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Déprimés en musique

Chère lectrice, cher lecteur,

Yalla, encore un petit effort et nous serons le peuple le plus déprimé de la planète.

Si la nouvelle vous a échappé, selon le classement du rapport « World Happiness », parrainé par l'ONU et publié mercredi, les Libanais seraient le deuxième peuple le plus malheureux au monde en 2024, après les Afghans.

L’on comprend un peu mieux ce positionnement lorsqu’on apprend que ce rapport prend en compte six facteurs clés : le soutien social, le revenu, la santé, la liberté, la générosité et l'absence de corruption.

L’intention, ici, n’est pas de contester ce positionnement ou de défendre l’état d’esprit des Libanais. La déprime, le désespoir, les libertés bafouées, la pénurie de médicaments, l’argent séquestré dans les banques, les salaires du public et du privé dramatiquement dévalués, le système sanitaire défaillant, les feux de l’inflation, les allocations sociales quasi-inexistantes, l’absence de sécurité routière et de sécurité tout court, nous les connaissons trop bien.

Quant à la corruption, c’est un chapitre à part. Et, oui, nous en sommes vraiment les champions.

Mais que les messieurs-dames du « World Happiness » nous permettent quand même de tiquer sur le volet « générosité ». Les actes d’altruisme, le don de soi, l’aide de son prochain, les « tfaddalo » « ahla w sahla », « nawwartouna » et autres formules de bienvenue, les expressions «el-jar abl el-dar » (le voisin avant soi), sont inscrits dans notre ADN.

Avec nos petits moyens et nos initiatives privées et personnelles, nous arrivons à panser pas mal de blessures.

Ce classement ne mesure pas cela. Il ne mesure pas non plus l’intérêt de nos compatriotes pour la culture. La musique notamment. Cette dernière fédère les aficionados qu’ils soient au sélect festival al-Bustan, dans les grands « hangars » comme le Forum de Beyrouth ou Grand Factory, dans les boîtes de nuit, au cours des soirées à la maison, des fêtes du village ou dans les voitures de taxi.

La musique, c’est aussi l’expression d’une certaine joie de vivre. A la libanaise.

Bonne lecture !

Maya Ghandour Hert

Cheffe du service culturel  

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