) s'est complètement effondrée". Israël a cessé de "considérer le Liban comme la Suisse du Moyen-Orient" pour le voir comme "un bourbier violent avec lequel on ne veut pas avoir à faire".

"Ils nous ont dit de nous préparer pour passer deux semaines à l'hôtel, à Tibériade. Ca fait déjà six mois", lance Claude Ibrahim, un Libanais réfugié de longue date en Israël de nouveau déplacé par la guerre. Depuis le 7 octobre, le conflit entre Israël et le Hezbollah ravive les traumatismes de l'exil des anciens de l'Armée du Liban-Sud (ALS) et de leurs...
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