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Moyen-Orient - Israël

Les Arabes israéliens, à l'écart du débat, inquiets de la réforme judiciaire

La minorité arabe en Israël a toujours eu une influence limitée en politique, un seul parti arabe ayant fait partie d'une coalition gouvernementale depuis la création de l'Etat hébreu en 1948.

Un manifestant brandit un drapeau israélien devant plusieurs policiers, lors d'une manifestation contre la réforme de la justice en Israël, le 13 août 2023 à Tel Aviv. Photo JACK GUEZ / AFP

A l'écart du débat autour du projet controversé de réforme de la justice en Israël, la minorité arabe du pays craint que la future législation n'aggrave "les violations de ses droits", en favorisant notamment l'occupation des territoires palestiniens. Alors que des centaines de milliers d'Israéliens manifestent depuis janvier contre ce projet porté par le gouvernement de droite de Benjamin Netanyahu, les Arabes israéliens, qui représentent 20% de la population du pays, ont été absents des grands rassemblements.

Certains se sont joints aux manifestations à Haïfa, une ville mixte judéo-arabe du nord d'Israël, appelant à l'égalité des droits. Dans la petite ville de Majd al-Krum, dans le nord, Samira Kanaan Khalaylah affirme que la communauté arabe était "déjà mise de côté avant que la réforme ne soit annoncée". "La situation après les changements dans la loi nous sera défavorable", ajoute cette femme de 57 ans, pour qui le gouvernement actuel est le "pire de tous les temps".

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La minorité arabe, descendant de la population restée en territoire israélien à l'issue de la première guerre israélo-arabe, a toujours eu une influence limitée en politique, un seul parti arabe ayant fait partie d'une coalition gouvernementale depuis la création de l'Etat d'Israël en 1948.

Le mouvement de protestation actuel est mené par des militants et des réservistes de l'armée qui refusent pour beaucoup de mettre en avant le sort de la minorité arabe ou des Palestiniens, craignant que cela ne nuise à leur cause aux yeux de la majorité juive d'Israël.

Menaces potentielles

En marge du mouvement, l'inquiétude gagne la communauté arabe, dont la majorité des membres se définissent comme Palestiniens. L'avocat et ancien député arabe Youssef Jabareen s'inquiète des menaces potentielles pour les citoyens arabes et leurs élus, si le gouvernement s'arroge des "pouvoirs autoritaires". "Avec la réduction du pouvoir de la justice, la droite aura plus de pouvoir et pourra mettre en avant ses projets", affirme-t-il.

Pour l'organisation Musawa, basée à Haïfa et qui défend les droits des Palestiniens, la nouvelle loi va aggraver "les violations des droits de la minorité arabe" et favoriser l'occupation des territoires palestiniens, considérée par l'ONU comme illégale au regard du droit international.

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La réforme, portée par la coalition associant des partis d'extrême droite et juifs ultra-orthodoxes, vise à accroître le pouvoir des élus sur celui des magistrats. Elle est jugée nécessaire par le gouvernement pour assurer un meilleur équilibre des pouvoirs, mais ses détracteurs y voient une menace pour la démocratie.

Benjamin Netanyahu et ses alliés ont déjà fait adopter le 24 juillet une clause importante du projet qui limite la possibilité pour la Cour suprême d'invalider une décision du gouvernement en jugeant de son caractère "raisonnable".

"Corruption institutionnelle"

Parmi les alliés de la coalition, figurent des ministres coutumiers de remarques racistes qui prônent l'annexion de la Cisjordanie occupée. "L'extrême droite veut annuler les rares décisions de la Cour suprême contre les projets de colonisation", ajoute M. Jabareen.

Léa Tsemel, une avocate qui défend des Palestiniens accusés de "terrorisme" par Israël, estime que la minorité arabe n'était déjà pas protégée par la justice avant l'annonce de cette réforme.

Elle cite des décisions rendues par la Cour suprême en faveur du gouvernement contre des Palestiniens ou des Arabes israéliens, comme la loi sur l'Etat-nation votée en 2018, qualifiant Israël d'Etat juif et rétrogradant le statut de la langue arabe de son rang de langue officielle.

La Cour suprême a également approuvé la "restitution" de maisons à Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, à des organisations juives qui détenaient des actes de propriété, ce qui a provoqué l'éviction de résidents palestiniens. "Ce n'est bien entendu pas 'raisonnable'", dit-elle, faisant allusion à la clause votée par le Parlement en juillet.

Des ONG comme Amnesty international et Human Rights Watch ont estimé que le système juridique et politique israélien pouvait être considéré comme un apartheid contre les Palestiniens, ce qu'Israël réfute.

Pour le directeur de Musawa, Jaafar Farah, malgré les réserves sur le système judiciaire israélien de manière générale, il y avait "un espoir dans la société palestinienne que la Cour intervienne face à des décisions gouvernementales pas raisonnables". Pour lui, cette réforme "va renforcer la corruption institutionnelle" et affecter à la fois les citoyens juifs et arabes.

Le processus législatif est suspendu jusqu'à la fin des vacances parlementaires le 15 octobre, mais les opposants à la réforme ont promis de ne pas désarmer. 

A l'écart du débat autour du projet controversé de réforme de la justice en Israël, la minorité arabe du pays craint que la future législation n'aggrave "les violations de ses droits", en favorisant notamment l'occupation des territoires palestiniens. Alors que des centaines de milliers d'Israéliens manifestent depuis janvier contre ce projet porté par le gouvernement...
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