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Société - Conflit

Des villageois retournent au Liban-Sud pour la première fois, en pleine trêve entre Israël et le Hamas

Des voitures brûlées, des fenêtres brisées et des champs d'oliviers parsemés d'obus. C'est ce qu'ont trouvé certaines familles déplacées lorsqu'elles sont retournées chez elles dans les villages de Tayr Harfa et Dhaïra (Liban-Sud), samedi, au deuxième jour de la trêve de quatre jours entre Israël et le Hamas.

Des villageois retournent au Liban-Sud pour la première fois, en pleine trêve entre Israël et le Hamas

Une voiture qui a pris feu après une frappe aérienne israélienne sur le village de Dhaïra, au Liban-Sud, le 25 novembre 2023. Photo Olivia Le Poidevin

Depuis 50 jours, le sud du Liban est le théâtre d'échanges de tirs quotidiens entre le Hezbollah et l'armée israélienne. Samedi, certains habitants, parmi les dizaines de milliers qui ont dû fuir leurs domiciles en raison des combats à la frontière avec Israël, sont rentrés chez eux. Au deuxième jour de la trêve de quatre jours entre Israël et le Hamas, L'Orient Today a visité certains villages du Sud. Nous avons découvert l'étendue des dégâts et pourquoi, pour beaucoup d'habitants, la paix actuelle reste provisoire.

Tayr Harfa

Nous avons commencé par Tayr Harfa, un village qui a récemment été le théâtre d'une tragédie dont les traces sont palpables dans le paysage. Deux grandes cavités sont visibles dans le sol à l'endroit où les journalistes d'al-Mayadeen Farah Omar et Rabih al-Maamari ont été tués par une frappe aérienne israélienne le 21 novembre.

Un grand trou causé par une frappe israélienne à Tayr Harfa, au Liban-Sud, le 25 novembre 2023. Photo Olivia Le Poidevin

Des chaises blanches en plastique ont été endommagées et un petit bouquet de roses rouges repose par terre. Un petit groupe de personnes est venu rendre hommage aux victimes. Ils sont revenus dans la région pour la première fois depuis plusieurs semaines, après avoir fui le danger que représentent les bombardements quotidiens d'Israël, qui se situe à 1,6 kilomètre du village. Au loin, on aperçoit un grand mur de béton qui sépare le Liban de l'État hébreu.

Une chaise en plastique détruite par une frappe israélienne à Tayr Harfa, au Liban-Sud, le 25 novembre 2023. Photo Olivia Le Poidevin

C'est là que j'ai rencontré Abbas, un homme d'environ 70 ans qui m'a montré son domicile, situé à proximité de l'endroit où le missile israélien a frappé les journalistes. Il a fui cette zone en octobre, après les premiers jours de combat.

Abbas, un habitant du village de Tayr Harfa, au Liban-Sud, le 25 novembre 2023. Photo Olivia Le Poidevin

Aujourd'hui, il est revenu pour vérifier l'état de sa maison. Décrivant la situation comme difficile, il a déclaré qu'il ne se sentait rassuré de retourner dans le secteur que grâce à l'accord sur la trêve. De l'autre côté de la rue, une habitation a été gravement endommagée. Mais le village est resté calme, quelques personnes seulement y étant revenues.

Dhaïra

En nous rendant à Dhaïra, nous avons vu des habitations sans le moindre signe de vie. Les volets métalliques de la plupart des magasins étaient fermés. Depuis des semaines, la majorité des habitants sont partis. Ils font partie des quelque 50.000 personnes déplacées du Sud, selon les Nations unies. Mais tout le monde n'a pas réussi à s'échapper. Au moins 13 civils ont été tués au Liban, selon l'agence Reuters.

Un mur endommagé par une frappe aérienne, dans le village de Dhaïra, au Liban-Sud, le 25 novembre 2023. Photo Olivia Le Poidevin

Dans ce village, les dégâts causés par les frappes israéliennes sont palpables. Des oliviers ont été brûlés, des murs percés et une route présentait une crevasse peu profonde à l'endroit où un obus l'avait frappée. Trois soldats de l'armée libanaise se trouvaient au milieu de la route. Ils ont tous affirmé que les restes d'un obus métallique observés, dans l'herbe au bord de la route, provenaient d'une bombe au phosphore.

L'Orient Today n'était pas à même de vérifier cette information, bien que de nombreux rapports de L'Orient Le Jour, d'Amnesty International et de Human Rights Watch accusent Israël d'avoir utilisé du phosphore blanc au Liban-Sud. Récemment, le ministre libanais sortant de l'Environnement, Nasser Yassine, a déclaré que le Liban avait l'intention de déposer une plainte auprès des Nations unies pour les dommages environnementaux qui découlent des frappes israéliennes, soulignant que celles-ci ont brûlé 460 hectares de forêts et de vergers. La convention de Genève de 1980, qu'Israël n'a pas ratifiée, interdit l'utilisation du phosphore blanc contre les civils et dans les zones habitées en raison de ses effets dévastateurs sur les êtres humains, les animaux et l'environnement.

Les restes d'un obus posés dans l'herbe dans le village de Dhaïra, au Liban-Sud, le 25 novembre 2023. Photo Olivia Le Poidevin

À Dhaïra, mes collègues Lyana Alameddine et Lucile Wassermann, et moi-même, avons visité le domicile d'une famille qui a été gravement endommagé par l'explosion d'un obus israélien le 9 octobre.

« J'étais arrivé chez moi 10 minutes avant que ma voiture ne soit touchée par un obus. Il n'y a pas de combattants dans cette maison, et il s'agit d'une voiture civile », a regretté un membre de la famille âgé d'une vingtaine d'années, qui a requis l'anonymat pour des raisons de sécurité. À l'extérieur se trouvent les restes de la voiture et de la cendre noire sur le sol et les murs de la maison.

Après le bombardement du 9 octobre, la famille a fui immédiatement après la frappe et a trouvé refuge dans une école de Tyr. Le samedi 25 novembre, ils sont retournés chez eux pour la première fois afin d'évaluer les dégâts, en essayant de profiter de la trêve. Leur maison a été partiellement endommagée, de même que les panneaux solaires.

Une maison endommagée par une frappe aérienne israélienne dans le village de Dhaïra, au Liban-Sud, le 25 novembre 2023. Photo Olivia Le Poidevin

« Lorsque nous sommes revenus dans notre village, tout avait changé. Certains habitants sont revenus et ont trouvé leurs maisons inhabitables... Nous repartirons si le cessez-le-feu n'est pas prolongé », a ajouté le membre de la famille.

Ce village n'est pas étranger au conflit. « La situation dans le village de Dhaïra fait pleurer. Nous ne sommes pas satisfaits de la façon dont les choses se passent ici. Tous les deux ans, nous sommes attaqués. Avant 2000, lorsque nous étions enfants, Dhaïra était bombardé tous les jours (par Israël). En 2000, nous avons été libérés et pendant six ans, nous avons vécu en paix, puis en 2006, nous avons de nouveau été attaqués. En 2006, des gens ont fui ce village, certains sont morts, d'autres ont perdu leur maison », a ajouté le jeune homme. « Il est difficile de voir sa ville natale, où l'on est né et où l'on a grandi, attaquée de cette façon », a-t-il conclu.

Les vitres brisées d'une maison endommagée une frappe aérienne israélienne dans le village de Dhaïra, au Liban-Sud, le 25 novembre 2023. Photo Olivia Le Poidevin

En marchant, nous avons vu d'autres restes d'obus israéliens, éparpillés dans une oliveraie. Le métal a été plié et tordu.

Vers 13 heures, le calme précaire qui avait tenu pendant les dernières 24 heures de la trêve a été interrompu par le bruit des sirènes d'alarme qui a été rapidement suivi d'une détonation de ce qui ressemblait à une explosion.

Les restes d'un obus dans une oliveraie dans le village de Dhaïra, au Liban-Sud, le 25 novembre 2023. Photo Olivia Le Poidevin

Soudain, les habitants du village et nous-mêmes nous sommes précipités vers nos voitures et nos motos, et nous avons pris hâtivement la route qui nous ramenait à Tyr. Un porte-parole de l'armée israélienne, cité par le Haaretz, a déclaré qu'une « cible suspecte » en provenance du Liban s'était infiltrée en territoire israélien et avait été interceptée par l'armée de l'État hébreu. Le Hezbollah a déclaré à L'Orient Today qu'il n'avait pas tiré de missiles contre Israël.

Cette journée a servi de rappel aux habitants de ces villages que la guerre est loin d'être terminée et que peu d'entre eux sauront quand ils pourront rentrer chez eux pour de bon.

Depuis 50 jours, le sud du Liban est le théâtre d'échanges de tirs quotidiens entre le Hezbollah et l'armée israélienne. Samedi, certains habitants, parmi les dizaines de milliers qui ont dû fuir leurs domiciles en raison des combats à la frontière avec Israël, sont rentrés chez eux. Au deuxième jour de la trêve de quatre jours entre Israël et le Hamas, L'Orient Today a visité...

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