Le directeur par intérim de la Sûreté générale, Élias Baïssari, et le bâtonnier des avocats de Beyrouth, Nader Gaspard, au cours de la conférence tenue le 12 octobre, à la Maison de l'avocat. Photo C. A.
Le conseil de l’ordre des avocats de Beyrouth a convié jeudi à la Maison de l’avocat le directeur général par intérim de la Sûreté générale (SG), le général Élias Baïssari, pour exposer la problématique des réfugiés et migrants syriens et les solutions susceptibles d’y remédier. Ce sujet sensible a attiré dans un amphithéâtre archicomble quelque mille personnes parmi les membres du barreau et des personnalités politiques de différents bords, auxquelles le responsable sécuritaire a notamment assuré que 500 000 naissances syriennes ont eu lieu ces dernières années sur le territoire libanais.
En introduction, le bâtonnier de Beyrouth, Nader Gaspard, a mis en garde contre « la grande explosion » à laquelle pourrait mener l’afflux syrien. « Si le monde occidental a ses propres intérêts, le Liban ne peut pas toutefois porter ce fardeau », a-t-il tonné. Une allusion en phase avec nombre de parties politiques libanaises qui considèrent que les États occidentaux souhaitent que les déplacés restent au Liban pour ne pas avoir à les accueillir chez eux.
Explicitant l’idée d’une situation explosive, le président de la Commission de suivi des migrants et des travailleurs à l’ordre des avocats, Fadi Moussallem, a évoqué « une invasion humaine », estimant que « l’équilibre démographique penche désormais en faveur des Syriens ». « Leurs camps sont truffés de cellules militaires et de jeunes gens qui ont servi le drapeau syrien », a-t-il en outre ajouté, se demandant « qu’adviendra-t-il à la moindre faille sécuritaire ? ». En Syrie, le service militaire est obligatoire pour les hommes de 18 à 43 ans.
Prenant à son tour la parole, le directeur général par intérim de la Sûreté a rappelé que « le préambule de la Constitution libanaise interdit l’implantation, dont la présence des réfugiés est une des formes ». « Le Liban est un pays de passage ; il n’est pas signataire de la Convention des Nations unies sur les réfugiés (1951) », a-t-il martelé.
Dans une rétrospective, le général Baïssari a rappelé que « l’afflux syrien avait commencé en 2011, au début de la guerre en Syrie ». « Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) procédait alors à l’enregistrement des arrivants, dont le nombre avait atteint 1,140 million en 2014, sans que le pouvoir ne prenne position ni n’intervienne de manière directe », a-t-il déploré. L’État avait ensuite demandé à l'UNHCR de lui remettre les données que l’organisme avait établies, mais la demande n’avait quasiment pas eu de suivi, a affirmé le responsable. Le pouvoir avait tenté la même année (2014) la solution du retour volontaire, par lequel 21 706 Syriens étaient rentrés chez eux. « La SG avait créé des centres à cet effet. Le processus consistait à y inscrire les personnes désireuses de rentrer en Syrie, et à envoyer leurs noms à l’État syrien pour approbation, avant que, le cas échéant, elles soient accompagnées jusqu’aux frontières libano-syriennes », a-t-il expliqué, soulignant que « nombreux sont ceux qui, changeant d’avis, ne se présentaient pas au moment du départ ». Le président syrien Bachar el-Assad est accusé par certains de refuser le retour des déplacés, lesquels craignent de subir des violences du régime.
Élias Baïssari a également évoqué le concept de « retour spontané » organisé plus tard par la Sûreté, grâce auquel quelque 100 000 déplacés avaient regagné leur pays. Il a aussi relevé que le Conseil supérieur de défense avait décidé en 2019 d‘expulser tous les Syriens entrés au Liban de manière illégale, enjoignant à l’armée de les escorter jusqu’aux frontières.
Des mesures qui n'ont pas été suffisantes. En dépit des efforts de l’armée pour empêcher ceux qui tentent de franchir illégalement les frontières, « 2 100 000 déplacés se trouvent à l'heure actuelle au Liban, soit 43 % de la population libanaise », a lancé le général Baïssari. Parmi ces 2,1 millions, 43 % ont entre 19 et 58 ans. Il n'y a pas unanimité sur le nombre total de Syriens sur le sol libanais. Une agence de statistiques, Statistics Lebanon, a recensé en mai dernier 2 048 713. Son directeur, Rabih Haber, estime qu'il a depuis augmenté, au vu du flux de migrants constaté à la frontière libano-syrienne ces dernières semaines. Un autre chercheur et statisticien, Mohammad Chamseddine, avance le chiffre de 1,6 million, sur base de statistiques officielles entre 2014 et 2017, et les estimations des retours et des accueils dans les pays tiers après cette date.
M. Baissari a en outre révélé que depuis le début de l’afflux migratoire, 287 000 naissances syriennes ont été enregistrées, alors qu’en réalité elles atteignent 500 000.
Quant à la population carcérale, 30 % des prisonniers sont syriens, a précisé le responsable. Sur un autre plan, il a noté que 30 à 40 % des subventions (carburants, médicaments, blé…) accordées par l’État ont bénéficié aux Syriens, soit un coût de 6 milliards de dollars, ce qui a accéléré l’effondrement économique du pays. Au plan éducatif, 50 % des écoliers sont syriens, coûtant 1,8 milliard de dollars à l’État.
Quelles solutions ?
En guise de solutions, Élias Baïssari a d’abord rappelé qu’en août dernier, l’État a conclu avec l'UNHCR un accord concernant la transmission, dans un délai de trois mois, des données liées aux déplacés syriens, afin de connaître leur identité. À ce jour, le Liban n'a pas obtenu d'information à ce sujet. Le responsable sécuritaire a également mis l’accent sur la nécessité d’« une stratégie nationale fondée sur l'élaboration de plans politique, sécuritaire, économique, social et humanitaire », dans le cadre d’« une bonne gouvernance de la problématique ». En septembre dernier, le Conseil des ministres avait discuté d'une telle stratégie et avait adopté des mesures drastiques pour réduire les entrées clandestines au Liban.
Le directeur de la Sûreté a prôné dans ce cadre « la reconstitution du pouvoir politique, le renforcement du soutien à l’armée et aux services de sécurité, ainsi que l’échange d'informations entre ces forces ». Il a aussi appelé à intensifier les efforts diplomatiques pour réclamer la réimplantation des déplacés dans un pays tiers et à demander aux organisations internationales qui aident les Syriens au Liban de le faire plutôt sur le territoire syrien. Le responsable sécuritaire a également insisté sur la lutte contre « l’économie parallèle », en mettant un terme à la concurrence illégale et aux professions interdites aux Syriens. Selon la loi, ceux-ci peuvent travailler dans les seuls domaines de la construction, l’agriculture et l’environnement.
Relevant que les ressortissants syriens se trouvent dans 97 % des municipalités, le général Baïssari a enfin mis l’accent sur l’appui à donner aux conseils municipaux et collectivités locales, dans leur action visant à faire cesser les infractions et violations.


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de fait susceptible d'entraîner un préjudice irréparable à bref délai ; L’accent a été mis sur le fait que seuls les domaines de la construction, de l’agriculture leurs sont autorisés, ce qui semble loin d’être le cas, tous les restaurants, les commerces de détail et les secteurs de la mécanique ou de l’électricité sont pourvus d’une main d’œuvre bien moins chère. Les municipalités en émettant certaines directives à l’encontre ce ces patrons égoïstes qui ne voient qu’à court terme, pourraient commencer à mettre un peu d’ordre dans cette situation explosive.
17 h 52, le 15 octobre 2023