Chère lectrice, cher lecteur,
Depuis le temps que l’on se fréquente vous et moi, par page culturelle interposée, vous me connaissez sans doute un peu. Certains d’entre vous m’ont même, paraît-il, baptisée « Madame Expos ». Et de fait, des expos, des expos, encore et toujours plus d’expos… Je vous en sers des articles sur les expositions, entre quelques portraits de designers (mon autre marotte), quelques interviews d’auteurs, des recensions de livres et de pièces de théâtre.
Mais voilà, je dois le reconnaitre, cela fait quelques bonnes années que je cours surtout les expositions en ville (mais jamais les cocktails des vernissages !) pour tenter de vous offrir un compte rendu de ce qui se fait de beau, de novateur et de conséquent dans le domaine de l’art libanais.
Un secteur qui a pris beaucoup d’ampleur dernièrement pour un tas de bonnes comme de mauvaises raisons. Mais dont je préfère n’en retenir que la meilleure à mes yeux : celle de nous offrir une bienfaisante échappatoire hors de la calamité ambiante.
Certains d’entre vous, chers amis lecteurs de L’Orient-Le Jour, trouvent qu’il est vain de parler de peintures, de sculptures et, pire encore, de ces œuvres conceptuelles souvent inintelligibles, dans un pays où la survie est remise en question quotidiennement. Un pays où quatre ans après la traumatique double explosion au port de Beyrouth, on s’inquiète à nouveau de la possibilité d’avoir des matières potentiellement dangereuses entreposées à Zouk, Tripoli et Zahrani. Un pays classé désormais aux derniers rangs des indicateurs du développement humain et du bonheur de vivre ; et où chaque lever de soleil apporte son lot de déchéance, de désillusions et de menaces…
Même si toutes ces raisons invoquées sont terriblement justes, il n’en demeure pas moins que la scène artistique est plus que jamais nécessaire. Car elle représente désormais l’un des rares espaces de retrouvailles apaisées d’une population aussi fragmentée qu’harassée. Un lieu d’expression de ce qui fait notre culture commune, que l’on soit jeune, vieux, musulman, chrétien, druze, intello ou pas, totalement désargenté ou muni d’un compte à l’étranger…
En témoignent les publics toujours croissants et diversifiés des galeries, des musées, des théâtres – autre secteur culturel qui connaît au Liban un dynamisme renouvelé grâce à une nouvelle génération de passionnés. En témoigne aussi, l’engouement pour les créations artistiques « Made in Lebanon » et la fierté communément partagée de voir se hisser de plus en plus haut à l’international nos artistes, auteurs, compositeurs, designers ou encore chefs.
C’est cet enthousiasme qu’il me tient à cœur de préserver, de nourrir et de partager avec vous. Voilà ce qui nous porte, nous motive et nous incite, nous journalistes de la page Culture, à toujours chercher à vous offrir un bouquet de nouvelles qui sortent du champ des noires infos et des sombres analyses politiques.
Comme me le répétait un parent, victime de la nationalisation en Egypte (en paraphrasant une citation célèbre) : « La culture, c’est ce qui nous est resté quand nous avons tout perdu ». Grâce au zèle de nos dirigeants à nous dépouiller (encore et toujours) de tout, la formule prend tout son sens dans le Liban d’aujourd’hui…
Zéna Zalzal
Journaliste, responsable adjointe Page Culture
OLJ /
le 09 avril 2024 à 15h58