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Moyen-Orient - Portrait

Mitra Hejazipour : de l’équipe nationale d’Iran à championne de France d’échecs

L’Iranienne qui a quitté son pays d’origine il y a plus de quatre ans a obtenu la nationalité française en mars.

Mitra Hejazipour : de l’équipe nationale d’Iran à championne de France d’échecs

La joueuse d’échecs iranienne Mitra Hejazipour. Photo publiée le 17 août sur son compte Instagram @Mitrahejazipour

« La vie et les échecs sont tous deux une lutte constante. » Cette phrase, attribuée au grand maître Emmanuel Lasker, trouve une résonance toute particulière pour la nouvelle championne de France d’échecs, Mitra Hejazipour. Sacrée dimanche, la jeune femme ajoute ce titre à son palmarès, trois ans après avoir été contrainte de quitter l’équipe nationale d’Iran pour avoir refusé de porter le voile en compétition. Un geste de contestation précurseur du soulèvement du 16 septembre 2022 lié au décès d’une jeune Kurde de 22 ans, Mahsa Amini, alors qu’elle était détenue par les forces de sécurité iraniennes pour port « inapproprié » du voile, obligatoire dans la République islamique.


Dans la famille de Mitra Hejazipour, originaire de la ville conservatrice de Machhad, les échecs font partie du quotidien. Dès six ans, apprendre à jouer avec les pions est une évidence pour elle. Du haut de ses sept ans, elle gagne déjà des parties contre les adultes de sa famille. « Ils me disaient : il faut que tu continues, tu peux devenir une championne », confie-t-elle au média français Ouest-France.

Alors elle s’entraîne, sans cesse. Mitra Hejazipour se plonge dans les livres et perfectionne sa stratégie, jusqu’à devenir vice-championne du monde féminine des moins de 10 ans en 2003, puis championne féminine d’Iran en 2012. En 2015, elle atteint le titre rêvé de tout joueur d’échecs à l’occasion du championnat asiatique féminin : « grand maître ». Elle devient la deuxième joueuse d’échecs iranienne de l’histoire à obtenir le plus haut titre de cette discipline. 

Exclue de l’équipe nationale iranienne

Mais une ombre assombrit le tableau. En décembre 2017, un évènement agite la République islamique. Vida Movahed monte sur une plateforme au cœur de la rue Enghelab, en plein Téhéran, tête nue, son voile accroché à un pic qu’elle brandit en signe de contestation contre le port obligatoire du foulard. Un geste répété par d’autres femmes iraniennes au cours de l’année qui a suivi, conduisant à l’arrestation de nombreuses d’entre elles. À l’époque, un rapport d’Amnesty International décrit 2018 comme « l’année de la honte » pour l’Iran.

C’est dans ce contexte que Mitra Hejazipour met le cap sur la France, pour passer l’année 2019 à Brest, après que le joueur Reza Salami, Iranien d’origine et travaillant à la mairie, réussit à la convaincre de venir y pratiquer la discipline au sein du club de la ville. « Chaque fois qu’on se rencontrait, je lui demandais de venir chez nous », confie-t-il à Ouest-France. Une installation qui devait être temporaire à l’époque. Mais rien ne se passera comme la joueuse l’avait prévu.

Pour mémoire

En Iran, les joueuses d'échecs défendent leur championnat du monde

En décembre, tout bascule. Toujours membre de l’équipe nationale iranienne, elle participe aux championnats du monde d’échecs rapides (blitz) à Moscou, où elle se rend sans passer par l’Iran. Peu de temps auparavant, elle avait manifesté son soutien aux femmes d’Enghelab sur son compte Instagram, considérant le voile comme une « limitation » et non une « protection » pour les femmes. Un post qu’elle a dû supprimer sous la pression du régime, raconte-t-elle dans un entretien à Euronews. Lors de la compétition, la joueuse décide néanmoins d’enlever son voile en signe de protestation contre les conditions des femmes iraniennes. Un mois plus tard, la sentence tombe : la joueuse est exclue de l’équipe nationale. Elle n’a plus le droit de rentrer sur le territoire national. La jeune femme explique dans une interview donnée à France Info que son geste a permis d’envoyer un message fort : « La liberté, c’est la chose la plus importante pour les femmes en Iran. » 

Elle décide alors de prolonger son séjour en France. Mitra Hejazipour apprend le français et s’inscrit à l’université en informatique avant de s’engager dans un master en ingénierie. La joueuse n’en oublie pourtant pas son pays d’origine. Pour elle, la mort de Mahsa Amini constitue un tournant pour le pays, « le début de la fin de ce régime », déclare-t-elle dans une interview à Euronews. L’événement semble en effet avoir réveillé des contestations latentes contre le pouvoir. En miroir du parcours de Mitra Hejazipour, l’Iranienne Sarasadat Khademalsharieh, connue sous le nom de Sarah Khadem, décide elle aussi d’ôter le voile lors d’une compétition internationale d’échecs à Almaty, au Kazakhstan, en décembre 2022. Exilée depuis en Espagne, la joueuse internationale fait partie des quelques athlètes iraniens qui ont saisi l’occasion d’événements sportifs mondiaux pour afficher leur soutien aux manifestations, s’inscrivant d’une certaine manière dans les pas de Mitra Hejazipour.

En mars dernier, alors que la contestation s’essoufle en Iran face à la répression du régime, la joueuse obtient quant à elle la nationalité française après une rencontre avec la ministre française des Affaires étrangères, Catherine Colonna. Une naturalisation qui lui permettra (enfin) de participer aux 96es championnats de France d’échecs féminins et de les remporter dimanche dernier, à l’âge de 30 ans. Échec et mat.

« La vie et les échecs sont tous deux une lutte constante. » Cette phrase, attribuée au grand maître Emmanuel Lasker, trouve une résonance toute particulière pour la nouvelle championne de France d’échecs, Mitra Hejazipour. Sacrée dimanche, la jeune femme ajoute ce titre à son palmarès, trois ans après avoir été contrainte de quitter l’équipe nationale d’Iran pour avoir...

commentaires (2)

Bravo et félicitations. C’est l’Iran qui a perdu un élément de qualité et vous, vous avez gagné votre liberté et indépendance individuelle. Bonne chance dans votre nouvelle et belle vie en Europe. Désormais, vous pourrez y vivre et travailler sans souci et sans autorisation ou papiers au préalable et ce, grâce à votre nationalité française . Bonne chance Madame.

LE FRANCOPHONE

08 h 39, le 03 septembre 2023

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Commentaires (2)

  • Bravo et félicitations. C’est l’Iran qui a perdu un élément de qualité et vous, vous avez gagné votre liberté et indépendance individuelle. Bonne chance dans votre nouvelle et belle vie en Europe. Désormais, vous pourrez y vivre et travailler sans souci et sans autorisation ou papiers au préalable et ce, grâce à votre nationalité française . Bonne chance Madame.

    LE FRANCOPHONE

    08 h 39, le 03 septembre 2023

  • Vous faites honneur à votre pays en enlevant votre voile, ne vous souciez pas des conséquences néfastes de votre geste symbolique en l’honneur de Mahsa Amini, et la France vous a offert la nationalité française pour votre courage et non pour votre déchéance envers votre pays l’Iran. L’Iran perd en vous une championne et la France a saisi la balle au bond en vous octroyant la nationalité française.

    Mohamed Melhem

    17 h 12, le 02 septembre 2023

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