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Société - Initiative

Nafda veut changer les mentalités à travers l’éducation

Cette association coopère avec un réseau de chefs d’établissements scolaires pour mettre en œuvre des projets permettant aux élèves de progresser dans le respect des valeurs de citoyenneté, de justice sociale et de bonne gouvernance.

Nafda veut changer les mentalités à travers l’éducation

L’équipe de Nafda avec des chefs d’établissements scolaires. Photo Mohammad Yassine

Initiative citoyenne créée en février 2022, Nafda est engagée dans le secteur de l’éducation auprès des communautés scolaires marginalisées. A l’origine de l’initiative, un groupe d’ « enablers » membres du board. Sur le terrain, huit membres actifs parmi lesquels Youmna Helou, dix ans d’expérience de consultante en stratégie, et Fahd Jamaleddine, entrepreneur social et consultant en éducation, rapidement rejoints par Naji Talhouk, enseignant à l’Université américaine de Beyrouth, cette association cherche à trouver des solutions aux problèmes endémiques de l’éducation, quitte à voir dans la crise qui ravage le pays depuis 2019 une « source d’innovation » dans l’enseignement.

Des problèmes endémiques pourtant considérablement aggravés par la crise, qu’il s’agisse des fermetures prolongées des écoles et des défis de l’apprentissage en ligne, dans le sillage de la pandémie de Covid-19 ; de l’abandon scolaire, qui a négativement affecté les aspirations des élèves, selon un rapport de l’Unicef publié en 2022 ; ou encore de la réduction drastique des dépenses publiques qui sont consacrées au secteur (de 2,1 % du PIB en 2015 à 2 % en 2019 et 1,8 % en 2020, selon la Banque mondiale) ; et des défections massives d’enseignants dont les salaires payés en livres libanaises ne valent plus rien, en raison de la dépréciation monétaire.

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« Notre vision à long terme est de changer les mentalités des élèves, des enseignants, de leur entourage », explique Youmna Hélou. L’action de Nafda est ainsi menée à deux niveaux. Elle aide, d’une part, les établissements scolaires à concevoir et mettre en œuvre des projets permettant aux élèves de progresser dans le respect des valeurs de citoyenneté engagée, de justice sociale et de bonne gouvernance. Elle crée, d’autre part, un réseau de chefs d’établissement qui s’engagent ensemble en faveur de la réforme du secteur éducatif.

Une éducation inclusive et équitable

Concrètement, les fondateurs de Nafda ont « d’abord recruté 20 directeurs et directrices d’établissements éducatifs publics, privés et semi-privés », précise Fahd Jamaleddine. D’un sondage effectué auprès de ces chefs d’institution émergent quatre thèmes constituant la vision d’avenir de ces écoles : l’amélioration de la pédagogie, le développement d’une éducation inclusive et équitable, les actions au service de la communauté et l’approche STEAM (science, technologie, ingénierie, arts et mathématiques) pour l’acquisition des compétences.

Puis chaque école sélectionnée peut créer son projet avec l’aide financière de Nafda : 10 000 dollars pour les besoins urgents et 10 000 autres pour la mise en place dudit projet, ainsi que le soutien d’une ONG partenaire du mouvement.

C’est ainsi qu’à l’école Saint-Élie des pères carmes de Zahriyé (Tripoli), où les élèves de sixième trouvaient les mathématiques difficiles, la direction de l’établissement a décidé de changer leur perception de la matière en formant les enseignants aux nouvelles pratiques. « La directrice de l’établissement s’est donné 100 jours pour relever le défi », raconte Naji Talhouk. « Grâce au soutien de Nafda et de l’association Lebanese Alternative Learning, nous avons eu recours à une plateforme numérique, développé des activités concrètes et multiplié les exercices avec autocorrecteur », reconnaît la directrice de l’établissement, Rita Salamé. « Au terme du délai fixé, 80 % des élèves avaient accompli 100 % de leur apprentissage et apprécient désormais les maths », se félicite Naji Talhouk.

Mais cela ne s’arrête pas là. Chaque directeur partenaire est ensuite invité à transmettre son expérience à d’autres institutions éducatives. « L’objectif est de pousser les membres de ce réseau à la mise en place de réformes à l’échelle nationale », souligne Youmna Hélou. La directrice de l’école élémentaire Esprits libres (Hermel), Ghoussoun Wahoud, se prépare ainsi à transférer son expérience acquise via un projet scolaire de permaculture à trois autres écoles du Liban.

« À travers ce projet agricole durable, dans une région rurale connue pour ses plantations illicites, nous avons sensibilisé nos élèves aux bienfaits des cultures de substitution, à l’agriculture bio, au tri, au compost… » souligne-t-elle. L’occasion pour l’institution fondée par des femmes il y a quatre ans, en pleine contestation populaire, de faire participer ses jeunes élèves à l’inclusion d’un élève trisomique. « Nous savons que nous ne sommes plus seules, désormais, à vouloir changer les choses. Jusque-là, nous nagions à contre-courant », avoue-t-elle. Nafda ne s’arrête pas en si bon chemin et se fixe déjà un nouvel objectif : atteindre rapidement le chiffre de 60 écoles, si le financement est au rendez-vous.  

Initiative citoyenne créée en février 2022, Nafda est engagée dans le secteur de l’éducation auprès des communautés scolaires marginalisées. A l’origine de l’initiative, un groupe d’ « enablers » membres du board. Sur le terrain, huit membres actifs parmi lesquels Youmna Helou, dix ans d’expérience de consultante en stratégie, et Fahd Jamaleddine, entrepreneur...
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