Critiques littéraires Poésie

Adonis au Louvre, demeure des infinis

Adonis au Louvre, demeure des infinis

D.R.

Ce poète natif de Kassabine dans le nord de la Syrie, réfugié au Liban dans le bouillonnement culturel et intellectuel des années 70 auquel il  apporte sa modernité, puis dans toute contrée du vaste monde arabe, de l’Euphrate aux rives du Nil, des montagnes libanaises à celles de l’Atlas, l’auteur des Chants de Mihyar le Damascène, dont le nom est murmuré dans les couloirs du Prix Nobel, Adonis, devenu citoyen français, déambule dans les salles du Louvre, celles de l’Antiquité où il entonne un hymne à la gloire de l’humanité, de la vie et de la mort, une sorte de légende des siècles où « l’Occident et l’Orient posent leurs têtes sur un même oreiller ».

Ce recueil composé de sept tableaux constitue en fait un poème unique qui se module en une méditation philosophique, en interrogeant les figures mythiques, Ishtar et Isis, Gilgamesh et Enkidu, Enheduanna la « poètesse première de l’amour », mais aussi des personnages historiques tels qu’Alexandre et Néfertiti, et plus près de nous, ceux de Nietzsche, Einstein, Spinoza, Al-Ma‘airi et Ibn al-‘Arabi.

Le poète interroge surtout les « horizons » du plus vaste musée du monde, le visible et l’invisible, « la sensibilité qui est un caché de la raison » et le « toucher qui est une autre peau de l’inconnu ».

« Gilgamesh

peux-tu dire pourquoi nous sommes les vivants d’aujourd’hui ?

Pourquoi nous ne trouvons pas nos voix et nous ne voyons nos visages que dans des défunts ?

Voici, nous empêchons tous la pierre

même d’être témoin.

Pleure, ô pierre, et transpire le sang.

Et n’oublie pas, ô temps, de prendre appui sur la canne du vent.

Voilà l’esprit qui tranche le cou des mots.

Ishtar vous salue, ô mots.

Sa sœur Isis vous salue, rose du secret, soleil de la féminité.

Ce qui a existé et ce qui existera vous saluent.

Comme tu es haut, homme éphémère, comme tu es éternel ! »

Ce long poème universel serpente entre ciel et terre, entre le caché et le manifeste, entre la poésie du mot et son sens, ce long poème dont les eaux grondent comme celles de tous les fleuves de la terre à la fois, monte jusqu’à ce vers final et déferle pour donner au livre sa raison d’être : « Louvre, demeure des infinis du sens, demeure à faire mourir la mort. »

C’est ainsi qu’il faut comprendre « l’alphabet » qu’utilise Adonis pour retranscrire ce qui est « à venir ».

Le Louvre. Espace de l’alphabet à venir (édition bilingue) d’Adonis, Seghers, 2024, 133 p.

Ce poète natif de Kassabine dans le nord de la Syrie, réfugié au Liban dans le bouillonnement culturel et intellectuel des années 70 auquel il  apporte sa modernité, puis dans toute contrée du vaste monde arabe, de l’Euphrate aux rives du Nil, des montagnes libanaises à celles de l’Atlas, l’auteur des Chants de Mihyar le Damascène, dont le nom est murmuré dans les couloirs du...
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