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Économie - Commerce

Le luxe a eu sa part de soleil au Liban cet été

Plusieurs signes laissent entrevoir une embellie relative du secteur, portée notamment par la diaspora.

Le luxe a eu sa part de soleil au Liban cet été

L’intérieur de la boutique Le Huitième qui a ouvert juste avant l’été à Beyrouth. Photo P.H.B.

Le secteur touristique libanais vient de clore un été globalement à la hauteur de ses attentes. Selon les derniers chiffres disponibles, près de 1,1 million de visiteurs ont été enregistrés par le ministère du Tourisme et la Sûreté générale sur les seuls mois de juin et juillet, un total en hausse de 23 % et qui est composé à plus de 60 % de membres de la diaspora libanaise.

Si ces visiteurs ont essentiellement dépensé leur budget dans les restaurants, les plages, les centres de loisirs et le secteur hospitalier, les commerçants ont aussi pu capter une part de ce pactole. « La saison a été correcte en termes d’activité, constate pour L’Orient-Le Jour le président de l’Association des commerçants de Beyrouth, Nicolas Chammas. Il évoque une hausse se situant entre « 10 et 15 % » par rapport à l’année dernière, une estimation qui se base pour l’instant sur des échanges avec des membres de l’ACB.

Il semble en outre que cette tendance n’ait pas uniquement concerné les commerces de produits essentiels ou d’entrées de gamme, à en croire certains échos venant d’une des filières les plus touchés par la crise et le Covid, celle qui regroupe les commerces de luxe.

Mieux qu’attendu

C’est ce qu’a perçu la direction de la boutique Le Huitième, spécialisée dans les objets décoratifs et les arts de la table de luxe et haut de gamme. L’enseigne, qui opérait jusque-là uniquement en ligne, a ouvert juste avant l’été un magasin à Achrafieh-Tabaris, dans la capitale. « Nous avons été agréablement surprises, les résultats ont dépassé nos prévisions », témoigne Corinne Amatoury, qui cogère l’enseigne fondée par sa sœur Nadine. « On a vendu autant de produits chers que de produits bon marché à une clientèle comptant beaucoup de Libanais venus pour les vacances, mais aussi des Européens et des Américains de passage. C’est d’autant plus réjouissant que notre magasin n’est même pas situé au centre de Beyrouth ou dans une rue commerçante », poursuit Corinne Amatoury.

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Le groupe de distribution libanais Aïshti, qui représente plusieurs marques de vêtements de luxe ou haut de gamme (Prada, Dior, Valentino ou encore Dolce & Gabbana), mais aussi des marques de joaillerie et d’horlogerie de luxe, livre un constat similaire. « Après une année 2021 désastreuse et une reprise timide des ventes en 2022, la dynamique de cet été est prometteuse », expose le PDG d’Aïshti, Tony Salamé. Aïshti possède plusieurs points de vente dans le pays ainsi qu’un centre commercial à Jal el-Dib (Metn). « On est au moins à mi-chemin par rapport aux niveaux de 2019, une année record, mais avec proportionnellement moins de stocks et toujours sans retour des touristes du Golfe, réputés pour être de grands consommateurs de produits de luxe », ajoute-t-il.

Le Huitième et Aïshti n’ont pas souhaité communiquer de chiffres pour illustrer leurs propos, tandis que les représentants de plusieurs marques de luxe distribuées au Liban, dont l’horloger Rolex, le styliste Hermès ou le parfumeur Chanel, ont décliné nos demandes de commentaires.

Le Liban moins cher pour le luxe

Un joaillier installé au cœur de Beyrouth et souhaitant rester anonyme pour des raisons personnelles brosse de son côté un tableau plus nuancé de la situation. « Il y a du mieux par rapport à l’année dernière, mais il est prématuré de parler d’embellie, compte tenu des difficultés actuelles posées par l’environnement des affaires », pose-t-il, faisant notamment référence à la crise bancaire qui se prolonge depuis 2019. Il estime en outre difficile de dégager une tendance uniforme, compte tenu du fait que chaque joaillier ou bijoutier dispose de sa propre dynamique et d’une clientèle qu’il a fidélisée avec le temps.

À son niveau, ce joaillier relève enfin une baisse nette du ticket moyen par client, qui est passé de 1 500 dollars avant la crise à 500 dollars cet été. « Il y a eu moins de mariages cet été. Beaucoup de Libanais ont préféré se marier à l’étranger pour échapper aux frais exorbitants que cela leur aurait coûté au Liban », relève-t-il, encore avant de signaler un phénomène nouveau qui va en s’amplifiant. « De plus en plus de gens achètent des lingots directement auprès des agents locaux qui les importent ou se les procurent sur le marché local, qu’il s’agisse de petit lingots de 5 grammes à 300 dollars ou de ceux d’un kg, qui valent plusieurs dizaines de milliers de dollars. Cette tendance s’est accélérée cet été au point que même les joailliers qui vont se fournir sont obligés de faire la queue », raconte-t-il.

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Les témoignages recueillis ne permettent pas, à eux seuls, de jauger l’ampleur réelle de la reprise ressentie par certains acteurs. Seule certitude : malgré la crise, le Liban reste une destination meilleur marché pour les touristes et les expatriés consommateurs de marques de luxe. Selon une étude réalisée il y a environ un an par Global Blue, la société suisse spécialisée dans la restitution de la TVA sur les achats des touristes, les prix des produits de luxe au Liban sont 2 à 25 % moins élevés que ceux pratiqués aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite ou encore au Canada, même sans détaxe. Trois pays qui accueillent d’importantes communautés de Libanais.

L’étude se base sur un échantillon de 31 produits de marque (principalement des vêtements) et rappelle que la TVA de 15 % en Arabie saoudite ne peut pas être récupérée ou que les prix hors taxes aux Émirats sont trop élevés. « Le Liban est plus cher que l’Europe, de 10 à 15 %, mais cette tendance s’inverse avec la détaxe », confie une source au sein de Global Blue qui n’est pas autorisée à parler à la presse.

Chantier et potentiel

Il reste néanmoins du chemin à faire avant que le Liban ne devienne une destination régionale du luxe, si tant est que sa classe dirigeante réponde au préalable à l’ensemble des problématiques qui affectent le niveau de vie de sa population.

Global Blue, qui possède une filiale au Liban, a suspendu ses opérations de détaxe en février dernier pour obtenir une modification du mécanisme de rétrocession entre la société et l’État libanais qui tienne compte de l’instabilité de la livre. Ses opérations pourraient cependant reprendre dans les semaines qui viennent.

Sur un autre plan, trois des plus prestigieux hôtels de luxe de Beyrouth qui ont fermé leurs portes après la double explosion du 4 août 2020 – Le Four Seasons, Le Gray et le Monroe – n’ont toujours pas rouvert, selon le président du syndicat des hôteliers, Pierre Achkar.

Les boutiques du centre-ville de Beyrouth, désertées par les enseignes, attendent de rouvrir également – des échos de plus en plus fréquents semblent annoncer une surprise pour Noël de ce côté-là.

Le chantier le plus important et qui incombe surtout aux autorités demeure enfin de rétablir un environnement des affaires qui permettrait de relancer les investissements dans le pays et de redonner envie aux grandes marques du luxe de miser sur le marché libanais.

Le secteur touristique libanais vient de clore un été globalement à la hauteur de ses attentes. Selon les derniers chiffres disponibles, près de 1,1 million de visiteurs ont été enregistrés par le ministère du Tourisme et la Sûreté générale sur les seuls mois de juin et juillet, un total en hausse de 23 % et qui est composé à plus de 60 % de membres de la diaspora libanaise.Si ces...
commentaires (4)

le Libanais Lambda a de quoi envoyer ses enfants à l'école maintenant!

Tawil aelta

19 h 03, le 22 septembre 2023

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Commentaires (4)

  • le Libanais Lambda a de quoi envoyer ses enfants à l'école maintenant!

    Tawil aelta

    19 h 03, le 22 septembre 2023

  • La première classe du Titanic rouvre ses salles de bal.

    AntoineK

    23 h 32, le 21 septembre 2023

  • La diaspora en a un peu marre de subventionner les gabegies de cette classe dirigeante mafieuse. Quant à la destination de luxe, vous plaisantez j’espère….

    Bachir Karim

    17 h 36, le 21 septembre 2023

  • C'est bien un vrai article, qui n'est pas un "publi-article" . Bravo ! Pas comme ce qui concerne les restaurants, et que l'OLJ a méchamment laissé à un consultant qui fait sa pub (même s'il affirme le contraire)

    Emmanuel Durand

    16 h 57, le 21 septembre 2023

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